Arte Magazine n°25 17 jun 2000
Arte Magazine n°25 17 jun 2000
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°25 de 17 jun 2000

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 1,8 Mo

  • Dans ce numéro : Rock'n Roll Circus.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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v en d redi 23 juin 22.30 Goulag (2) Un parcours dans le temps et dans l’espace qui donne voix et figures aux victimes anonymes du système concentrationnaire soviétique, aux oubliés de « l’archipel du goulag ». En remontant le fil tragique de l’Histoire, en ret o urnant sur les lieux mêmes de leur détention et de leur disparition, Iossif Pasternak et Hélène Châtelain cherchent à saisir la logique monstrueuse de cet événement incontourn a b l e du XX e siècle : la déportation de millions d’individus jugés politiquement dangereux. « Le charbon des mines de Vorkouta, c’est le sang des zeks qui le lave. » (Chanson de mineurs) Contre toute possibilité, la Kolyma était devenue une « réussite » : les performances économiques s’accumulaient, les ateliers tournaient, les enfants naissaient, les écoles enseignaient… Une des régions peut-être les plus soviétiques de toute l’Union. Documentaire en deux épisodes de Iossif Pasternak et Hélène Châtelain (France, 2000-1h50mn) Coproduction : La Sept ARTE, 13 Production LA SEPTARTE Dans cette deuxième partie de l’enquête, Iossif Pasternak et Hélène Châtelain nous mènent dans le bassin pétrolier et houiller d’O u k h t a - Vorkouta, au-delà du cercle polaire, puis au cœur de la Kolyma, à l’extrême n ord-est du continent soviétique. « Le temps de la pierre » est celui de la mise en exploitation et de la colonisation du goulag pendant les années 30 et 50, avec la ligne de p artage que constitue l’année 1937... 2. Le temps de la pierre Pour raconter l’histoire du bassin d’Oukhta- Vorkouta entre 1930 et 1937, les auteurs suivent le récit d’un détenu, Michel Rozanov, qui fut pendant 10 ans comptable dans l’OukhtPetchLag, le premier complexe c on c en t r a t i on n ai re du premier plan quinquennal. Une épopée industrielle où le mot production trouve son coro l l ai re dans la « toufta », un système de fraude et de surv i e 32 - ARTE MAGAZINE n°25 - 17 juin > 23 juin 2000 qui, du détenu au directeur de camp, va devenir un mode de pensée. Le camp re s- semble alors à un immense chantier improvisé, sans miradors ni barbelés. Si l’on y me urt beaucoup, c’est surtout d’incurie et de froid. Également au centre du récit, le g ardien Novikov. Pendant des années, il a s urveillé les « zeks », les travailleurs forc és. A u j o urd’hui, il vit sur l’ancien emplacement du camp et sculpte dans du bouleau des petites statuettes de détenus avec leur b rouette, de gardiens avec leurs fusils… Autour de lui, Oukhta est devenue une grande ville oublieuse. Dans le jardin public, on peut voir la statue qui fait de n’importe quelle ville sans histoire une ville russe : la statue de Pouchkine. Le sculpteur qui l’a faite était un détenu. Six mois après l’inauguration de la statue, il a été exécuté : c’était au cours de l’année 1937, l’année terrible où la machine des procès et des condamnations s’emballe, devient folle, touchant successivement toutes les catégories de la population soviétique. L’étape suivante nous mène dans la Kolyma, un continent qui se vit comme une île. Av e c ses mines d’or et d’uranium, la Kolyma était devenue le plus vaste complexe concentrat i on n ai re du goulag, l’archétype même du camp. Les récits de Varlam Chalamov, re s t é 17 ans à la Kolyma, constituent ici l’ossature du film. Ces récits disent l’ord i n ai re des camps mais aussi la sanglante « guerre des chiennes » et les tentatives d’évasion vouées à l’échec. Face à lui, il y a Pro k h o r P ro k h o rovitch, le kolkhozien : prisonnier de g u erre à 18 ans, 10 ans de mines à Vo r k ou t a et à la Kolyma, il vit seul en pleine taïga, dans les décombres de ce qui fut une bourgade. C’est sur fond de ruines de la Kolyma, décrétée non rentable il y a dix ans, que se développe le dernier thème du film : celui de l’e ffacement des fron t i è res entre l’innocent et le coupable, entre l’homme libre et le détenu, entre kolkhoze et village spécial, goulag et non-goulag...
00.20 Cinéma. La grande pagaille (Tutti a casa) Film de Luigi Comencini (Italie, 1960-1h45mn) - VOSTF, Noir et Blanc Scénario : Luigi Comencini, Age, Scarpelli, Marcello Fondato Avec : Alberto Sordi (Alberto Innocenzi), Serge Reggiani (Ceccarelli), Didi Perego (Catarina Brisigoni), Carla Gravina (Silvia Modena), Eduardo de Filippo (le père d’Innocenzi), Nino Castelnuevo (Codegato) Photographie : Carlo Carlini Musique : Francesco Lavagnino Production : Dino de Laurentis, Orsay Film LASEPT ARTE/ZDF La longue marche du sous-lieutenant Innocenzi (magnifique Alberto Sordi) parmi les décombres de l’Italie, en 1943. De spectateur ballotté par les événements, il devient acteur d’une guerre de résistance et de libération. En septembre 1943, après l’armistice de Badoglio, l’Italie change de camp au milieu de la pire confusion : le sous-lieutenant Innocenzi tente de maintenir l’unité de son peloton sous le feu des troupes allemandes, leurs alliés d’hier. Son régiment ayant été capturé, il cherche un officier supérieur pour savoir quels sont les ord res. En vain. C’est la débandade, chacun tente de re j o i n d re son foyer comme il peut... Cycle cinéma italien Les humbles, les inconscients et les ratés La Grande Pagaille oppose le monde réel – l’Italie des pre m i è res heures de l’armi s t i- ce avec son quotidien dérisoire – à la m on s t ruosité d’une guerre et d’un massacre universel. La confrontation est saisissante et le terme de tragi-comédie trou v e ici sa pleine mesure. Comencini joue constamment sur les ruptures de ton et sur les glissements du drame à la farce. Cette longue marche à pied d’un grou p e d’hommes et de femmes à travers un terr i- t o i re dévasté prend une dimension absurde : une jeune fille juive et un jeune Italien qui tente de la sauver sont assassinés par des nazis en déroute ; un dernier train de d é p ortés passe, laissant la place à une petite fille vêtue de blanc… Si les adultes mènent la danse, le film est traversé par des enfants, présences muettes qui témoignent de l’absurdité du conflit pourr i s s a nt. Les adultes sont eux-mêmes renvoyés à leur statut d’enfant dans ce monde sans logique : la vie n’est qu’un jeu de cachecache où chacun – Allemands, Américains, Italiens… – semble devoir jouer un rôle. Les belligérants ne forment plus qu’un seul et même groupe humain désorienté. Une s orte de fourmi l i è re affolée dans laquelle Comencini donne un énorme coup de pied. Le comportement des Italiens pendant les mois qui ont suivi la chute du fascisme, en juillet 1943, a longtemps été un sujet tabou. Le cinéaste filme la confusion qui se transf orme en guerre civile entre fascistes et antifascistes, entre occupants allemands et alliés américains au milieu d’une population qui ne sait quel comportement adopter. R a res sont les cinéastes qui, comme Comencini, ont su offrir une forme cinématographique à la fois riche en émotion et en puissance politique. Grâce soit re n du e, enfin, aux comédiens, tous re m arquables : A l b erto S ord i, dépassé par l e s é v é ne me n t s, Reggiani en homme enfant, l’étonnante composition d’une Didi Perego, femme phallique déchaînée et celle d’E du a do r de Filippo, en père trop aimant. ARTE MAGAZINE n°25 - 17 juin > 23 juin 2000 - 33 Comencini confronte l’Italie à son passé, et Alberto Sordi fait merveille.



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