Arte Magazine n°27 27 jun 2020
Arte Magazine n°27 27 jun 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°27 de 27 jun 2020

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 1,8 Mo

  • Dans ce numéro : retrouvez la série noire culte the Killing de Soren Sveistrup.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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ARTE MAG N°27. LE PROGRAMME DU 27 JUIN AU 3 JUILLET 2020 8 Dans un documentaire poignant, Sun Hee Engelstoft, adoptée par une famille danoise, recherche sa mère biologique et rencontre des jeunes femmes en Corée du Sud qui se résignent, dans la douleur, à abandonner leur enfant. «Un film sur la perte» Mercredi 1er juillet à 22.40 Documentaire Adoptée Pourquoi moi ? Lire page 21 30/7 Sun Hee Engelstoft Quelle était votre idée première en abordant ce film ? Sun Hee Engelstoft  : Mon adoption n’a jamais été un secret. Mais en grandissant, j’ai questionné les histoires qu’on m’avait racontées. Le fait que mon abandon ait été un acte d’amour de la part de ma mère biologique, surtout, me paraissait mystérieux. Sans initiation à la culture sud-coréenne, je me sentais isolée, différente, sans personne autour de moi qui me ressemblait. J’ai eu envie, à travers ce film, d’explorer le pays d’où je venais, d’en savoir plus sur mon histoire et de rencontrer ma famille, projet qui s’est avéré impossible. Au fil de mes recherches, j’ai découvert qu’il existait en Corée du Sud des foyers – dont la moitié appartient à des agences d’adoption – pour cacher les femmes enceintes hors mariage. Ces pratiques perdurent aujourd’hui, même si l’avortement a été légalisé cette année. Comment avez-vous eu accès à l’un de ces foyers ? Je voulais comprendre le choix fait par ces femmes d’abandonner leur enfant. Le foyer où j’ai tourné, sur l’île de Jeju, est indépendant et j’y ai été bien acceptée. Aussi curieuses de mon parcours que moi du leur, les jeunes filles qui y résidaient m’ont demandé si j’étais heureuse d’avoir été adoptée  : une question à laquelle il est difficile de répondre… Rester auprès d’elles a été une expérience, très chargée émotionnellement, qui m’a ouvert les yeux. Si je leur ressemblais, j’étais une sorte d’alien, un «bébé» qui ignorait tout de leur culture et de leur langue. C’est un film sur la perte. Les familles exercent une pression terrible sur ces jeunes femmes… Absolument. Mais malgré cette violence, il était essentiel pour moi de ne blâmer personne, pas même ces parents qui poussent leur fille à abandonner leur enfant, au nom de la dignité ou par crainte des commérages. Chacun fait ce qu’il croit bon, en Corée du Sud comme ailleurs. Ostracisées, les jeunes mamans sont sans option, et risquent, en gardant leur bébé, de perdre leur famille et de ne pouvoir subvenir aux besoins du nouveau-né. S’en séparer provoque alors chez elles un immense traumatisme. Pourtant, les plus fortes, qui résistent à la pression sociale, finissent par être acceptées. L’adoption à l’international répond aussi à des enjeux économiques. Si la question recouvre un enjeu d’émancipation féminine, mais aussi sociétal, les pères n’ayant pas plus voix au chapitre que les mères, l’adoption, qui répond au désir d’enfant de couples, est aussi devenue un marché. Pour des raisons légales, ces enfants «achetés» auprès de parents moins fortunés sont déclarés orphelins. Je n’ai moi-même, par exemple, aucun accès à mon histoire familiale ni médicale. Je peux vivre sans, mais il me manque une part de mon identité. Si l’adoption à l’international décline, ce grand marché de la reproduction se poursuit avec les mères porteuses, notamment en Ukraine, ou avec les donneurs de sperme. À travers ce film, vous allez à la rencontre de votre mère en vous mettant en retrait… Je voulais comprendre ce qu’elle avait ressenti. C’était douloureux de découvrir que sa décision n’avait pas été un acte d’amour, mais cela m’a rapprochée d’elle. La plupart de ces femmes ne suivent pas de thérapie et se taisent, enfermées dans un secret dont je fais partie. J’espère toujours rencontrer ma mère, en me disant qu’elle verra peutêtre un jour le film en Corée et qu’elle saura alors que je l’ai aussi fait pour elle. Propos recueillis par Sylvie Dauvillier SWR/SUN HEE ENGELSTOFT
JAN SCHEUNERT/ZUMA WIRE/BESTIMAGE ; AUDREY CERDAN Mardi 30 juin à 20.50 L’OMS, nations désunies Documentaire Chine-USA, la bataille de l’OMS Lire page 18 28/8 Pierre Haski Le point de départ de votre film est la mise en cause de l’Organisation mondiale de la santé dans sa gestion de la pandémie... Pierre Haski  : L’idée de ce film est née en plein confinement, à la suite des accusations lancées par le président américain Donald Trump sur la gestion de l’OMS face à la crise, et sur ses liens étroits avec la Chine. Nous avons voulu décrypter le contexte de la polémique et retracer l’histoire passionnante de cette organisation gérant les enjeux de santé publique mondiale, aujourd’hui au centre des débats. Comment avez-vous procédé pour réaliser cette enquête en plein confinement ? Il a fallu inventer un dispositif inédit, consistant à interviewer les intervenants par visioconférence et à filmer les entretiens grâce à des cameramen sur place. Cela nous a permis d’interroger des interlocuteurs aux quatre coins de la planète, à l’instar de l’ancien secrétaire général de l’ONU, le Sud-Coréen Ban Ki-moon, ou du ministre de la Santé de Taïwan Chen Shi-zhong. Nous avons également recueilli une interview exclusive du président Emmanuel Macron. De nombreux experts du domaine médical reviennent aussi sur les crises précédentes, comme l’éradication de la variole, un succès historique de l’OMS dans les années 1970, dans un monde pourtant toujours plongé dans la guerre froide. En quoi l’OMS est-elle aujourd’hui défaillante ? Son histoire a toujours été liée au contexte international et à l’équilibre des puissances. Deux problèmes majeurs affaiblissent aujourd’hui son autonomie. Depuis les années 1980, elle a ouvert ses financements à des partenariats privés alors que les États membres ne contribuent que pour un tiers de son budget. Elle a en partie perdu le contrôle de son agenda, déterminé par les bailleurs de fonds plus que par sa propre évaluation des besoins sanitaires mondiaux. Par ailleurs, en période de crispation, les jeux d’influence des grandes Dans le documentaire Chine-USA, la bataille de l’OMS, le journaliste Pierre Haski mène une enquête à travers la planète pour éclairer les défaillances de l’agence face à la crise du Covid-19. puissances, comme actuellement entre la Chine et les États-Unis, paralysent son fonctionnement, comme celui des Nations unies dont elle dépend. Comment pourrait-elle se réformer ? Pour gagner en autonomie, l’OMS devrait s’affranchir de la seule volonté des États. L’une des pistes de réforme serait d’élire son directeur général pour un seul mandat et une période plus longue que les cinq années actuelles afin de l’émanciper des préoccupations électorales. Il faudrait aussi renforcer ses moyens de fonctionnement en augmentant les contributions des nations à son budget. De façon générale, il va falloir tirer les leçons de cette crise et prendre conscience de la nécessité d’une organisation forte, capable de coordonner l’action internationale et de fixer des normes face à des maladies nouvelles dont on ne peut mesurer les conséquences. Propos recueillis par Laetitia Moller ARTE MAG N°27. LE PROGRAMME DU 27 JUIN AU 3 JUILLET 2020 9



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