Astronomie Québec n°1-2 jui/aoû 2012
Astronomie Québec n°1-2 jui/aoû 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°1-2 de jui/aoû 2012

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Pierre Paquette

  • Format : (216 x 279) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 5,0 Mo

  • Dans ce numéro : le baiser de Vénus.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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On a tellement parlé de Vénus en 2012, à cause de son passage devant le Soleil, que j’ai le gout d’y revenir pour vous parler d’un phénomène étrange… ✓ par Roger Gagnon
Saviez-vous que Vénus a jadis embrassé la Terre ? Ce fut une longue série de baisers brulants — elles étaient très chaudes à l’époque — ou, à tout le moins, de rapprochements si intenses que Vénus semble en avoir gardé la nostalgie. En effet, chaque fois que Vénus s’approche de la Terre (conjonction inférieure) comme le 5 juin dernier, elle nous présente toujours la même face, cachée derrière son voile de nuages… Vénus est une planète discrète, pudique. Il a fallu l’invention du radar pour révéler sa surface et savoir enfin à quelle vitesse elle tourne. Surprise ! Vénus ne tourne presque pas. Sa période de rotation sidérale (par rapport aux étoiles, à ne pas confondre avec la longueur du jour) est de –243,01 jours terrestres. On met un « moins » devant le nombre parce que — nouvelle surprise — Vénus tourne en sens horaire, contrairement aux autres planètes qui tournent dans le sens antihoraire (lorsque l’on regarde le Système solaire depuis le nord). C’est tellement lent que la longueur de l’année vénusienne, 224,701 jours, est plus courte que sa période de rotation, phénomène unique parmi les planètes du Système solaire. Sur Vénus, les journées sont longues : environ 117 jours terrestres. C’est la rotation synodique comme nos 24 heures. Ce n’est pas la même chose que la rotation sidérale parce que, lorsque la planète a effectué un tour complet sur elle-même, elle n’est plus au même endroit autour du Soleil, et celui-ci n’est plus dans la même direction. Il faut donc combiner la rotation sidérale et la longueur de l’année pour obtenir la vraie longueur du jour. La formule est simple : (a × b)/(a – b), la rotation sidérale fois la longueur de l’année, divisé par la différence entre les deux. C’est une formule qui revient souvent en astronomie. La valeur exacte est de 116,7486 jours. Pourquoi une telle précision ? Regardez bien… Vénus revient en conjonction inférieure à tous les 584 jours ; c’est sa révolution synodique, calculée avec la même formule (a × b)/(a – b), mais en prenant cette fois-ci les deux longueurs d’années, soit 365,256 jours pour la Terre et 224,701 jours pour Vénus. Le calcul exact donne 583,92 jours. Mais voilà : divisez ce nombre par 5, et vous obtenez… la longueur d’une journée vénusienne ! Cela signifie qu’à chaque nouvelle conjonction inférieure, il s’est écoulé 5 jours vénusiens et la planète nous présente toujours la même face. Ça rappelle la Lune, non ? Et pas seulement elle : tous les satellites du Système solaire présentent la même face à leur planète. Pour Pluton et Charon, c’est même symétrique : chacun présente la même face à l’autre. La cause est gravitationnelle : c’est l’effet de marée. La Lune n’est pas parfaitement ronde, mais légèrement allongée vers la Terre, qui attire la partie visible de la Lune un peu plus fort que la face cachée. C’est la loi de Newton : un objet proche est attiré davantage qu’un objet éloigné. Cela déforme la Lune, très peu — on ne le remarquerait même pas si on pouvait voir la Lune de profil —, mais c’est suffisant pour que cette « bosse » tournée vers nous se comporte comme une ancre qui empêche la face visible de dériver d’un côté ou de l’autre. Faites l’expérience suivante : lancez un ballon dans une piscine, et regardez dans quelle position il se stabilise. Lancez-le dix fois, il finira toujours dans la même position ; car aucun ballon n’est parfaitement homogène, et une partie de celui-ci jouera le rôle de l’ancre et se maintiendra en-dessous. Ce phénomène a « figé » la rotation de tous les satellites du Système solaire. Il agit lorsque deux corps célestes sont très proches l’un de l’autre. Dans le cas de deux planètes qui se croisent, comme Vénus et la Terre, l’effet est pratiquement nul, car il diminue selon le cube de la distance (et non selon le carré comme en gravitation). Or, Vénus est 108 fois plus éloignée que la Lune lors de sa conjonction inférieure ; 108 au cube, ça dépasse le million ! Et pourtant… Vénus tourne la même face vers nous à chaque rencontre. Serait-elle légèrement ovale, comme la Lune ? Probablement pas. Mais puisque c’est une planète solide, elle n’est pas homogène, et ça pourrait être suffisant pour que la proximité de la Terre favorise une certaine orientation plutôt qu’une autre… comme le ballon qui flotte ! Certains diront que ce soi- Juillet–aout 2012 www.astronomie-quebec.com 5



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