Arte Magazine n°44 26 oct 2019
Arte Magazine n°44 26 oct 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°44 de 26 oct 2019

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 1,9 Mo

  • Dans ce numéro : le portrait de Jane...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ARTE MAG N°44. LE PROGRAMME DU 26 OCTOBRE AU 1 ER NOVEMBRE 2019 8 La roue (1923) est considéré comme l’un des trois grands films d’Abel Gance avec J’accuse et Napoléon. Récemment restauré, ce puissant mélodrame renaît de ses cendres. Renaissance d’un chef-d’œuvre Lundi 28 octobre à 0.35 La roue Prologue, époques 1 et 2 Lire page 17 Disponible en intégralité (première et seconde parties) du 28 octobre au 10 novembre « Il y a le cinéma d’avant et d’après La roue, dira Cocteau, comme il y a la peinture d’avant et d’après Picasso. » À tout point de vue, l’œuvre d’Abel Gance est un film monstre. Sur le plan matériel, il a nécessité seize mois de tournage, étalés entre 1919 et 1921, effectués pour les deux tiers en extérieurs, principalement à Nice et dans la région de Chamonix. Il aligne 10 900 mètres de pellicule, soit cent cinquante heures de rushes. Prévu pour une durée initiale de deux heures, le film en fait sept à l’arrivée. Pour mener son ambitieux projet – « faire marcher de pair les catastrophes des sentiments et celles des machines », comme il l’explique dans son livre Prisme (Gallimard, 1930) –, Abel Gance prend toutes les libertés, et fait exploser le budget initial de 250 000 francs alloué par Charles Pathé. Il atteindra 2,6 millions, une somme colossale pour l’époque. FORMIDABLE ENTREPRISE Lorsque le film sort en salles, le 17 février 1923, il reçoit un accueil mitigé. « Une véritable cabale se forme aussitôt, où jalousie et mauvaise foi se mêlèrent dans un âpre concert de récriminations », rappelle Roger Icart dans son livre Abel Gance ou le Prométhée foudroyé. Mais l’avant-garde intellectuelle, elle, ne s’y trompe pas  : La roue est un chefd’œuvre, « le plus beau film du monde » même, selon le cinéaste Jean Epstein. Beaucoup s’émerveillent, à juste titre, de « son inventivité, qu’elle soit sur le plan narratif, technique, du montage ou du traitement de la couleur », rappelle Joël Daire, directeur du patrimoine de la Cinémathèque française, qui témoigne dans le documentaire * que Virginie Apiou consacre à la formidable entreprise de la restauration. Mise en œuvre par la Fondation Jérôme Seydoux- Pathé et pilotée par François Ede, celle-ci a mobilisé une équipe de spécialistes aguerris. Confiée au compositeur allemand Bernd Thewes, la reconstruction de la musique originale (117 pièces interprétées par 55 musiciens, parmi lesquelles des œuvres de Honegger, Fauré et Milhaud) a servi de base afin de rétablir la chronologie des séquences tournées et de reconstituer le déroulé du négatif originel, différentes versions du film ayant circulé au fil des décennies. Après trois ans d’un formidable travail d’enquête dans les archives et les cinémathèques, en Suisse et en République tchèque notamment, de numérisation aussi, photogramme par photogramme, les nouvelles générations vont enfin pouvoir, à leur tour, découvrir l’un des grands films d’Abel Gance dans son intégrité et sa beauté originelles. Christine Guillemeau * La roue, histoire d’un film, en ligne à la mi-octobre sur arte.tv/roue-histoire FJSP 2019
ADEM ALTAN/AFP/GETTY IMAGES Turquie  : la nation à marche forcée Auteur du documentaire Turquie, nation impossible, l’historien et théologien Jean- François Colosimo livre une vision passionnante de la Turquie moderne, d’Atatürk à Erdogan  : celle d’un ancien empire prêt à tout pour construire son mythe national. Mardi 29 octobre à 20.50 Documentaire Turquie, nation impossible Lire page 18 En avant-première dès le 22 octobre Disponible jusqu’au 17 octobre 2021 Jean-François Colosimo Quelle a été la réflexion de départ de ce film ? Jean-François Colosimo  : Pour comprendre les problèmes contemporains, il faut saisir la manière dont les peuples ont été façonnés par l’histoire et la religion. En Turquie, après la tentative de putsch contre le président Erdogan, en 2016, on a assisté à une répression d’une férocité extrême dans un pays proche de nous, censé être doté d’une Constitution démocratique. Cela méritait un éclairage qui dépasse les idées reçues. Quelles sont ces idées reçues ? La principale consiste à croire qu’il y aurait une « bonne » Turquie, celle, laïque et occidentalisée, d’Atatürk [fondateur de la République de Turquie en 1923, NDLR] et une « mauvaise », islamiste et orientale, de Recep Tayyip Erdogan. C’est une illusion. Il n’existe qu’une seule Turquie moderne, née des décombres de l’Empire ottoman, qui a opté pour la construction d’une nation sur le modèle occidental. Aux deux époques, la même entreprise nationaliste à marche forcée est à l’œuvre. C’est-àdire la fabrication d’une homogénéité fantasmée, destructrice de toutes les identités – grecque, juive, arménienne, kurde, alévie… – héritées de la mosaïque impériale. Cette réécriture de l’histoire nationale, de laquelle participe la négation du génocide arménien, est l’un des problèmes majeurs de la Turquie actuelle. Comment comprendre ce que signifie être turc quand on vit au milieu de temples antiques, d’églises byzantines, de sanctuaires soufis issus de cultures dont l’existence a été annihilée ? Comment envisager l’avenir du pays ? De par sa politique étrangère hasardeuse et la fin du boom économique sur lequel il a bâti sa popularité, le président Erdogan est aujourd’hui fragilisé. Lorsqu’il n’a plus le soutien du peuple, la tentation de l’autocrate est d’imposer son pouvoir par la force. Voilà le risque aujourd’hui. Parallèlement, il y a toujours eu en Turquie un milieu d’intellectuels animés d’une véritable aspiration démocratique. Ils ont été réprimés à toutes les époques. Ceux que nous avons interrogés sont aujourd’hui en exil. Il ne faut pas les abandonner, mais continuer à les écouter, les soutenir, les faire témoigner. Et ne pas cesser d’affirmer, même si cela apparaît aujourd’hui une utopie, que la Turquie pourra un jour entretenir une relation privilégiée avec l’Europe en jouant de sa position de médiation entre l’Orient et l’Occident. Propos recueillis par Laetitia Moller ARTE MAG N°44. LE PROGRAMME DU 26 OCTOBRE AU 1 ER NOVEMBRE 2019 9



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