Arte Magazine n°30 22 jui 2000
Arte Magazine n°30 22 jui 2000
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°30 de 22 jui 2000

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 1,6 Mo

  • Dans ce numéro : le couronnement de Poppée.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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v e n d redi 28 juillet 22.15 Moderato instabile Dans un petit village suisse, cinq handicapés physiques et mentaux partagent une même maison avec deux animateurs musiciens. Entre vie de famille et apprentissage musical, chacun trouve sa place. Un splendide premier film. La version longue de ce documentaire a été sélectionnée dans de nombreux festivals (Cinéma du réel, Visions du réel...) et a obtenu le Prix suisse du meilleur documentaire 1999. Documentaire de Christian Davi (Suisse, 1997/1999-52mn) Production : Magic Lantern Productions LA SEPTARTE Dans cette maison où cohabitent cinq handicapés et deux animateurs, l’appre n t i s s a- ge musical alterne avec les tâches de la vie quotidienne : Martin joue de l’accord é o n , Roland fait la vaisselle et apprend le piano, Hans coupe du bois… Peu à peu se dessine la personnalité des cinq pro t a g o n i s t e s . On découvre que le fait de pouvoir vivre et travailler ensemble sur une longue durée leur a permis de tisser des liens pro f o n d s et de développer un sentiment de gro u p e Martin, 33 ans, bon joueur d’accordéon et bon vivant tout court. très fort. Ici, chacun a sa place, quel que soit son handicap physique ou mental. Il est accepté avant tout comme une personne… Tout le monde aimerait... Ce film part à la re n c o n t re de personnes beaucoup plus complexes qu’il n’y paraît. M a rtin, 33 ans, peut faire sourire lorsqu’il tente de réciter les jours de la semaine à l’envers et se trompe toujours quand il arrive à “lundi”... Mais il est presque inquiétant lorsqu’il raconte à demi-mots qu’avant d’être dans ce “lieu de vie”, il était un “très méchant h o m m e ” que l’on a torturé... Il y a aussi Roland, l’ami de Martin, qui depuis le jour de l ’ e n t e rrement de son grand-père est terr i f i é par la mort. “Je ne sais pas comment la mort a rrive. Je ne comprend pas.” C e rt a i n e s scènes sont inoubliables, très joyeuses ou plus touchantes. L’un raconte qu’il a rêvé se marier avec une femme, mais qu’elle ne parlait pas la même langue que lui. Il rit avec ses compagnons de table et conclut par un “ Q u i n’aimerait pas se marier ? Tout le monde aimerait...” Et puis il y a les concerts où les membres du groupe sont filmés comme les rock stars qu’ils sont finalement devenus... Christian Davi a choisi une approche sensible et pleine d’émotion qui privilégie l’identification aux personnages. Surtout, il évite de se focaliser sur la diff é rence et l’étrangeté, pour au contraire chercher à nouer des liens. Les plans serrés sur les visages rendent les protagonistes très p roches. Chacun est traité avec re s p e c t , humour et tendresse. Tous ont une présence rare et parviennent à nous communiquer avec générosité leur pro p re perception du monde.
23.10 Cinéma Le val Abraham (Vale Abraao) Film de Manoel de Oliveira (Portugal/France/Suisse, 1993-3h01mn) - VOSTF Scénario : Manoel de Oliveira, d’après le roman d’Agustina Bessa-Luis Avec : Leonor Silveira (Ema), Cecile Sanz de Alba (Ema jeune), Luís Miguel Cintra (Carlos de Paiva), Rui de Carvalho (Paulino Cardeano), Luís Lima Barreto (Pedro Lumiares), Micheline Larpin (Simona), Diogo Dória (Fernando Osório), José Pinto (Caires), Filipe Cochofel (Fortunato), João Perry (Pedro Dossém), Glória de Matos (Maria do Loreto), António Reis (Semblano), Isabel Ruth (Ritinha) Photographie : Mário Barroso Montage : Manoel de Oliveira, Valérie Loiseleux Son : Henri Maikoff Production : Madragoa Filmes, Gemini Films, Light Night Production LASEPTARTE Très fine et originale transposition à l’écran de Madame Bovary par le réalisateur portugais Manoel de Oliveira, l’un des rares cinéastes à avoir traversé le siècle. Ema est une femme d’une grande beauté. Mariée à un médecin, Carlos, elle ne tard e pas à fasciner les hommes et à prendre des amants, seul moyen pour elle d’échapper à une condition médiocre. Le val Abraham, où elle s’installe, devient son terr i t o i re, un lieu traversé par sa présence poétique. Une Bovary portugaise Le val Abraham est le nom donné à une petite vallée montagneuse traversée par un cours d’eau paisible et surmontée par des domaines appartenant au monde des rêves – le monde le plus hypocrite qui soit, selon Oliveira. Dans la Bible, le patriarc h e Abraham avait des mœurs archaïques et utilisait la beauté de sa femme Sarah pour r é s o u d re ses difficultés. Il y a une volonté chez Oliveira de circonscrire l’action de son film dans cette topographie très biblique, comme s’il pouvait exister une géographie spirituelle : le val Abraham devient ainsi le val de l’humanité et de la naissance du monde. Mais il s’agit surtout d’un magnifique portrait de femme inspiré de l’Emma Bovary de Flaubert. Une femme qui traverse le temps, dans la compagnie douloureuse des hommes qu’elle n’envisage que comme amants. Le seul moyen qu’elle connaisse pour résister et imposer un pouv o i r, c’est sa beauté. Un personnage poétique, sur lequel les hommes glissent ou se heurtent, et qui finira par se perdre dans le lyrisme, jusqu’à la mort. Oliveira fait d’Ema une victime de la poésie : en choisissant délibérément de tourner le dos aux conventions et à la vie matérielle, Ema s’isole et p e rd pied. Le re g a rd de la servante fidèle, s o u rde et muette, accompagne sa chute, condamnée à usurper un terr i t o i re, une pensée et un plaisir qui ne sont pas les siens. Tout n’est qu’artifice dans le Va l A b r a h a m, et tout l’art d’Oliveira tient dans sa mise en scène d’une simplicité absolue, presque sereine. Le temps s’étire, oublieux des liens et des secrets hallucinés qui se nouent entre les êtres ; la mise en scène coule comme la rivière du val, en apparence immobile (le film dure trois heures). Et p o u rtant, que de remous ! Le dialogue abondant – le langage est souverain chez Oliveira –, accentué par une voix off omniprésente, étonne là encore, tant prédomine une paradoxale impression de silence. Ema (Leonor Silveira) est une victime de la poésie. Oliveira ne cache pas s’être largement inspiré de l’Emma Bovary de Flaubert.



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