Astronomie Québec n°2-3 sep/oct 2013
Astronomie Québec n°2-3 sep/oct 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2-3 de sep/oct 2013

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Pierre Paquette

  • Format : (216 x 279) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 4,3 Mo

  • Dans ce numéro : HR 8799... première image d'un autre système planétaire.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Message envoyé en 1974 de l’Observatoire d’Arecibo en direction de l’amas globulaire Messier 13, dans Hercule. Le message prendra environ 25 000 ans à se rendre… PN : Il y a aussi une démarche active en SETI : trouver des extraterrestres en leur envoyant un message direct, ce qui a soulevé certaines critiques. Que pensez-vous du SETI actif et quelle est votre réponse aux critiques qui disent que même s’il y a des civilisations extraterrestres, il vaut mieux ne pas les contacter avant de bien les connaitre ? GH : Je crois qu’il y a un juste milieu entre se taire et transmettre un message intentionnel. Nous avons déjà laissé sortir le chat du sac — toute civilisation suffisamment technologique à l’intérieur de 50 à 100 années-lumière peut déjà détecter nos émissions de radio et de télévision, sans parler des puissants radars utilisés dans les aéroports et par les militaires. Comme le temps avance, cette « bulle de détectabilité » s’agrandira sans fin. Alors qu’en est-il d’envoyer un message intentionnel qui n’est pas plus fort que les signaux ordinaires que nous émettons déjà ? La différence est qu’une civilisation amicale attend peut-être que nous commencions la conversation avant de répondre. D’autre part, si la civilisation n’est pas amicale, nous ne nous rendrions pas plus visibles que nous ne le sommes déjà. Cela pourrait être un point de départ pour le SETI actif dans un proche avenir. Je salue le travail de Doug Vakoch (de l’Institut SETI) pour cette idée et des études récentes liées au SETI actif. PN : Avez-vous un projet futur de SETI actif ciblant des exoplanètes déjà découvertes ? GH : Pas encore. Mais je suis ouvert à cela. Nous devons avoir une discussion globale sur les bienfaits potentiels d’une transmission et de la réception d’une réponse. Et que devrions-nous dire, pour nous présenter ? PN : Les signaux radio sont nos principaux indices pour trouver des civilisations. Mais cela exige que chaque civilisation extraterrestre suffisamment avancée utilise ces ondes radio et électromagnétiques. Peuton imaginer une technologie alternative pour ces civilisations ? GH : Pensez aux sens humains : la vue, l’ouïe, l’odorat, le gout, et le toucher. Certains de nos sens ne sont pas très bons pour la communication à longue distance (odorat, gout, toucher). Sans la communication à longue distance, il est difficile d’imaginer une société complexe, qui est nécessaire pour une communication interstellaire. Le langage humain est basé sur l’audition et de la vue (pour de l’information contextuelle). Malheureusement, le son ne se propage pas dans l’espace. Donc, la nature, qui est un très bon ingénieur, a exploré de nombreux sens — et le seul qui nous permette de communiquer entre les étoiles est une généralisation de la vue, qui comprend tout le rayonnement électromagnétique (EM). Je pourrais mentionner de nombreuses raisons pour expliquer pourquoi d’autres particules chargées, comme les neutrinos ou la matière noire, n’ont pas encore été exploitées par l’homme pour le contact interstellaire (elles posent toutes des problèmes pour nous en ce moment). Peut-être qu’un jour, une autre méthode sera découverte, mais pour l’instant, la communication par la lumière et les ondes radio semble le plus sensée pour un contact interstellaire. PN : Si nous découvrons un signal fort et confirmé d’une civilisation extraterrestre aujourd’hui, quelle sera la procédure ? Qu’est-ce qui se passe ensuite ? Est-ce que vous annoncez publiquement la nouvelles et le contenu du message ? Ou vous devez le signaler aux organisations spéciales comme l’ONU ou le gouvernement américain ? Y a-t-il un protocole sur comment nous devons composer avec une telle découverte ? GH : Nous aimerions évidemment garder la communication secrète et la partager seulement avec la National Security Agency (NSA). [rires] Je blague ! Pourquoi un scientifique comme moi voudrait cacher une découverte qui pourrait être gagnante du prix Nobel comme la découverte d’un signal extraterrestre ? Ce serait le couronnement de ma carrière ! Sérieusement, nous en avons fait l’expérience à l’Institut SETI. Nous avons un jour détecté un signal qui s’est avéré être un reflet sur un engin spatial terrien, mais nous avons été bernés pendant près de huit heures, et avons pensé qu’il pourrait s’agir d’une véritable découverte. Moins de six heures après la détection du signal, mon ami Seth Shostak a reçu un appel du New York Times ; quelqu’un avait divulgué l’information avant même que nous ayons la chance de la vérifier ! Seth relate cette histoire dans son livre Confessions of an Alien Hunter, que je vous suggère fortement de lire. Donc, si un signal réel était un jour découvert, vous pourriez vous attendre à lire à son sujet dans votre journal du matin moins de 24 h après sa détection. PN : Le projet SETI n’était pas censé être une recherche rapide et à court terme, en raison de la taille de l’Univers et de la vitesse limitée de la lumière, qui impliquent que ça pourrait prendre longtemps avant de faire une découverte. Mais en attendant, vous perdez peut-être l’attention et le soutien du public. Quelle est votre expérience récente à ce sujet ? Comment gardez-vous les gens passionnés par ce projet ? GH : La popularité de SETI a connu des hauts et des bas, alors que nous, à l’Institut SETI, avons observé continuellement depuis des décennies. Il y a toujours assez de gens intelligents qui nous soutiennent pour continuer la recherche, bon an, mal an. 24 Astronomie-Québec Septembre–octobre 2013
Pour garder les choses intéressantes, nous continuons de réinventer notre recherche. D’une part, la vitesse de celle-ci augmente d’un facteur de 10 tous les six ans, grâce à la loi de Moore. Cela signifie qu’à chaque décennie, nous couvrons au moins 10 fois plus d’étoiles et de fréquences que tout ce qui a été observé durant la décennie précédente. Il y a toutes les raisons d’être optimistes et de supposer que cette décennie puisse être celle dans laquelle nous trouvons un signal. Avec l’introduction du SETI optique et de détecteurs construits pour découvrir de nombreux nouveaux types de signaux radio, nous avançons constamment dans des nouveaux territoires qui n’ont jamais été explorés auparavant. N’importe laquelle de ces recherches pourrait dénicher un signal. Il y a toutes les raisons d’être optimiste quant à notre recherche de cette année, et je pourrais ajouter que cela se passe en ce moment, chaque jour. Aujourd’hui pourrait être le jour. PN : Si le projet SETI connait un jour le succès, que pensez-vous des effets d’une telle découverte sur nous en tant que race humaine ? GH : Je pense que la plupart des gens aux États-Unis en sont déjà arrivés à faire la paix avec l’idée qu’il puisse exister d’autres civilisations. En fait, ce n’est pas encore confirmé ; mais si et quand le moment sera venu, la réaction du public sera modeste. Il y aura beaucoup de bruit pendant quelques semaines, puis la race humaine va continuer son petit train-train, avec un peu plus de connaissances sur l’univers. Peut-être que le résultat le plus intéressant serait que nous ne trouvions pas d’autres civilisations dans notre Galaxie. Si cela était vrai, cela chamboulerait de nombreuses hypothèses scientifiques sur l’homogénéité de l’Univers. Si notre Galaxie a offert autant de possibilités à la vie d’apparaitre, et que celle-ci n’est apparue qu’une seule fois, alors pourquoi est-elle même apparue ? Ce donnerait à réfléchir à tout philosophe scientifique. PN : Le projet SETI est un projet scientifique et afin de chercher des civilisations, vous participez également au développement des sciences et de la technologie. Voulez-vous expliquer la science et la technologie qui ont été produites directement ou indirectement par le projet SETI ? (Je pose cette question parce que de nombreux critiques considèrent ce projet comme un projet fantastique ou de science-fiction, qui ne joue aucun rôle dans la « vraie science » ; je sais qu’ils ont tort, mais je voudrais savoir ce que vous leur répondez.) GH : On doit considérer SETI comme une simple branche de l’astronomie. Nous recherchons des galaxies, des étoiles, et des planètes, et dans environ une dizaine d’années nous pourrions être en mesure d’étudier l’atmosphère des planètes. Il revient naturellement à l’astronomie d’étudier aussi le développement de la vie sur d’autres planètes. La recherche de signes de technologie est juste une façon de voir la vie ailleurs. À l’heure actuelle, SETI est la seule façon par laquelle nous pourrions découvrir de la vie près d’une autre étoile et avoir certains éléments de preuve qu’il existe réellement des processus biologiques en cours. SETI a permis le développement des spectromètres à transformée de Fourier à large bande passante et à haute résolution les plus rapides du monde. SETI@ home a inventé le concept de « foule informatique » [crowd computing]. SETI a joué un rôle de premier plan pour attirer de jeunes scientifiques dans le domaine de la radioastronomie, améliorant les fondements de notre société technologique. Et c’est une entreprise qui en vaut la peine. PN : Quels sont les futurs programmes de SETI et quel est le principal défi auquel SETI est confronté en ce moment ? GH : Malheureusement, comme beaucoup de domaines de l’astronomie, SETI a toujours le problème du financement de sa recherche. Nous pourrions chercher beaucoup plus rapidement — et, probablement, trouver une autre civilisation beaucoup plus tôt —, mais les budgets restreints signifient que seuls les scientifiques hautement motivés sont prêts à faire les sacrifices nécessaires pour faire SETI. Outre cela, notre avenir est dépendant des nouveaux développements technologiques. Par exemple, les échantillonneurs multi-GHz commencent à être disponibles à des prix raisonnables, mais même ceuxci ne pourront pas couvrir la totalité de la bande passante de notre ATA. Il y a des phénomènes astronomiques ou des signaux extraterrestres potentiels qui nécessitent des technologies plus rapides et plus sensibles qui restent à découvrir. Nous sommes vraiment impatients d’étudier l’univers sur des échelles de temps très courtes ou très longues… PN : Pour conclure, y a-t-il un point important que vous aimeriez partager avec nos lecteurs ? GH : L’Institut SETI est un organisme à but nonlucratif dédié à l’étude de toutes les formes de vie dans l’univers. Outre SETI, les scientifiques de l’institut étudient les étoiles, les planètes, les satellites et leur potentiel pour la vie, ainsi que toute sorte de vie qui n’existe pas sur Terre et comment les éléments de la vie peuvent se former à partir du gaz et des particules interstellaires/interplanétaires. SETI est une petite (mais importante) partie de l’Institut SETI, et j’invite tous vos lecteurs à visiter notre site Web et à en apprendre davantage sur la diversité de la science que nous explorons. AQ Pour en savoir plus : www.seti.org Septembre–octobre 2013 www.astronomie-quebec.com 25



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