Astronomie Québec n°2-2 jui/aoû 2013
Astronomie Québec n°2-2 jui/aoû 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2-2 de jui/aoû 2013

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Pierre Paquette

  • Format : (216 x 279) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 4,3 Mo

  • Dans ce numéro : des aurores gratte-ciel.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Histoire r l’astronome Photo de Mme Pişmiş : Juan Carlos Yustis, photographe de l’Instituto de Astronomía de la Universidad Nacional Autónoma de México. internationale Malgré ses contributions inestimables dans le domaine de l’astronomie, aujourd’hui le nom de Paris Pişmiş (ou « Pishmish ») ne se prononce presque plus hors du Mexique. Professeure et chercheuse innovatrice, elle a inauguré l’étude de l’astronomie au Mexique et, à travers ses recherches, a contribué à une meilleure compréhension de notre Galaxie, surtout des mouvements internes des nébuleuses gazeuses, et de la rotation des galaxies spirales. Son histoire témoigne de la détermination d’une jeune femme éblouie par l’astronomie et l’astrophysique qui finit par jouer un rôle-clé dans le développement de ces disciplines dans un pays loin du sien. Photo : J. Manoukian par Jennifer Manoukian Mais cette histoire, où a-t-elle commencé ? Paris Pişmiş est née Paris Soukiassian en 1911 à Constantinople — selon sa fille Elsa, « sa famille l’a toujours appelée Marie » —. Elle était d’une famille arménienne aristocrate épargnée du tumulte du génocide arménien qui a bouleversé la communauté arménienne de sa ville natale pendant sa jeunesse. Elle a mené une enfance et une adolescence plutôt aisées, où elle était toujours entourée par une appréciation pour la culture et pour la connaissance. Elle a reçu une excellente éducation, maitrisant plusieurs langues dès un très jeune âge. Ces langues — l’arménien, le turc, le français, l’anglais, l’allemand, et plus tard, l’espagnol — lui serviraient bien dans sa carrière d’astronome, lui permettant d’enseigner et de présenter ses recherches partout dans le monde. En plus des langues, Pişmiş avait un don pour les mathématiques qui s’est manifesté très tôt et qui a continué jusqu’à l’université. Au début, ses parents ont posé un obstacle à la continuation de ses études au niveau universitaire ; ils craignaient l’environnement mixte de l’université et préféraient que leur fille reste à la maison et apprenne la peinture ou la musique — des arts dits féminins — plutôt que les maths. Mais Pişmiş a persévéré, les a convaincus 10 Astronomie-Québec Juillet–aout 2013
de lui permettre de poursuivre les maths, et est devenue l’une des premières femmes à obtenir son diplôme de l’Université d’Istanbul en 1933. C’est là où Pişmiş a découvert l’astronomie classique pour la première fois. Après sa licence, elle a commencé un programme de doctorat à la même université. À cette époque, le président de la Turquie, Kemal Atatürk, réorganisait le système universitaire du pays. Par conséquent, un flot de professeurs européens est arrivé à Istanbul pour enseigner aux universités turques. Grâce à cette réorganisation, Pişmiş a eu l’occasion d’étudier sous la surveillance de l’astronome allemand Erwin Finlay- Freundlich, qui est devenu un ami de longue date. Freundlich a également dirigé la dissertation doctorale de Pişmiş, intitulée An Investigation on the K-Term— « Une étude sur le terme K » (voir encadré). Elle a étudié les conséquences de la rotation différentielle en utilisant les formules d’Oort et toutes les étoiles de vitesse radiale connue. Elle a étudié le terme K et conclu que les associations stellaires autour du Soleil s’éloignent du centre galactique à une vitesse moyenne de 4 km/s. Après que Pişmiş eut achevé son doctorat en 1937, Freundlich lui a organisé une année d’étude postdoctorale à l’observatoire de l’Université de Harvard, où elle s’est plongée dans des recherches novatrices dans le domaine et a travaillé avec des figures influentes dans les domaines de l’astronomie et l’astrophysique, notamment Harlow Shapley, Donald Menzel, Svein Rosseland, Lyman Spitzer, et Martin Schwarzschild. Mais l’année prévue est devenue trois ans, à cause de la Première Guerre mondiale qui a empêché son retour à Istanbul. Cet évènement changea le cours de sa vie, qui désormais s’est orientée sur l’Amérique du Nord, surtout vers un pays peu connu pour ses centres astronomiques à l’époque : le Mexique. Ce lien avec le Mexique a été scellé grâce à Félix Recillas, un jeune étudiant mexicain que Pişmiş a rencontré à Harvard. Recillas avait été envoyé à Harvard par Luis Enrique Erro, un astronome amateur qui envisageait un avenir prometteur pour l’astronomie au Mexique. Il voulait que Recillas étudie l’astronomie, rentre au Mexique avec les dernières connaissances dans le domaine, et fortifie la discipline naissante au pays. Recillas et Pişmiş se sont mariés en 1941, et en plus des dernières connaissances astronomiques, Recillas est rentré avec Paris Pişmiş qui s’est avérée d’être beaucoup plus révolutionnaire que lui pour l’histoire de l’astronomie au Mexique… Dans les années quarante, Erro essayait de transformer le Mexique en centre important pour l’astronomie et l’astrophysique, mais il lui manquait Selon Encyclopædia Britannica : Le « terme K » est un terme qui est ajouté aux équations pour tenir compte des erreurs systématiques, du mouvement de groupe des étoiles, ou de l’expansion ou de la contraction des étoiles membres du cadre de référence. Des déterminations récentes du mouvement solaire à partir de vitesses radiales à dispersion élevée ont révélé que les termes K les plus anciens (qui étaient en moyenne de quelques kilomètres par seconde) étaient le résultat d'erreurs systématiques dans les spectres stellaires causés par le mélange des raies spectrales. Bien sûr, le terme K qui se pose quand une solution pour les mouvements solaires est calculée pour les galaxies résulte de l'expansion du système de galaxies et est très grand si des galaxies à grandes distances de la Voie lactée sont incluses. http://www.britannica.com/EBchecked/topic/382567/Milky-Way-Galaxy/68094/Space-motions#toc68097 d’astronomes professionnellement formés pour l’aider à transformer le domaine dans son pays. C’est là qu’entre en scène Paris Pişmiş. Nommée astronome du nouvel observatoire de Puebla en 1942, Pişmiş était une des astronomes qui étaient là dès le tout début de l’astronomie professionnelle au Mexique. Se dévouant à cultiver la discipline dans son pays adoptif, elle a commencé par équiper les nouveaux observatoires mexicains avec la toute dernière technologie et a préparé des séminaires informels pour ceux qui s’intéressaient à l’astronomie. Elle a continué de transmettre sa passion pour l’astronomie aux jeunes esprits mexicains comme professeur d’astronomie à l’Université nationale autonome du Mexique (Universidad Nacional Autónoma de México ; UNAM). Quand elle est arrivée à l’UNAM en 1948, il n’y avait aucun cours d’astronomie ou d’astrophysique. Elle s’est vite mise à écrire un programme d’astronomie pour l’université, et en 1955, elle a commencé à enseigner l’astronomie aux étudiants de maths et de physique. Elle était la seule professeure pour ces cours pendant plusieurs années. L’image frontispice de l’article dépeint l’amas Pişmiş 24, site de certaines des plus grosses étoiles jamais découvertes, et qui brille au cœur de la nébuleuse NGC 6357 dans le Scorpion. Plusieurs de ses étoiles sont des monstres de plus de 100 masses solaires. Cette image fut prise avec le télescope danois de 1,54 m de l’ESO à La Silla, au Chili. α = 17 h 25 min 24,07 s δ = −34° 25′ 47,79″ Champ : 13,59 × 13,43′ Le nord est à 135,1° à gauche de la verticale Crédit : ESO/IDA/Danish 1.5 m/R. Gendler, U.G. Jørgensen, J. Skottfelt, K. Harpsøe En plus de son dévouement à ses étudiants, Pişmiş était une chercheuse prolifique, écrivant plus de 140 articles scientifiques au cours de sa vie. Ses recherches se sont concentrées sur les intérieurs stellaires, la cinématique des galaxies, et la dynamique stellaire. Elle a aussi découvert vingtsept amas stellaires — voir autre article — qui sont un symbole immuable de son engagement en recherche astronomique. Liste complète au http://bit.ly/Pishmish Paris Pişmiş a enseigné à l’UNAM et travaillé à son Observatoire Tacubaya pendant plus de cinquante ans, formant la première génération d’astronomes mexicains et plusieurs générations qui suivirent. Paris Pişmiş est décédée en 1999, mais elle a laissé un grand héritage qui se voit auprès de ses anciens étudiants, qui portent toujours en eux la passion qu’elle leur a inculquée, dans le domaine vigoureux de l’astronomie au Mexique, et surtout, dans les nuits étoilées. Ag Jennifer Manoukian est diplômée du Département d’études sur le Moyen-Orient, l’Asie du sud, et l’Afrique à l’Université Columbia, où elle se concentre sur la littérature ouestarménienne. Juillet–aout 2013 astronomie-quebec.com 11



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