Arte Magazine n°9 26 fév 2000
Arte Magazine n°9 26 fév 2000
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°9 de 26 fév 2000

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 1,8 Mo

  • Dans ce numéro : Politique fiction, la nouvelle collection d'Arte.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 30 - 31  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
30 31
v en d redi 3 mars Le petit voleur Les nerf s à vif Après L’acteur principal, Nicolas Duvauchelle (à droite), a été découvert dans un club de boxe de la banlieue parisienne. Convaincu et convaincant, il a enchaîné avec Beau travail de Claire Denis (sur ARTE le 17 avril), puis joué dans trois longs métrages ! Il tourne actuellement dans le prochain Claire Denis, Trouble Every Day. la Vie rêvée des anges, Erick Zonca inaugure la nouvelle collection de fictions d’ARTE, « Gauche/Droite ». Plongée dans l’univers âpre d’un réalisateur en quête d’émotions vitales. Quelle a été votre réaction lorsque ART E vous a proposé de réaliser un film sur les notions de politique et de social ? Erick Zonca : J’ai sauté de joie ; pour moi, ça représentait une véritable aubaine. À l’époque, la Vie rêvée des anges n’était pas en c o re sorti en salles : c’était un peu comme si on pariait sur moi et ça me donnait l’occasion de m’exprimer. J’ai préféré abord e r le thème du politique de façon oblique : je ne me suis pas assis à une table, à plancher sur le sujet. C’est d’ailleurs la grande qualité des collections initiées par Pierre Chevalier. Le but n’est pas de traiter coûte que coûte le thème proposé, mais plutôt de l’intégrer à son pro pre univers. J’avais une histoire en tête : celle d’un petit ouvrier qui refuse le monde du travail et se jette dans la délinquance. Le lien au politique est clair : c’est celui du ras-lebol, de l’écœurement. Moi qui ai des re l a t i on s dans le bâtiment, j’en ai entendu des histoire s de corruption, de détournement d’arg en t Erick Zonca : « Ma caméra n’est pas seulement présente, elle est violente ». public. Le monde politique est complètement discrédité aujourd’hui. Trop d’hommes qui se devraient d’être irr é prochables profitent de leurs fonctions pour s’enrichir. Pas étonnant que ceux qui n’ont rien se sentent alors autorisés au pire. J’ai filmé une scène dans un bistro à Marseille, avec des gens du cru. C’était un passage obligé, exigé par A RTE, où il fallait illustrer un débat politique. Le dialogue était préécrit. Mais les esprits se sont échauffés, le ton est monté, ça a fini en une superbe impro v i s a t i on. Les nerfs sont à vif. Mon film est cynique : il parle de l’abandon du politique. Vous décrivez en effet le processus même par lequel l’individu se met hors de la société, hors du politique : la marg i n a l i s a t i on. Pour beaucoup de jeunes au bas de l’échelle, la société est avare, elle propose trop peu. Alors, ils se réfugient dans le fantasme : un
rêve de force, qui est en même temps un rêve de liberté. Esse est comme eux : il cultive tous les signes de la force. Il boxe, il vole, il a p prend à trahir ses copains. Il se forge une véritable éthique de la violence. Mais, comme beaucoup d’autres, il se laisse dépasser par la complexité de cette violence. Il finit par paniquer. C’est aussi ce qui m’intéressait : filmer la défaillance du super caïd, la faiblesse cachée sous la force, l’illusion sous l’utopie. La violence se passe de mots. Pourquoi y a-t-il peu de dialogues dans votre film ? Je ne voulais pas faire un film psychologique. Je voulais faire un film dur, sombre, et mettre un grand coup de poing dans la télévision. J’avoue que, hormis ARTE justement, je n’apprécie pas beaucoup les téléfilms : je les trouve fades, bavards et consensuels. Je voulais m’y pre n d re autrement. En procédant par des paliers de violence, par afflux successifs d’adrénaline. D’où la caméra très mobile que vous adoptez ? C’est filmé très nerveux, caméra à l’épaule. Cela permet d’être plus près de la vie, d’être là quand les choses se passent, de capture r les expressions. J’admire beaucoup B re a k i n g the Wa v e s de Lars von Tr i er, F e s t en de Thomas Vi n t e r b erg : ils ont ouvert la voie d’un nouveau cinéma. Mais il faut faire attention à ne pas trop l’utiliser, on pourr ai t vite en venir à bout. Je crois que ma caméra n’est pas seulement présente, elle est violente. Il y a une scène très dure dans le film, à la limite de l’insoutenable. C’était très important pour moi que tout se passe en un seul plan, que le spectateur ne se dise pas : « Ah, voilà, il y a tru c a g e ! » J’aime choquer, j’aime l’image qui saisit. C’est pour ça aussi que j’ai engagé comme acteurs des boxeurs, que je suis allé tourner à Marseille, une ville chaude, une ville à l’é n ergie solaire et sèche. À la fin du film, Esse ret o urne à la case d é p art. A-t-il appris quelque chose ? Non, ce serait trop simple. Il y a toujours quelque chose de rassurant dans les œuvre s de fiction : elles racontent l’existence de gens qui vont d’un point A à un point B. Il faut, comme on dit souvent, que les personnages pro g ressent. Mais ce n’est pas du tout la manière dont ça se passe dans la vie. Dans la vie, on perd son temps, on fait des détours, on peut rester longtemps dans des impasses. Esse n’apprend rien. Il a présumé de ses forc e s : il se fait juste é c r a s er. Il a, peut-être, un peu gagné en humilité. Je laisse volontairement planer une sorte de suspense à la fin du film : Esse reste muet, il ne répond pas au syndicaliste qui lui propose de s’engager comme militant. Je filme un monde sans idéaux, un monde de flottement. Propos recueillis par Emmanuelle Paroissien par Pierre Chevalier De quelle façon la télévision pouvait-elle esquisser, par la fiction, un état des lieux du politique ? Comment représenter les brûlantes problématiques de maintenant en évitant l’écueil de l’illustration théorique ou du film exclusivement militant ? L’idée de se référer aux codes de la fiction de genre (film noir, comédie, docu-fiction, fait de société, comédie dramatique) constituait une piste possible. L’Unité Fictions de La Sept ARTE et AGAT Films & Cie ont donc demandé à six réalisatrices et réalisateurs d’aborder par ce biais la thématique proposée. Une seule figure imposée – bien sûr transgressée – pour chaque téléfilm : le passage par une situation ou un dialogue évoquant des notions de gauche et de droite. À l’horizon de la collection « Gauche/Droite » s’ouvriront, peut-être, de nouveaux espaces pour la création et la liberté d’expression à la télévision. Pierre Chevalier Responsable de l’Unité Fictions de La Sept ARTE « C’est quoi, un mec de gauche qu’a des pompes à 10 000 balles ? » (Le Petit Voleur) La collection « Gauche/Dro i t e » Le politique a u j o urd’hui, vu par le téléfilm de genre Le Petit Voleur, d’Erick Zonca Vendredi 3 mars à 20.45 FIPA d’or 1999 dans la catégorie Fiction Grand Prix du Festival international de Munich 1999 Retiens la nuit, de Dominique Cabrera Samedi 4 mars à 22.35 Prix de la meilleure photographie à Hélène Louvart au Festival Cinéma tout écran de Genève 1999 Le Détour, de Pierre Salvadori Vendredi 10 mars à 20.45 Tontaine et Tonton, de Tonie Marshall Samedi 11 mars à 22.40 Les Terres froides, de Sébastien Lifshitz Mercredi 15 mars à 00.10 La Voleuse de Saint-Lubin, de Claire Devers Vendredi 17 mars à 20.45 L’intégralité de la collection est disponible en coffret ARTE Vidéo.



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :