Arte Magazine n°29 15 jui 2000
Arte Magazine n°29 15 jui 2000
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°29 de 15 jui 2000

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 1,5 Mo

  • Dans ce numéro : l'Afrique danse.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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d i m a n c h e16 juillet BD mania 23.30 Les 13 vies de Corto Maltese Documentaire de Jean-Claude Lubtchansky (France, 1996-52mn) Coproduction : La Sept ARTE, Trans-Europe Films (Rediffusion du 13 mai 1997) « R ê v er, c’est une façon de devenir immor - tel », disait Hugo Pratt. Le maître de la bande dessinée est mort il y a cinq ans, mais Corto Maltese, son plus célèbre personnage, voyage toujours dans nos mémoires. Ce film hommage suit le marin anarchiste et son créateur dans quelques-uns de leurs plus beaux périples. E n t re fiction et réalité, voyages en dessin ou en mer, Jean-Claude Lubtchansky raconte C orto Maltese « de l’intérieur ». Extraits de bandes dessinées et d’aquarelles, superbes archives filmées aux quatre coins du monde, retracent l’univers de Corto, tandis que s’égrènent les souvenirs d’Hugo Pratt et les témoignages de ses personnages. Au myst è re de cette création unique dans l’histoire du 9 e art, le film apporte des réponses poétiques, sensibles, qui donnent l’envie irr é s i s- tible de replonger dans cet univers de rêve et de papier. S u i v re la vie exceptionnelle d’Hugo Pratt, et les voyages non moins extraord i n ai res de C orto Maltese, c’est accomplir un parc our s unique dans les mythologies les plus diverses. Le documentaire de Jean-Claude Lubtchansky garde la légèreté de ces myst è res. Pratt lui-même n’apparaît que de m a n i è re fugitive, comme Hitchcock dans ses films... Au fur et à mesure du document ai re, Hugo et Corto se confondent, la réalité rejoint l’imaginaire. Chine, Afrique, Amérique, Irlande, Bretagne..., leur périple s’achève bien sûr à Venise : « J’ai trouvé mon île au trésor dans mon monde intérieur. Maintenant, comme tous les Vénitiens fatigués des autorités, je connais une port e secrète qu’il suffit de pousser pour s’en aller pour toujours vers d’autres histoires et d’a u t res pays merveilleux. » « J’ai treize façons de raconter ma vie et je ne sais pas s’il y en a une de vraie, ou même si l’une est plus vraie que l’autre. Pessoa disait que nous avons deux vies : celle que nous prenons pour la réalité et celle de nos rêves, qui est la vie où nous voulons vivre et qui est peut-être la plus authentique. » (Hugo Pratt) Au silence des images répondent les souvenirs d’Hugo Pratt et la voix de toutes les femmes qui ont croisé le marin à la boucle d’oreille. 12 - ARTE MAGAZINE n°29 - 15 juillet > 21 juillet 2000 Un Retour sur les vies merveilleuses d’Hugo Pratt et de Corto Maltese. « J’avais 4 ou 5 ans, peut-être 6, à l’époque où ma grand-mère me demandait de l’accompagner jusqu’au vieux ghetto de Venise. Nous allions rendre visite à l’une de ses amies, Mme Bora Levi, qui habitait une vieille maison. On y accédait par un escalier extérieur en bois, appelé l’escalier fou, l’escalier des rats d’égout ou encore l’escalier turc. » Né le 15 juin 1927, Hugo Pratt a été bercé dès son enfance vénitienne par des traditions philosophiques etésotériques juives, grecques et orientales. C’est en apprenant le talmud et la kabbale qu’il a façonné son goût pour les signes, les symboles, les jeux du réel et de l’imaginaire. Un jour, il reçoit des mains de Mme Levi un livre de paléontologie où il découvre les hommes des pays lointains, la beauté des cartes anciennes. Ce sont les premiers souvenirs d’Hugo Pratt, et les origines de Corto Maltese. Mais jusqu’à la naissance de son plus célèbre héros, Hugo Pratt passe sa vie aux quatre coins du monde. À 13 ans, il est le plus jeune soldat de Mussolini, dans la police coloniale chargée de réprimer les tribus indépendantistes d’Éthiopie. Bien qu’enrôlé chez les fascistes, il côtoie les jeunes Abyssins et apprend leur langue. De retour en Italie, il est engagé de force
océan de rêve et d’encre C’est en 1967 que Hugo Pratt publie la première des aventures de Corto Maltese, la Ballade de la mer salée. dans l’armée hitlérienne qui occupe Venise ; il s’enfuit et rejoint l’armée britannique en tant qu’interprète. En 1949, il s’envole pour Buenos Aires, où il restera treize ans et où il dessinera ses premières bandes. Ce n’est qu’en 1967, cinq ans après son retour à Venise, qu’il publie la première des aventures de Corto Maltese, la Ballade de la mer salée. Le succès viendra d’abord de France, grâce àl’hebdomadaire Pif qui publie les aventures de Corto contre l’avis de ses jeunes lecteurs. Aujourd’hui, il se vend près de 300 000 albums de Corto chaque année. Dessiner le silence Homme d’une culture impressionnante (plus de 30 000 ouvrages dans sa bibliothèque), Hugo Pratt a créé Corto en hommage aux récits d’aventures maritimes de son enfance, mais aussi à un univers intime tissé de lectures et de rencontres. Chez Corto Maltese, les océans, les peuples, les légendes, les personnages réels ou fictifs composent un tableau unique. Arthur Rimbaud croise la kabbale juive, Louise Brooks le tango, Jack London le vaudou, ARTE MAGAZINE n°29 - 15 juillet > 21 juillet 2000 - 13 Hugo Pratt ou l’invention du silence dans la bande dessinée. Merlin l’Enchanteur la Révolution russe... Ce mélange des mondes symbolise la vie et la créativité du dessinateur italien. On dit souvent qu’il a inventé « le silence dans la bande dessinée », tant l’action chez lui semble parfois se suspendre. Maître du noir et blanc, il attache la plus grande importance à ce qui est invisible pour les yeux : une très sûre économie du trait, une utilisation pertinente du blanc, donnent à ses cases une ampleur peu commune, et au lecteur le temps de réfléchir, de s’envoler dans l’imaginaire. Reconnu comme un véritable artiste, Hugo Pratt a bénéficié d’une exposition au Grand Palais en 1986 et a reçu, en 1988, le Grand Prix national des arts graphiques. Jusqu’à sa mort le 20 août 1995, il n’a cessé de voyager, d’aimer et de créer. « Maintenant que Corto est devenu un personnage réel, je m’aperçois que Hugo, lui, devient de plus en plus fictif », disait son ami Alberto Ongaro. Sa vie et son œuvre restent une mine inépuisable de plaisirs, d’érudition et de sagesse. Biblio Souvenirs et réflexions à savourer dans Hugo Pratt, le désir d’être inutile p a r Dominique Petitfaux (éd. Robert Laffont). Biographie de Corto Maltese à découvrir dans C orto Maltese, mémoire s de Michel P i erre et De l’autre côté de Corto, de Dominique Petitfaux (Casterman).



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