Arte Magazine n°41 3 oct 2020
Arte Magazine n°41 3 oct 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°41 de 3 oct 2020

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,2 Mo

  • Dans ce numéro : génération écrans.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ARTE MAG N°41. LE PROGRAMME DU 3 AU 9 OCTOBRE 2020 8 En enquêtant à travers le monde sur l’usage croissant des écrans chez les jeunes, le journaliste d’investigation Raphaël Hitier signe un documentaire édifiant étayé par des analyses de spécialistes, dont le psychiatre Serge Tisseron *. Entretien. Écrans à surveiller Samedi 3 octobre à 22.40 Génération écrans  : génération malade ? Lire page 12 26/9 1/12 Serge Tisseron Quel est, selon vous, le principal enjeu lié à l’utilisation croissante des écrans chez les enfants et les adolescents ? Serge Tisseron  : Plutôt que de s’attacher uniquement au temps passé derrière les écrans, il faut comprendre la nature des usages. Les outils numériques peuvent en effet servir à des activités créatives ou socialisantes, mais aussi à des tâches répétitives, compulsives et donc appauvrissantes et destructrices de lien. Ils peuvent également éloigner d’activités essentielles, comme le sport. On doit enfin être conscient de l’évolution très rapide des usages, qui va de pair avec celle des technologies. Le développement de la réalité virtuelle, par exemple, va bouleverser la donne en créant notamment des formes d’apprentissage facilité et augmenté. Que pensez-vous de l’utilisation des écrans par les tout-petits ? En 2008, j’ai lancé le slogan  : « Pas d’écran avant 3 ans. » Je n’ai pas changé d’avis. Avant cet âge, le cerveau d’un enfant se construit, et il doit développer énormément de compétences, comme apprendre à parler, à se mouvoir... Tout doit être centré sur la relation à l’autre, qui peut aussi passer par l’utilisation d’un écran partagé, mais cela doit avoir lieu sur des périodes courtes et être accompagné. Il est primordial de ne pas laisser un petit enfant seul face à un écran, car cela risque de le couper des apprentissages fondamentaux. Par la suite, il faut continuer d’accompagner les plus jeunes pour les aider à donner du sens à ce qu’ils regardent. Le documentaire pose la question de la nocivité des écrans... Elle n’est pas démontrée. Mais toutes les monoactivités intensives induisent des pathologies, par exemple, chez certains violonistes ou footballeurs professionnels. Si l’usage des écrans n’est pas forcément nuisible en soi, il le devient à haute dose. Qu’en est-il du phénomène d’addiction mis en lumière dans le documentaire ? Le mot peut être discuté, mais ce qui est certain, c’est que dans les jeux vidéo, des algorithmes cachés échappent à la conscience des joueurs. Ils sont là pour les inciter à rester connectés toujours plus longtemps, dans le but de collecter plus d’informations personnelles et plus d’argent, tout en donnant une illusion de liberté vis-à-vis de l’écran. Propos recueillis par Laure Naimski * Auteur entre autres de L’emprise insidieuse des machines parlantes (Les Liens qui libèrent, 2020). CHRISTOPHE RABINOVICI
LES BATELIERES PRODUCTIONS « Les grands romans du scandale » Mercredi 7 octobre Pornotropic – Marguerite Duras et l’illusion coloniale à 22.50 Lire page 21 Mercredi 21 octobre Dorian Gray, un portrait d’Oscar Wilde à 22.30 Mercredi 28 octobre « Les Misérables » et Victor Hugo – Au nom du peuple à 22.45 Mercredi 4 novembre Toni Morrison à 22.40 Mercredi 11 novembre George Orwell, Aldous Huxley – « 1984 » ou « Le meilleur des mondes » ? à 0.20 En ligne sur arte.tv du 1er octobre au 10 janvier 2021. Des gémonies au panthéon En 1950, lorsque paraît Un barrage contre le Pacifique, la France, encore majoritairement convaincue du bien-fondé de sa « mission civilisatrice », ignore qu’elle sera très bientôt piteusement chassée de « son » Indochine. Avec ce roman autobiographique, Marguerite Duras livre un réquisitoire implacable contre le « grand vampirisme colonial », et met à nu les non-dits d’un système encore défendu par nombre d’intellectuels et d’artistes  : la brutalité inouïe, les conditions de travail parfois proches de l’esclavage, les « servantes de lits » et bordels pour colons, la corruption tranquille de l’administration qui a ruiné sa mère, institutrice et veuve… Premier d’une salve de cinq nouveaux documentaires de la collection « Les grands romans du scandale », Pornotropic – Marguerite Duras et l’illusion coloniale, de Nathalie Masduraud et Valérie Urrea, croise avec des regards contemporains les mots et les archives de celle qui devra attendre 1984 pour décrocher enfin le prix Goncourt avec L’amant. Spécialistes des mécanismes de la colonisation, la politologue Françoise Vergès et l’anthropologue AnnLaura Stoler montrent ainsi combien le roman, révolutionnaire pour son époque, apparaît lui aussi pétri de stéréotypes racistes soixante-dix ans plus tard. FRACTURES ET SUBVERSIONS Autre époque, autre ambiance, avec Le portrait de Dorian Gray, signé Oscar Wilde. Porté par une bande-son rock et le témoignage enflammé d’Amélie Nothomb, le film qui lui est consacré nous plonge dans l’atmosphère de cette ode à l’hédonisme devenue culte. Texte subversif sur la jeunesse, la beauté et le désir, le roman révulse d’autant plus Vilipendés lors de leur parution pour accéder au fil du temps au statut de chefd’œuvre  : la passionnante collection documentaire « Les grands romans du scandale » revient avec cinq histoires littéraires dont Marguerite Duras ouvre le bal. l’Angleterre victorienne de la fin du XIX e siècle que le flamboyant Irlandais qui en est l’auteur entame une relation amoureuse avec un jeune aristocrate. La bonne société le fera payer cher à celui que l’on découvre en star narcissique avant l’heure, jouant à merveille de son image… pour un temps. Passionnante, cette « deuxième saison » explore aussi les fractures américaines avec Beloved de Toni Morrison, confronte les mondes dystopiques si étrangement proches du nôtre créés par George Orwell et Aldous Huxley, et dévoile la face cachée du monument hugolien Les misérables. Ou comment l’homme de lettres de la bourgeoisie est devenu l’écrivain du peuple. Raphaël Badache ARTE MAG N°41. LE PROGRAMME DU 3 AU 9 OCTOBRE 2020 9



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