Arte Magazine n°4 18 jan 2020
Arte Magazine n°4 18 jan 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°4 de 18 jan 2020

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,1 Mo

  • Dans ce numéro : la série policière l'instinct de vie.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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ARTE MAG N°4. LE PROGRAMME DU 18 AU 24 JANVIER 2020 6 Dans la série irlandaise Escale fatale, l’actrice française Aïssa Maïga interprète une mère courage, emplie de force et d’humanité, confrontée aux épreuves de l’immigration en Europe. Entretien. « Un destin qui inspire l’humilité » Jeudi 23 janvier à 20.55 Série Escale fatale (1-3) Lire page 22 16/1 21/2 I C’est la première fois que vous êtes l’héroïne d’une série anglo-saxonne. Comment ce projet est-il venu à vous ? Aïssa Maïga  : À vrai dire je me le demande encore ! Le projet m’a été proposé alors que j’étais au festival de Cannes, accaparée par la promotion du livre Noire n’est pas mon métier *, et on m’a gentiment accordé un délai pour lire le scénario des six épisodes de cette série. J’ai tout de suite été happée par l’histoire, qui donnait l’impression d’être racontée à travers les yeux de cette femme, Abeni, dont on comprend le drame dès les premières minutes  : la migration, la perte de son mari, puis l’arrivée en Irlande dans un cadre froid et institutionnel. Le personnage existe sans qu’il soit besoin de mots. Un ton est donné, et il est maintenu jusqu’à la fin, sans jamais tomber dans la caricature. Il faut avoir en tête que l’Irlande, traditionnellement une nation d’émigration, ne connaît l’immigration que depuis peu. Très documentée, cette série aborde la question dans toute sa complexité. C’est une jolie leçon dont nous devrions nous inspirer. Comment définiriez-vous le personnage d’Abeni ? Cette femme vit dans une précarité extrême, un grand isolement, et doit faire face à des défis quotidiens pour élever ses deux garçons. En même temps, elle est déterminée à s’en sortir. Elle est portée par une vision  : alors qu’autour d’elle souffle une tempête dévastatrice, elle parvient à rester droite, puisant sa force dans son passé. Avec elle, le drame social s’invite dans l’intrigue policière, mais sans aucun pathos. C’est un destin qui inspire l’humilité, à travers lequel le scénariste Stuart Carolan a dessiné, je crois, une figure maternelle universelle. Pouvez-vous parler de votre travail de composition ? J’ai commencé par faire des recherches sur les parcours de ces femmes. Ce qu’elles traversent est de l’ordre de l’indicible. À mon sens, la mission de l’acteur consiste à donner corps à son personnage, afin de permettre au spectateur de s’interroger. Jouer Abeni a été un défi pour moi, SPIRAL PICTURES
c’est sûr. Pour parler anglais avec l’accent nigérian, j’ai dû travailler avec un dialect coach américain. Puis, en Irlande, j’ai eu la chance de rencontrer la mère des deux jeunes acteurs qui jouent mes fils dans la série. Nigériane comme Abeni, elle comprenait intimement le personnage, et elle m’a été d’une aide précieuse. Tout comme David Caffrey, un réalisateur remarquable d’enthousiasme et de précision. Parler avec un accent qui n’est pas le vôtre tout en maintenant l’intensité du jeu est un travail d’artisan qui pousse à l’abnégation ! Un personnage de femme comme celui-là a été passionnant à jouer, car il y a ce qu’il montre, mais aussi, et surtout, ce qu’il garde pour lui. Comment ce rôle résonne-t-il avec le combat que vous menez pour une meilleure représentation des personnes noires et métisses sur les écrans ? Nous dénonçons la récurrence des clichés dans les rôles qu’on nous propose. Ils participent à un dénigrement d’une certaine frange de la population. Cela ne veut pas dire que je rêve uniquement de rôles d’intellectuelle ou de chirurgienne, mais que je revendique le droit et l’envie de tout jouer, y compris des expériences humaines comme celle d’Abeni. Oui, Abeni est une migrante, mais la façon dont elle est dépeinte rend hommage à son vécu et donne à voir son point de vue sur le monde. C’est cela qui est important. De manière générale, la série fait vivre des personnages noirs d’une grande diversité  : ils n’ont ni la même histoire ni la même aura, mais, tous ensemble, ils forment un riche tableau humain. Il n’y a aucune contradiction entre le fait de jouer un tel rôle et de dire « Noire n’est pas mon métier », bien au contraire. Je suis fière d’incarner l’une de ces femmes, qui sont la plupart du temps inaudibles, invisibles ou caricaturées. Propos recueillis par Jonathan Lennuyeux-Comnène * Manifeste collectif pour une représentation plus juste de la diversité, écrit par Aïssa Maïga et quinze actrices noires et métisses françaises, paru au Seuil en 2018. Aïssa Maïga est à l’affiche de Pygmalionnes, un documentaire de Quentin Delcourt, en salles le 22 janvier. 7ARTE MAG N°4. LE PROGRAMME DU 18 AU 24 JANVIER 2020



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