Arte Magazine n°34 18 aoû 2018
Arte Magazine n°34 18 aoû 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°34 de 18 aoû 2018

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,0 Mo

  • Dans ce numéro : Virginie Ledoyen, briser les chaînes.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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ARTE MAG N°34. LE PROGRAMME DU 18 AU 24 AOÛT 2018 6 Luttes ouvrières Il ne reste que très peu de traces de la vie de Lucie Baud. Sur quoi vous êtes-vous appuyée pour incarner le personnage ? Virginie Ledoyen  : Sans le livre de Michelle Perrot*, effectivement, Lucie Baud serait totalement oubliée. Pourtant son parcours de vie dégage une force incroyable… C’est de cette force dont je me suis inspirée. J’ai fait confiance au travail de documentation effectué par Gérard Mordillat sur les conditions de vie des ouvrières de cette époque, pour laisser la place à la dimension romanesque du destin de Lucie Baud. Une jeune veuve qui gère seule sa famille et déclenche une grève, ce n’était évidemment pas la norme à cette époque. Elle a été exclue pour cela. Elle était conditionnée par la société à se taire et à subir, mais son insolence et son indépendance l’ont poussée à s’extraire de cette condition et à tenter d’en délivrer les autres. Pourquoi se révolte-t-elle ? Le jour où le patron de l’usine décide que les ouvrières vont travailler non pas treize mais quatorze heures par jour, pour un salaire moindre d’un tiers, quelque chose bascule en elle. Elle prend conscience de l’inhumanité du traitement qu’on leur inflige depuis leur enfance  : jusqu’alors, les ouvrières l’acceptaient, jugeant leur vie difficile mais dans l’ordre naturel des choses. Ce n’est que lorsqu’elle rencontre Auda, le syndicaliste joué par Philippe Torreton, qu’elle se rend compte que cette révolte intuitive, d’autres l’ont déjà pensée et mise en actes. Quel regard Gérard Mordillat porte-t-il sur le personnage ? Gérard est avant tout intéressé par la trajectoire humaine de Lucie Baud. Mélancolie ouvrière n’a rien de didactique ou d’idéologique, et n’est pas un documentaire sur la condition ouvrière. Le regard de Gérard rend à Lucie, comme aux autres, la dignité dont elles ont été privées. Il y a des résonances avec le présent  : tant sur la place des femmes que sur la question ouvrière, ces problématiques sont encore, à des degrés divers, d’actualité. Propos recueillis par Jonathan Lennuyeux-Comnène *Mélancolie ouvrière, Grasset, 2012. Vendredi 24 août à 20.55 Fiction Mélancolie ouvrière Lire page 24 Après La forteresse assiégée (2006), Virginie Ledoyen retrouve Gérard Mordillat dans le rôle de Lucie Baud, femme du peuple et héroïne oubliée du monde ouvrier, à qui elle prête son regard ombrageux et décidé. Interview. Gérard Mordillat La victoire en chantant « Pour les faits, je m’en suis tenu rigoureusement au mémoire rédigé – avec une sécheresse quasi notariale – par Lucie Baud elle-même. Mais pour faire exister l’enthousiasme ou la colère, voire le désespoir, qui se lisent entre les lignes, je me suis tourné vers la musique et le chant. Il faut se rappeler que dans les ateliers de tissage, à cette époque, on poussait les apprenties à chanter, afin de se donner du cœur à l’ouvrage, de couvrir le bruit des machines et de tenir le coup pendant les treize ou quatorze heures de leur journée de travail. Pour moi, le fait que les comédiennes qui chantent dans le film ne soient pas doublées et que le chant soit sur le même plan que les dialogues ajoute beaucoup à l’émotion. » AURELIEN FAIDY/AUTOFOCUS-PROD/ARTE/JPG FILMS/PACO WISER - ARCHIPEL 33
THIERRY PASQUET/SIGNATURES Mardi 21 août à 23.40 Documentaire Dans la tête d’un flic Lire page 19 Paroles de fIics Avec Comment avez-vous réussi à obtenir la confiance de ces policiers ? François Chilowicz  : L’approche longue est primordiale dans mon travail. Pour un précédent film, j’ai passé plus de quatre ans avec des policiers, au quotidien. En patrouille, la nuit, on devient un peu collègues, voire amis. Quelque temps après les événements de Viry-Châtillon [plusieurs policiers attaqués au cocktail Molotov et grièvement brûlés en octobre 2016, un événement déclencheur des manifestations policières, NDLR], ils m’ont demandé de documenter leur colère. Ils souffraient de leur situation, ce que je trouve dangereux, démocratiquement. Une police qui souffre, c’est une police qui peut faire du mal. Me connaissant, ils savaient que je respecterais leur parole. De mon côté, je leur ai garanti l’anonymat et une sécurité totale vis-à-vis de leur hiérarchie. L’abandon de la police de proximité semble avoir joué un rôle décisif dans les difficultés qu’ils dénoncent… Chez les gardiens de la paix, les avis étaient partagés sur la question. Mais à partir de cette date, les liens entre police et population, dans les quartiers populaires, se sont désintégrés. D’où ce problème de coexistence, alors que de part et d’autre on vient souvent du même milieu social, et on partage le même sentiment de relégation, de déclassement, d’insécurité sociale et de vacuité politique. Un terreau très fertile pour le populisme. Dans la tête d’un flic, sept policiers sortent de leur devoir de réserve pour raconter l’envers de leur métier au documentariste François Chilowicz. Entretien. Ce qui expliquerait la percée de l’extrême droite chez les policiers ? La police s’est beaucoup « droitisée » ces dernières années  : plus de la moitié de ceux que j’ai interrogés dans mon film votent pour le Rassemblement national (ex-FN). On peut parler de « racisme par lassitude ». Les policiers, qui ont pour consigne de réprimer le même type de délits dans le même type de quartiers, finissent par leur associer des groupes ethniques dont ils ne voient que la face criminelle. C’est une ligne politique qui, outre le fait qu'elle épuise les effectifs, épargne la délinquance en col blanc, bien plus coûteuse pour la société, mais invisible. Les récents attentats ont aussi contribué à faire grandir la peur au sein des forces de l’ordre... Les policiers ont payé un lourd tribut au terrorisme, ces dernières années. Aujourd’hui, ils ont peur d’être attaqués, y compris chez eux. En 2008, quand j’ai commencé à les côtoyer, aucun ne mettait de gilet pare-balles pour sortir, ce qui serait impensable aujourd’hui. De plus, sont apparus les gilets tactiques  : de véritables armures, munies de grenades dites de « désencerclement », de menottes, etc. Ces uniformes guerriers sont arborés au quotidien, dans les quartiers. Alors que l’usure de leur travail sur le terrain déforme la perception qu’ont les policiers de la réalité, la peur contribue à amalgamer dans leur esprit les populations qu’ils surveillent et le terrorisme. Propos recueillis par François Pieretti 7ARTE MAG N°34. LE PROGRAMME DU 18 AU 24 AOÛT 2018



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