Arte Magazine n°25 16 jun 2018
Arte Magazine n°25 16 jun 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°25 de 16 jun 2018

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 1,7 Mo

  • Dans ce numéro : Lafont l'effrontée.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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ARTE MAG N°25. LE PROGRAMME DU 16 AU 22 JUIN 2018 6 Bernadette Lafont L’intuition féministe Disparue en 2013, l’actrice a marqué sa carrière de choix audacieux et tracé un parcours épris de liberté au féminin, au cœur du documentaire que lui consacre ARTE. Lundi 18 juin à 20.50 Soirée Bernadette Lafont Lire page 13 Interviewé en 1972 lors du tournage du film Une belle fille comme moi, François Truffaut n’hésite pas et compare son actrice... à un homme, l’acteur Michel Simon, pour sa truculence et sa vitalité, aussi explosive que transgressive. Aux yeux des cinéastes de la Nouvelle Vague, Bernadette Lafont sera en effet bien plus qu’une égérie, ou qu’une vamp, ainsi que se plaît à la décrire la presse de l’époque. Dès 1957, cette Nîmoise de 18 ans participe à l’acte fondateur que constitue Les mistons, le premier court métrage de Truffaut. Brune et sensuelle, elle est l’incarnation solaire de l’audace et du désir de liberté de la jeunesse d’alors. Pourtant l’actrice n’aura de cesse d’utiliser sa féminité insolente pour exprimer et critiquer ce que vivent ses contemporaines. PRISE DE RISQUE Dans Les bonnes femmes, de Claude Chabrol en 1960, incompris et mal reçu à sa sortie, Bernadette Lafont pourfend déjà inconsciemment, par son jeu ironique et frondeur, la misogynie et l’hypocrisie de la société patriarcale de l’époque. Cette rébellion atteint son acmé avec deux films clefs qu’elle a délibérément choisis, cette fois. Dans La fiancée du pirate, signé en 1969 par la réalisatrice Nelly Kaplan, elle est inoubliable en sorcière moderne usant de sa beauté et de son intelligence pour prendre sa revanche sur les hommes qui l’ont tourmentée, et obtient avec ce film son plus grand succès personnel. Plus confidentiel, Les stances à Sophie (1971) de Moshé Mizrahi, adapté de son propre roman par l’écrivaine féministe Christiane Rochefort, offre à Bernadette Lafont et à sa partenaire et grande amie Bulle Ogier une réjouissante partition critique des rapports hommes-femmes. Le féminisme instinctif et spontané de la comédienne va de pair avec une curiosité, une ouverture d’esprit et une générosité qui la porteront vers l’avant-garde expérimentale et la prise de risque, dès Paul de son mari Diourka Medveczky et Le révélateur de Philippe Garrel, en passant par Jacques Rivette (Noroît et le labyrinthique Out 1), sans oublier le chef-d’œuvre de Jean Eustache, La maman et la putain. Elle soutiendra le film sans réserve lors de sa présentation houleuse à Cannes en 1973. Les années n’assagiront pas cette insoumise, qui fuguera avec ses petitsenfants (dans Les petites vacances, 2007) et dealera de la drogue (Paulette, 2012). Vous avez dit libre ? Marie Gérard 1972, RENEWED 2000 SONY PICTURES TELEVISION DISTRIBUTION/ P.ZUCCA
PHILIPPESANDS Dans Esclaves de Daech – Le destin des femmes yézidies, Philippe Sands, avocat franco-britannique et coauteur de ce bouleversant documentaire, retrace son combat pour offrir une justice à ces femmes qui ont connu l’horreur. Justice pour les yézidies Philippe Sands Mardi 19 juin à 22.20 Esclaves de Daech Le destin des femmes yézidies Lire page 15 Pourquoi vous êtes-vous engagé dans la défense des droits des femmes yézidies ? Philippe Sands  : En novembre 2015, je me suis rendu en Allemagne à l’occasion du 70 e anniversaire du procès de Nuremberg, période qui a coïncidé avec celle des attentats au Bataclan. Face à l’atrocité, les participants aux commémorations ont réfléchi au lien à tisser entre le procès contre les nazis et les guerres actuelles. L’un d’entre eux m’a parlé des crimes commis par l’État islamique dans le nord de l’Irak à l’encontre de la communauté yézidie. J’ai appris l’existence d’un psychologue allemand d’origine kurde, Jan Ilhan Kizilhan, qui a accueilli pour les soigner un millier de femmes yézidies dans le Land allemand du Bade-Wurtemberg. Ensemble, nous travaillons à démontrer que les viols systématiques et l’esclavage sexuel que les femmes yézidies ont subis relèvent du crime de génocide, comme je le développe dans mon livre Retour à Lemberg (Albin Michel, 2017). En quoi les témoignages de ces femmes vous ont-ils marqué ? Quand j’ai rencontré Dalal et Lewiza, les deux jeunes femmes yézidies qui ont accepté de me raconter leur histoire, j’ai mis plusieurs jours à m’en remettre, alors que, depuis trente ans, j’ai pourtant entendu des milliers de récits atroces. Mais j’ai été bouleversé par leur courage, leur intelligence et leur remarquable dignité. Parce qu’elles sont capables de citer des noms, des lieux, des détails, leurs témoignages, rares, sont également extrêmement précieux pour la justice. Malgré votre action, la Cour pénale internationale de La Haye ne s’est pas encore saisie du dossier… Quelques procès se sont tenus en Allemagne et surtout en Irak, mais ce n’est pas satisfaisant. La CPI cherche à poursuivre non pas ceux qui ont directement violé et tué, mais ceux qui ont planifié ces crimes. Ce qui amène une autre question. Quel sort réserve-t-on aux criminels de Daech ? Doit-on les tuer sans procès ou les juger ? Cela revient exactement à la situation de 1945. Churchill ne voulait pas que justice soit rendue, mais simplement éliminer tous les criminels allemands, alors que Roosevelt et Staline ont souhaité un procès. En quoi l’ouverture d’un procès permettra-t-il aux yézidies de surmonter leur souffrance ? L’enjeu essentiel est que ces femmes puissent dire ce qu’elles ont vécu. Ce récit international sert la justice. La tenue d’un procès pour le crime de génocide est également un moyen de reconnaître le droit des yézidies à exister, de les aider à reconstruire leur identité et leur dignité. C’est une étape cruciale pour leur permettre d’envisager un avenir. Propos recueillis par Laetitia Møller 7ARTE MAG N°25. LE PROGRAMME DU 16 AU 22 JUIN 2018



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