Arte Magazine n°42 13 oct 2018
Arte Magazine n°42 13 oct 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°42 de 13 oct 2018

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,2 Mo

  • Dans ce numéro : Miro, le feu intérieur.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ARTE MAG N°42. LE PROGRAMME DU 13 AU 19 OCTOBRE 2018 6 Alors qu’ARTE consacre un cycle aux peintres, le réjouissant documentaire Miró – Le feu intérieur plonge dans l’œuvre foisonnante de l’artiste catalan à l’occasion d’une rétrospective au Grand Palais *. Entretien avec son petit-fils, Joan Punyet Miró, administrateur de son legs. « Un génie de l’inconnu » GABRIEL RAMON Joan Punyet Miró Quelle image gardez-vous de votre grand-père ? Joan Punyet Miró  : C’était un homme inquiet, très préoccupé à l’époque où je l’ai connu – l’agonie du franquisme – par l’avenir de l’Espagne. En même temps, attaché à sa famille et proche de mes frères et moi, il parlait et jouait beaucoup avec nous. On se retrouvait ensemble le dimanche, autour de la paella. En revanche, nous, les enfants, n’avions pas le droit de pénétrer dans son atelier, qui demeurait pour moi un mystère. Jusqu’au jour où, grâce à ma grand-mère, nous avons enfin réussi à y entrer. J’avais 10 ans et cela fut une découverte magique, avec ces centaines de tableaux et dessins… Je me souviens de l’odeur de la térébenthine, de la gouache et de l’huile. Sans oublier la lumière de la Méditerranée qui baignait tout l’espace. Quels rapports entretenait-il avec son pays, l’Espagne ? Complexes. Mon grand-père a vécu le coup d’État contre la République qui allait entraîner la guerre civile. À partir de 1936, il s’est exilé en France, avant de retourner en Espagne en 1940, ce qui lui a été injustement reproché. Pourquoi cet homme de gauche, avec son prestige, s’installait-il dans un État fasciste ? D’abord pour être auprès de sa mère, mais aussi parce qu’il se voulait « brigadiste culturel » dans son pays, que tous les intellectuels avaient déserté. Farouche opposant au franquisme, il s’est caché à Majorque, l’île de ma grand-mère, Pilar. S’il n’a pas été exécuté, c’est sans doute parce que le régime avait retenu la leçon de son erreur avec le poète Federico García Lorca. En 1968, lors de sa première exposition à Barcelone, il a refusé d’assister au vernissage, parce que Manuel Fraga, le ministre du Tourisme, y était annoncé. Quel rôle a joué Picasso, qu’il rencontre à Paris, dans son parcours artistique ? Un rôle capital. Mentor absolu, Picasso, qui avait onze ans de plus, a beaucoup aidé mon grand-père, qui lui en a été reconnaissant toute sa vie. C’est BRIDGEMANIMAGES.COM
MICHEL SIMA/RUE DES ARCHIVES Picasso qui lui a conseillé d’attendre « son moment ». En 1921, lors de la première exposition Miró à Paris, à la galerie La Licorne, il était présent, et en 1925, à la galerie Pierre, il a fait venir des musiciens et des danseurs catalans pour fêter son ami barcelonais. Le film montre qu’on cantonne trop souvent Miró à l’imaginaire de l’enfance. Comment le voyez-vous ? C’était un génie de l’inconnu et du monde onirique, inspiré par la poésie et la musique. Il disait  : « Je veux que mes tableaux soient des poèmes mis en musique par un peintre. » Sous son primitivisme apparent, il voulait maîtriser la liberté grâce à la complexité de la technique. En quête perpétuelle d’un nouveau moyen d’expression, il faisait table rase après chacune de ses séries pour tout recommencer. Rebelle, Miró aspirait à une peinture violente, subversive, avant-gardiste, il prenait des risques. Deux faces opposées cohabitaient en lui. Le jour, il travaillait méthodiquement, la nuit, il s’endormait en lisant de la poésie  : Rimbaud, Mallarmé, qui pénétrait son esprit pour exploser pendant son sommeil. Le lendemain, il éprouvait un besoin physique de libérer par la créativité tous les monstres de son inconscient. Il voulait aller au-delà de la peinture. Vous évoquez dans le film sa part d’ombre… Miró avait un côté noir, dépressif, lié aux guerres – mondiales et civile –, et à l’exil. Cela se traduisait par un certain laconisme dans sa peinture. Mystique, il a aussi été marqué par ses voyages au Japon en 1966 et 1969, où il s’est imprégné des œuvres sur papier de riz des artistes bouddhistes. Lui qui cherchait le dépouillement est ainsi allé plus loin dans l’épure. Enfin, au crépuscule de sa vie, vers 80 ans, il a aussi été influencé par Goya  : ce peintre réputé pour ses couleurs a alors beaucoup travaillé en noir et blanc. Ses derniers tableaux, immenses, sont ainsi traversés par une ligne fine, qui évoque le vol des oiseaux. Une apologie de l’éphémère de la vie à la veille de la mort. Que voudriez-vous qu’on (re)découvre dans son œuvre ? La conviction et la passion de ce travailleur acharné, soldat de l’avant-garde, et son attachement radical à la liberté artistique. C’est aussi l’objet de la rétrospective du Grand Palais. Propos recueillis par Sylvie Dauvillier * L’exposition « Miró » se déroule du 3 octobre 2018 au 4 février 2019. Cycle peintres Dimanche 14 octobre Joan Miró – Le feu intérieur à 17.35 Lire page 13 La jeune fille à la perle à 20.50 Le mystère Jérôme Bosch à 22.30 Les petits secrets des grands tableaux à 23.55 Lundi 15 octobre Mr. Turner à 20.50 Mercredi 17 octobre Van Gogh à 20.55 Neo Rauch – Le peintre énigmatique de l’Allemagne à 23.30 Vendredi 19 octobre Jean-Michel Basquiat, la rage créative à 23.30 Dimanche 21 octobre Egon Schiele à 17.30 Dimanche 28 octobre Picasso, Braque et Cie – La révolution cubiste à 17.35 ÉDITIONS Retrouvez Joan Miró – Le feu intérieur en VOD et DVD à partir du 2 octobre. 7ARTE MAG N°42. LE PROGRAMME DU 13 AU 19 OCTOBRE 2018



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