Arte Magazine n°28 8 jui 2000
Arte Magazine n°28 8 jui 2000
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°28 de 8 jui 2000

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 1,8 Mo

  • Dans ce numéro : les divas, de Beineix à Callas.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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m ardi 11 juillet « C’est en regardant Thierry la Fronde à la télé que j’ai appris le jeu des ombres et des lumières ! » (Robert Alonzi) Non seulement Robert Alonzi peint, mais il sculpte. Art brut ●●● Ferdinand Cheval (1836-1924), facteur dans la Drôme, avait 40 ans lorsqu’il commença à ramasser des pierres dans ses t o urnées quotidiennes. Pendant vingt-sept ans, il les accumulera dans son jardin pour ériger un immense palais féerique, utilisant plus de 4 000 sacs de ciment. Véritable chef-d’œuvre ornemental, le Palais idéal du facteur Cheval, dans la Drôme, a été classé monument historique en 1969 par André Malraux. S o urd, muet et borgne, Pierre Av e z a r d, dit Petit Pierre (1909-1992), fut toute sa vie v a c h er, puis bûcheron dans une ferme du Loiret. Son Manège, travail de toute une vie, est composé de tôles découpées, de fils de f er, de peintures aux couleurs éclatantes. Animé par un petit moteur électrique, l e M a n è g e c o m p orte plus d’une centaine de f i g u res de métal, avec un système de télécommande mécanique que Petit Pierre actionnait avec malice. Raymond Isidore (1900-1964) a été surnommé Picassiette par allusion à Picasso et aux assiettes cassées qui lui ont servi à d é c o rer entièrement l’extérieur et l’intérieur de sa maison, soit tre n t e - t rois années de travail, en plus de son métier de fossoyeur. La maison de Picassiette, acquise par la ville de Chart res, a été elle aussi classée monument historique en 1983. (S o urce : Michel Ragon, Du côté de l’art b rut, Albin Michel, 1996) Robert Alonzi : « Je suis comme un aveugle. Moi, c’est avec l’odeur et le toucher… » 20 - ARTE MAGAZINE n°28 - 8 juillet > 14 juillet 2000 23.05 Alonzi R. Peindre la vie Documentaire de Didier Verbeek (Belgique, 1994-42mn) Production : RTBF Dans le bassin minier liégeois, en Belgique, Robert Alonzi est tueur aux abattoirs. Mais ses pensées sont ailleurs, dans son atelier. Car dans le civil, Robert Alonzi est peintre, peintre au couteau. Par la peinture, il cherche à s’évader de son travail, à exorciser une jeunesse difficile. Et il trouve. Son père mineur lui a toujours interdit de p e i n d re. Il dessine en cachette dès son plus jeune âge et achète ses pre m ier s tubes de couleur une fois marié. Autodidacte, il apprend les jeux d’ombre s et de lumières en re g ardant T h i erry la F ron de et Rin Tin Ti n à la télé. Ne pouvant plus « voir la mine en peinture », il peint son univers familier pour en sort ir, pour échapper à cette misère grise. Dans des dominantes noir et blanc, il brosse rageusement sur la toile son histoire, sa vie, la vie des siens, visages et corps difformes, déformés par la violence de l’eff ort, par l’eff ort de la s urvie quotidienne dans ce monde de terrils et de petites maisons ouvrières en briques rouges. Son travail à la chaîne dans un abattoir de porcs est un enfer, et c’est
cet enfer qui fait hurler ses toiles, mais d’un cri silencieux, coincé au fond de la gorge : « Je rentre chez moi et je vis, je prends des c ou l e u r s … » R o b ert Alonzi ne re v en d i qu e pas l’appellation de « peintre ». Il se dit plutôt écrivain comme Zola, et voudrait pouvoir un jour inscrire le mot « Fin » à sa collection de tableaux. 23.45 Mokarameh, soudain, elle peint Documentaire d’Ebrahim Mokhtari (Iran/France, 1998-48mn) - VOSTF Production : Mokhtari, Play Film Sélectionné au Festival du Réel 1999 Sélectionné aux festivals de Cracovie, de Sheffield, de Leipzig, d’Amsterdam, de Montréal Grand Prix du Festival « Traces de vie » à Vic-le-Comte La nuit, dans un village iranien, après les travaux des champs, une vieille paysanne analphabète peint inlassablement : sur les murs de sa maison, sur des citrouilles, sur tout ce qu’elle trouve… Un magnifique portrait de femme qui raconte la poignante chronique de son village. Mokarameh possédait une vache à laquelle elle vouait une grande tendresse. Pour la n o urr ir, elle devait chercher de l’herbe très loin, ce qui la fatiguait. Un jour, ses enfants ont décidé de vendre l’animal sans la préven ir. Pour conjurer sa tristesse, elle s’est mise à peindre sur les murs de sa maison, sur la p orte du réfrigérateur, sur des citrou i l l es... Son fils, qui lui rend visite tous les mois, lui a a p p orté du papier et des couleurs. Sous nos yeux, Mokarameh prend ses pinceaux et fait le récit de sa vie en compagnie de l’une de ses coépouses, avec laquelle elle a part a g é la violence conjugale et la cruauté des prop r i é t ai res terriens. Tous ses dessins content son histoire et celles des autres femmes du village, ce temps des mariages forcés et des r a p p orts féodaux. Son œuvre, rayonnante de couleur et de spiritualité, puise dans la m é m o i re des contes traditionnels et ret rou v e spontanément les traits des miniatures persanes. Les scènes quotidiennes se conjuguent avec des récits de dragons et d’amants éternels, un alliage d’humour et de naïveté sert d’exutoire à une vie d’humiliations et d’exploitation. L’art libérateur À travers les fresques et les tableaux de Mokarameh, c’est une condition d’épouse maltraitée qui resurgit, et, avec elle, une terrible et splendide chronique villageoise. Avec une finesse éblouissante, le cinéaste saisit de nombreux aspects de la vie des femmes en milieu rural iranien, des femmes meurtries qui usent aujourd’hui d’une formidable liberté pour parler du mariage et de leurs maris, du diable et de la religion, de l’amour et du travail… À rebours de la soumission, la personnalité exceptionnelle de Mokarameh se dresse humblement dans la boue des rizières et dans le ciel de l’imagination salvatrice. Ebrahim Mokhtari Ebrahim Mokhtari, né en 1947, est diplômé du Collège du film et de la télévision de Téhéran. Son premier long métrage de fiction, Z i n at, a été présenté à la Semaine de la critique à Cannes en 1994. Le musée de Lausanne, la Fabuloserie, le musée de Bègles, la collection de Villeneuve-d’Ascq ou encore la Halle Saint-Pierre à Paris témoignent de l’engouement actuel pour l’art brut. Au cours des prochains mois, de nombreuses expositions vont avoir lieu en Europe (en Allemagne en automne prochain, une rétrospective Gaston Chaissac cet été au musée du Jeu de paume à Paris, un livre de photos de Robert Doisneau) et aux États-Unis. ARTE MAGAZINE n°28 - 8 juillet > 14 juillet 2000 - 21 Mokarameh peint sa vie sur les murs de sa maison et sur des citrouilles.



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