Arte Magazine n°44 24 oct 2020
Arte Magazine n°44 24 oct 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°44 de 24 oct 2020

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2 Mo

  • Dans ce numéro : quel président pour l'Amérique ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ARTE MAG N°44. LE PROGRAMME DU 24 AU 30 OCTOBRE 2020 6 Les États désunis Comment ont été choisis les protagonistes de la série e Les USA dans tous leurs États ? Jan Tenhaven  : Pour rendre compte de l’extrême diversité sociale et ethnique des États-Unis, il fallait à la fois des Blancs, des Noirs, des Hispaniques, des habitants de la campagne, ainsi que des petites et grandes villes. Nous nous sommes focalisés sur le quotidien d’une dizaine de personnes. Le contraste que nous cherchions est particulièrement souligné entre des personnalités comme Ameena Matthews, psychologue et militante des droits civiques, et Isabel Brown, une jeune étudiante et activiste pro-Trump. Ce tournage au long cours a-t-il modifié votre regard sur la société américaine ? Mon premier séjour date des années 1990, au moment de la réélection de Bill Clinton. Les divisions se sont aggravées depuis. Les oppositions concernent tous les sujets  : l’avortement, le droit d’être armé, les convictions religieuses ou le rapport à la science. Cette bipolarisation peut apparaître au sein d’une même famille, comme on le voit dans la série chez le couple Anderson, installé dans l’Utah. Elle est démocrate et lui, républicain. Mais eux arrivent à rire de leurs divergences ! « Nous sommes aussi divisés qu’à l’époque de la guerre de Sécession », assure l’un de vos interlocuteurs. Est-ce un sentiment partagé ? Paradoxalement, oui. Tous ressentent ce climat binaire, teinté de défiance entre les gens. Même Charles Kaighen, ce pasteur ultraconservateur du Missouri, critique la communication clivante de Trump, qu’il soutient par ailleurs. J’ai perçu une réelle tristesse parmi la population. Malgré ses problèmes d’inégalités, de pauvreté, de criminalité, de racisme ou de violences policières, la société américaine a toujours cru en un monde meilleur et en la capacité de chacun de réussir. Chez beaucoup de gens, cette foi commune s’est étiolée. De quelle façon la pandémie de Covid-19 et la mort de George Floyd ont-elles influé sur le tournage ? La crise sanitaire nous a obligés à nous adapter. Comme à partir de la mi-mars nous ne pouvions plus voyager, nous avons travaillé avec de petites équipes locales dirigées à distance. Sur le fond, la perception de cette pandémie a souligné l’écart entre les zones rurales, où l’on refusait souvent de croire au virus, et les métropoles comme New York, qu’il a violemment frappé. Quant à l’affaire George Floyd, qui a exacerbé les tensions raciales, elle a aussi révélé des personnalités originales comme Doug Pagitt, un pasteur de Minneapolis à la fois évangéliste et progressiste. Mais il reste une exception. Les États-Unis demeureront divisés, surtout si le résultat de la présidentielle se joue à une faible différence de voix. Propos recueillis par Benoît Hervieu-Léger Dans une passionnante série documentaire, tournée plusieurs mois durant à l’approche de la présidentielle américaine, le réalisateur Jan Tenhaven prend le pouls d’un pays plus divisé que jamais. Entretien. Spécial élection présidentielle américaine Mardi 13 octobre Ku Klux Klan – Une histoire américaine (1 & 2) à 20.50 Mardi 20 octobre Black Panthers (1 & 2) à 20.50 Jimmy Carter – Le président rock’n’roll à 22.45 Amexica  : le monde de la frontière à 0.20 Lundi 26 octobre Playland USA à 0.40 Mardi 27 octobre Quel président pour l’Amérique ? – Trump contre Biden à 20.50 Les USA dans tous leurs États (1-3) à 22.55 Lire pages 18 et 19 Mardi 3 novembre La démocratie du dollar à 20.50 Les USA dans tous leurs États (4 & 5) à 22.25 America à 0.10 La programmation antenne est complétée sur arte.tv par plusieurs documentaires inédits, à partir du 12 octobre. DOUG PAGITT
CAMERA LUCIDA PRODUCTIONS Rejeté d’emblée par les élites, Les misérables, succès populaire absolu, n’en finit pas de nous parler. L’écrivaine Danièle Sallenave, qui intervient dans le documentaire de la collection « Les grands romans du scandale » consacré au chef-d’œuvre hugolien, évoque son pouvoir de subversion intact. Mercredi 28 octobre à 22.45 Documentaire « Les misérables » et Victor Hugo Au nom du peuple Lire page 21 21/10 10/1/2021 Danièle Sallenave Hugo, héraut du peuple Personne n’imaginait Victor Hugo oser un tel roman contre l’ordre établi. Quelle est sa genèse ? Danièle Sallenave  : Lorsqu’il débute l’écriture des Misérables, sous le titre Les Misères, en 1845, Victor Hugo a un passé de catholique monarchiste, conservateur, devenu libéral et pair de France sous Louis-Philippe. Peu à peu, il prend conscience de la réalité sociale, des inégalités, des injustices. Il se rend dans les prisons. On trouve normal d’être progressiste à 20 ans, et conservateur à 40. Avec Victor Hugo, c’est le contraire. Et c’est beaucoup plus rare. Il met une quinzaine d’années à écrire ce livre, finalement publié en 1862. A-t-il été effrayé par sa propre création ? Ce qui l’effraie, c’est le retour des grandes convulsions, des massacres comme en juin 1848. La barricade est l’effet ultime, désespéré, d’une révolte qui avorte. La révolution doit dépasser l’insurrection pour transformer « la populace en peuple, la canaille en nation ». Depuis toujours, il est guidé par l’idée d’une évolution irréversible de la société vers davantage de lumière et de justice, dessein divin auquel il se doit de participer. Résultat, le peuple s’arrache son roman et les élites le conspuent ? Absolument. Dès sa sortie, le 3 avril 1862, le livre rencontre un succès inimaginable. Victor Hugo devient alors le héraut et le héros des classes populaires. Mon arrière-grand-mère, qui venait d’un milieu très pauvre, a toujours gardé sur sa cheminée une photo de ses obsèques. La classe dominante y voit, comme Lamartine, « un livre très dangereux parce qu’il fait trop craindre aux heureux, et parce qu’il fait trop espérer aux malheureux ». Quelle est la grande idée des Misérables, selon vous ? Ceux qui sont en bas ne supporteront pas toujours de l’être. On fait ce qu’il faut pour qu’ils le supportent, tantôt en les calmant, tantôt en les réprimant, mais l’idée de l’inégalité reste intolérable. Peut-on établir un parallèle avec notre actualité ? Les comparaisons sont toujours excessives mais voyez le nombre de Français qui vivent au-dessous du seuil de pauvreté, ceux qui ne partent jamais en vacances, ces enfants qui ne voient la mer qu’une journée par an… J’ai écrit sur les « gilets jaunes » *, j’ai été avec eux, et je suis prête à recommencer. Sont-ils des « misérables » ? Non, bien sûr ! La situation n’a rien à voir avec la misère sous le Second Empire, mais l’injustice ne cesse de resurgir, en même temps que le mépris des élites. C’est pourquoi le roman de Victor Hugo nous parle toujours autant. Est-ce qu’il vous parle personnellement ? Oui. Je m’y retrouve totalement. Nous vivons une époque difficile, mais ce refus des inégalités qui explose partout me réconforte. Exiger d’être reconnu par-delà les différences, d’origine, de couleur de peau, de sexe, ce n’est pas un séparatisme. Au contraire. C’est un appel à l’universel. Après tout, on a longtemps appelé suffrage universel un suffrage qui n’a été que celui des hommes. L’universel est encore à construire ! Propos recueillis par Raphaël Badache * Jojo, le gilet jaune, collection Tracts (n°5), Éditions Gallimard (2019). 7ARTE MAG N°44. LE PROGRAMME DU 24 AU 30 OCTOBRE 2020



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