Arte Magazine n°24 6 jun 2020
Arte Magazine n°24 6 jun 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°24 de 6 jun 2020

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,0 Mo

  • Dans ce numéro : le domaine de Tiago Guedes.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ARTE MAG N°24. LE PROGRAMME DU 6 AU 12 JUIN 2020 6 Western lusitanien Tiago Guedes Quel thème est venu en premier dans la genèse du Domaine ? Celui de la famille ou celui du Portugal de la seconde moitié du XX e siècle ? Tiago Guedes  : Dès l’origine, les deux étaient intimement liés. Les mutations qu’a connues le Portugal après la révolution de 1974 me paraissaient être un arrière-plan pertinent pour raconter les transformations au sein d’une famille de notables. Cela m’intéressait aussi de montrer ce que fut ce bouleversement historique depuis la campagne, du point de vue de riches propriétaires, ce qui a rarement été fait. Ces latifundia étaient alors nombreuses au Portugal ? Oui, et ces immenses domaines, qui employaient une foule de travailleurs et obéissaient à leurs propres règles, constituaient d’une certaine façon de petits pays à l’intérieur du pays. Après la révolution des œillets, certains ont été saisis par le nouveau gouvernement, d’autres ont perduré, mais avec davantage de difficultés, car la société n’était plus la même. Aujourd’hui, une partie d’entre eux appartiennent aux banques tandis que d’autres ont été reconvertis en villégiatures touristiques. La série montre que finalement le pouvoir est resté aux mains des puissants, même s’ils ont changé de visage. João Fernandes, votre personnage principal, conjugue conservatisme et liberté de penser. Pourquoi cette ambiguïté chez lui ? Cette complexité fait de lui un personnage romanesque, et permet d’échapper au cliché attendu. João dirige son domaine en maître autoritaire, mais il croit en la liberté – celle des autres, et surtout la sienne… Fondamentalement, il appartient à un ordre ancien. On le voit notamment dans le rapport de domination qu’il exerce sur les femmes qui l’entourent. Il n’est pas conscient de son égoïsme. C’est pourquoi, alors que le monde évolue, il se révèle incapable de changer. Votre mise en scène invoque beaucoup les codes du western… Les films de Sergio Leone ont beaucoup influencé ma vision du cinéma. En l’occurrence, j’ai pensé au western pour deux choses. D’abord, dans la manière de filmer les paysages, en suggérant Avec Le domaine *, le metteur en scène et réalisateur Tiago Guedes, grand admirateur de Sergio Leone, livre une chronique familiale ambitieuse, doublée d’une plongée dans l’histoire du Portugal depuis la révolution des œillets. le lien mystérieux qu’ils entretiennent avec l’intimité des personnages, par une alternance de plans larges et de plans serrés sur les visages. Ensuite, dans la façon d’aborder le thème de la solitude. Les scènes ménagent souvent des silences, dans lesquels les personnages sont comme perdus en eux-mêmes. La musique est quasiment absente, hormis au début et à la fin, parce que je ne voulais pas imposer des émotions, mais laisser au spectateur sa libre perception des événements. Propos recueillis par Jonathan Lennuyeux-Comnène * Le domaine a été présenté en compétition officielle à la Mostra de Venise en 2019 sous la forme d’un film. Jeudi 14 juin à 20.55 Série Le domaine (1-3) Lire page 22 4/6 10/7 LEOPARDO FILMES
MUSEE_ESC_AE/ IMAGISSIME - ARTE F/ MUSÉE ESCOFFIER Le chef des chefs Samedi 6 juin à 20.50 Documentaire Auguste Escoffier Ou la naissance de la gastronomie moderne Lire page 11 30/5 4/8 Thierry Marx De quelle manière Auguste Escoffier a-t-il influencé votre approche de la cuisine ? Thierry Marx  : Son Guide culinaire, qui reste une référence dans le monde entier, est l’un des premiers livres que j’aie achetés en devenant commis. Puis je m’y suis replongé bien plus tard, lorsque je me suis intéressé à la cuisine moléculaire et que nombre de mes confrères m’ont attaqué pour ma méconnaissance de la cuisine classique. Son incroyable modernité m’est alors apparue. Dès 1903, il affirme  : «La cuisine, sans cesser d’être un art, deviendra scientifique et devra soumettre ses formules, empiriques trop souvent encore, à une méthode et à une précision qui ne laisseront rien au hasard.» Pour lui, il n’y avait pas de conflit entre tradition et innovation. Quels ont été ses grands apports ? Après avoir croisé la route de scientifiques, tels que Justus von Liebig ou Louis-Camille Maillard, il s’est ouvert à des compétences différentes des siennes. Jusque-là, par crainte de l’intoxication alimentaire, on pratiquait la surcuisson, on portait à ébullition. En sortant de l’empirisme, Escoffier a compris que ce n’était pas nécessaire. Inventeur du restaurant moderne, il a aussi revisité l’approche du dressage, à l’instar de sa célèbre pêche Melba, qu’il présentait Dans un savoureux documentaire, Olivier Julien retrace le destin exceptionnel d’Auguste Escoffier, qui a révolutionné l’art culinaire. Parmi ses intervenants, le chef étoilé Thierry Marx. Entretien. sur un cygne sculpté en glace. Il avait le sens du décor sans pour autant verser dans l’ostentation de son époque. Pour lui, un plat devait se regarder, se méditer et se manger. Après s’être appuyé sur la cuisine du XIX e siècle, notamment celles d’Antonin Carême et de Jules Gouffé, Escoffier a créé sa propre signature. Pour devenir un grand chef, il faut arrêter d’être un suiveur. Le grand chef a également été un entrepreneur hors pair... Il avait d’abord un sens aigu du management. Tout au long de sa carrière, il n’a eu de cesse de lutter contre l’esclavagisme en cours dans le métier et de valoriser ses collaborateurs. Il voulait qu’ils soient fiers de travailler chez lui et leur offrait une tenue propre lorsqu’ils allaient se présenter chez un confrère. Pour lui, l’essentiel était de savoir faire, de savoir faire faire et de faire savoir. Une triade qui reste d’actualité à l’ère d’Instagram ! Propos recueillis par Laetitia Moller Du 6 au 15 juin, retrouvez sur ARTE une programmation spéciale cuisine. Au menu, des documentaires, des films et des magazines. 7ARTE MAG N°24. LE PROGRAMME DU 6 AU 12 JUIN 2020



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