Arte Magazine n°45 3 nov 2018
Arte Magazine n°45 3 nov 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°45 de 3 nov 2018

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2 Mo

  • Dans ce numéro : le parfum d'Irak, géopolitique de l'intime.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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ARTE MAG N°45. LE PROGRAMME DU 3 AU 9 NOVEMBRE 2018 8 Avec Le parfum d’Irak, websérie d’animation aux images épurées, le reporter Feurat Alani évoque, par le prisme de l’intime, les guerres successives qui ont ravagé le pays de ses parents. Une fenêtre ouverte avec délicatesse sur la violence du réel. Madeleines irakiennes Dire l’essentiel avec peu, en peaufinant l’art du détail, c’est un exercice que, comme tout journaliste, le reporter franco-irakien Feurat Alani a appris à pratiquer. Peut-être est-ce la raison pour laquelle, à l’été 2016, quand celui qui « couvre » depuis plus de dix ans le Proche-Orient, et notamment l’Irak, sort de son invisibilité de rapporteur de faits pour passer à la première personne du singulier, la métamorphose a lieu sur son fil Twitter, avec les 140 signes de rigueur. Puisant d’abord dans les souvenirs intenses du premier voyage qu’il accomplit, à 9 ans, dans le pays de ses parents, il livre, en mille messages, de poignants aperçus de la société irakienne et de la violence exponentielle qu’elle a subie depuis trente ans. Délicatement mises en images et animées par le dessinateur Léonard Cohen, vingt anecdotes tirées de ces tweets composent les vingt épisodes du Parfum d’Irak, une websérie documentaire d’animation, coproduite par ARTE France et Nova Production, dont la concision et l’art de l’ellipse décuplent la puissance évocatrice. ENGRENAGE Du goût inoubliable de la première glace à l’abricot que savoure le jeune Feurat dans la Bagdad encore prospère de 1989 à ses reportages embedded au sein de l’armée d’occupation américaine vingt ans plus tard, la série livre à petites touches un tableau Ponctués d’archives d’actualités, le dessin et l’animation retranscrivent avec virtuosité l’émotion qui sous-tend le récit autobiographique de Feurat Alani. S’il dépeint avec une mélancolie parfois proustienne les états d’âme d’un petit garçon entre deux patries, en proie au sentiment de déracinement, Le parfum d’Irak, au travers des destins du journaliste et des siens, constitue aussi un éloquent document sur l’engrenage destructeur enclenché par l’invasion américaine de 2003 et la double peine qu’elle a constituée pour une population soumise depuis près d’un quart de siècle à la férocité du régime de Saddam Hussein. Au fil des épisodes, dont chacun se conclut sur une photo de famille, l’empathie du spectateur ne cesse de grandir, à la mesure d’une tragédie que la litanie des bulletins d’information ne parvient parfois plus à transmettre. Irène Berelowitch artp Le parfum d’Irak En ligne sur intime aux couleurs tranchées, dont la dictature, 1 arte.tv/parfum-irak la guerre et le chaos constituent l’arrière-plan. En partenariat avec 01 ÉDITIONS Le parfum d’Irak existe aussi sous la forme d’un roman graphique, coédité par ARTE Éditions et Éditions Nova. LEONARD COHEN/NOVA PRODUCTION
THE WASHINGTON POST - GETTY IMAGES Cible des invectives de Donald Trump, le quotidien dévoile ses coulisses dans un documentaire fiévreux de Liz Garbus. Entretien avec Steven Erlanger, correspondant du journal à Bruxelles. Le « New York Times » dans l’œil du cyclone Trump Mardi 6 novembre à 20.50 Série documentaire Mission vérité Le « New York Times » et Donald Trump (1-4) Lire page 18 Quel lien particulier a tissé Donald Trump avec le New York Times ? Steven Erlanger  : Fils d’un riche propriétaire immobilier du Queens, un quartier populaire de New York, Donald Trump a toujours rêvé de conquérir Manhattan. Pour lui, c’était le centre du monde. Il voulait faire partie de cette élite qui lit le New York Times. Maintenant qu’il est président, il se soucie de ce que pense notre quotidien et téléphone à nos reporters. Même s’il multiplie les accusations, il veut notre approbation. Nous restons à ses yeux un journal de référence. Comment réagissez-vous quand le président répète à l’envi que les médias sont « l’ennemi du peuple » ? Au début, j’étais amusé par cette phrase. De temps en temps, j’arborais même un pin’s reprenant le slogan. Mais après plusieurs mois, je pense que cette politique spectacle démagogue est dangereuse. En nous accusant de relayer des fake news, il attise les passions de ses sympathisants mais gagne aussi de nouveaux partisans. Sur les réseaux sociaux, les échanges se sont envenimés. Cela frise l’hystérie. Les attaques de Trump menacentelles la liberté de la presse aux États-Unis ? Elles créent une atmosphère hostile. Sans être les amis du gouvernement, nous ne sommes pas non plus ses ennemis. Je crains qu’une sorte d’autocensure ne s’installe dans les rédactions, même si au New York Times, nous essayons de couvrir la présidence de manière objective. Quelques journalistes essaient de prendre position sur Twitter mais ils ont reçu en retour des attaques virulentes. Certains ont choisi de supprimer leur compte. Notre direction tente d’apaiser les tensions. Nous recevons de temps en temps des courriels dans lesquels on nous demande de ne pas alimenter les polémiques sur les réseaux sociaux. Dans le documentaire, le rédacteur en chef Dean Baquet déclare que les journalistes « n’ont pas pris le pouls du pays » pendant la campagne. Partagez-vous cette opinion ? C’est un peu fort. Nos reportages ont rendu compte de la colère qui montait au moment de la campagne présidentielle. Mais nous avons interprété ces faits avec l’idée qu’Hillary Clinton allait gagner l’élection. Ce prisme a biaisé notre analyse. Pendant plusieurs mois, nous nous sommes fiés aux sondages qui donnaient le Parti démocrate vainqueur. Existe-t-il une fracture entre les citoyens et les médias ? Les Américains n’ont jamais tellement aimé les journalistes, et plus particulièrement les médias traditionnels comme le New York Times ou le Washington Post. Mais cette tendance a empiré avec la présidence Trump et la montée en puissance des chaînes d’information en continu. Ces médias sont partisans et divisent le pays. Les républicains regardent exclusivement Fox News tandis que les démocrates préfèrent MSNBC ou CNN. Le problème, c’est que beaucoup d’Américains s’en tiennent à cette unique source d’information. Propos recueillis par Hélène Porret ARTE MAG N°45. LE PROGRAMME DU 3 AU 9 NOVEMBRE 2018 9



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