Arte Magazine n°51 14 déc 2019
Arte Magazine n°51 14 déc 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°51 de 14 déc 2019

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 1,9 Mo

  • Dans ce numéro : main basse sur l'eau.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ARTE MAG N°51. LE PROGRAMME DU 14 AU 20 DÉCEMBRE 2019 8 Paul Moreira Vous avez suivi des volontaires internationaux luttant avec les Kurdes pour libérer Raqqa de l’État islamique. Pourquoi ce sujet vous intéressait-il ? Paul Moreira  : Il se jouait là quelque chose d’universel. Pour la première fois depuis la guerre d’Espagne, en 1936, de jeunes idéalistes partaient se battre dans un conflit où ils n’avaient pas d’intérêts personnels, qu’ils soient identitaires, économiques ou patriotiques. Ils se mobilisaient pour l’avènement d’une société multiculturelle et libertaire. Dans les brigades se côtoyaient aussi bien des musulmans que des juifs, des athées, des Noirs, des Blancs, des anarchistes, des communistes... Cela nous intéressait de comprendre comment, à Raqqa, la folie identitaire dans laquelle sombre notre époque pouvait se dissoudre dans un combat commun. Je savais aussi que nous serions presque les seuls à raconter leur histoire car ils rejetaient les médias traditionnels. Comment avez-vous pu les approcher ? Nous avons d’abord passé du temps avec une brigade composée de Turcs et de Grecs. Ils étaient amicaux mais ils ont refusé d’être filmés. Un jour, un volontaire français nous a conseillé de rencontrer Marcello, un gauchiste italo-marocain, commandant un bataillon d’une douzaine de jeunes venus des En immersion aux côtés de combattants volontaires engagés en 2017 dans la reconquête de Raqqa en Syrie, le journaliste Paul Moreira cosigne, avec PedroBrito da Fonseca, un documentaire exceptionnel. De jeunes idéalistes contre Daech Samedi 14 décembre à 17.30 Documentaire Volontaires étrangers dans l’enfer de Raqqa Lire page 10 En avant-première dès le 11 octobre 2019 Disponible jusqu’au 7 décembre 2020 États-Unis, d’Allemagne, d’Écosse, de Finlande, de France, d’Espagne, etc. Ils nous ont fait confiance. Ils avaient en commun d’être issus de milieux très modestes. Ouvriers ou étudiants, ils militent presque tous dans des mouvements gauchistes ou anarchistes. Quelles missions menaient-ils à Raqqa ? La plupart n’avaient aucune connaissance militaire. Ils avançaient en territoire ennemi de nuit, à pied, sans aucun appui aérien, pour prendre une à une les maisons minées. Leur degré d’héroïsme nous a laissés sans voix. Après le tournage, Marcello a été grièvement blessé par un tir de roquette. Andok, un Allemand, que l’on suit également, a été tué il y a quelques semaines par des frappes aériennes turques. Comment se déroule leur retour à la vie civile ? Ils n’ont aucune reconnaissance et sont scrutés par les services secrets qui les considèrent comme de potentiels terroristes, car ils ont combattu aux côtés des Kurdes. Pourtant, leur engagement est d’une générosité rarissime. Nous ne voulions pas que l’histoire les oublie. Propos recueillis par Laure Naimski PEDRO BRITO DA FONSECA ; YONATHAN KELLERRMAN
LES FILMS DE LA BUTTE Callisto McNulty retrace le combat féministe et l’irrévérence joyeuse de deux amies  : l’actrice Delphine Seyrig et Carole Roussopoulos, grand-mère de la réalisatrice et pionnière de la vidéo. Entretien. Mercredi 18 décembre à 22.45 Documentaire Delphine et Carole, insoumuses Lire page 21 En avant-première dès le 11 décembre 2019 Disponible jusqu’au 15 février 2020 Callisto McNulty Féministes enchantées Comment est né ce documentaire que l’on pourrait qualifier de « film de famille » ? Callisto McNulty  : Ce film est né d’un projet que Carole, ma grandmère dont j’étais très proche, avait initié un an avant son décès, en 2009, sur le combat féministe de son amie Delphine Seyrig. Avec ses enfants, Alexandra et Géronimo Roussopoulos, coauteurs avec moi, il nous a semblé évident d’y intégrer sa voix pour retracer leur amitié et leur engagement dans les années 1970. Que vouliez-vous raconter à travers ces deux femmes artistes ? Nous avions envie de partager leur vision de l’engagement féministe, leur énergie créative, contagieuse. À travers leur portrait, nous voulions aussi réhabiliter l’image des féministes, souvent présentées comme rabat-joie et austères. Toutes les deux avaient une approche pas du tout dogmatique ou moralisatrice, mais au contraire pleine d’humour et d’irrévérence. Cette période, dite du « féminisme enchanté », s’est caractérisée par une forme de radicalité joyeuse, avec des actions et des slogans maniant le second degré. Leur engagement s’inscrivait dans les plaisirs de la vie  : elles n’avaient pas peur d’essayer. Pourquoi ont-elles utilisé la vidéo et le cinéma ? Avec ces outils, elles ont défendu la nécessité pour les femmes de se réapproprier leur propre image, à une époque où la télévision et le cinéma étaient dominés par les hommes. En tant que comédienne féministe, Delphine Seyrig a soutenu des films de réalisatrices, de Chantal Akerman à Marguerite Duras. En s’emparant de la vidéo, un média économiquement abordable, elles ont pu donner la parole à des femmes que l’on n’entendait pas, des prostituées de Lyon aux ouvrières de Lip. Toutes deux avaient une forte conscience politique et la conviction d’une sororité dépassant les barrières de classe. Quelles sont les résonances avec les combats féministes actuels ? On a tendance à croire que les avancées se font de façon progressive, mais les évolutions sociétales s’obtiennent en menant des combats. Nombre de luttes féministes restent d’actualité, qu’il s’agisse des normes façonnant les représentations des femmes à l’écran, des relations de pouvoir dans la sphère publique, du travail domestique ou encore des questions de sexualité et des droits des travailleuses du sexe. On a toujours besoin d’espaces d’expression, individuels ou collectifs, et l’utilisation de la vidéo dans les années 1970 fait écho à celle des réseaux sociaux aujourd’hui, comme en témoigne le mouvement #MeToo. Propos recueillis par Laetitia Moller ARTE MAG N°51. LE PROGRAMME DU 14 AU 20 DÉCEMBRE 2019 9



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