Arte Magazine n°23 3 jun 2000
Arte Magazine n°23 3 jun 2000
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°23 de 3 jun 2000

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 1,6 Mo

  • Dans ce numéro : impressions de la grotte Chauvet.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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v en d redi 9 juin Kosovo, des journalistes dans la guerre Tu n’as rien vu à Pristina Pour la première fois, les journalistes restés au Kosovo témoignent. Un document indispensable sur les médias en temps de guerre, proposé par Daniel Schneidermann(Arrêt sur images). Entretien. Il y a actuellement un vif débat sur le bilan de la guerre au Kosovo. Comment le film s’inscrit-il dans cette polémique ? Daniel Schneidermann : Résolument en dehors ! Le débat auquel on assiste me paraît essentiellement idéologique : j’y cherche en vain les faits et les c h i ff res qui permet t r ai en t de le nourrir… Notre travail n’a rien à voir avec cette polémique, qui est avant tout biaisée par n o m b re d’arr i è re-pensées. L’idée du film m’est venue d’une image vue à la télévision : une longue file d’Albanais expulsés marchant sur les trottoirs de Pristina. Des centaines de gens qui marchent, sans contrainte ni violence manifestes, sans bagages, en silence. C’était une image énigmatique, envoûtante. Pourquoi fuient-ils ? Les médias occidentaux suggèrent qu’ils fuient les exactions serbes. La télévision serbe assure qu’ils fuient les bombardements de l’OTA N. P ourquoi – alors que des journalistes sont présents, puisque la scène est filmée – ne les i n t erroge-t-on pas ? J’ai eu envie d’enquêter là-dessus, et le bon moyen pour le faire, c’était d’interroger la poignée de journ a l i s t e s qui sont restés sur place. C’était déjà une prem i è re surprise : des journalistes occidentaux étaient bien présents au Kosovo pendant la g u erre, alors que les médias aff irmaient qu’ils avaient tous été expulsés. J’avais envie d’ent en d re les Paul Watson, les Aleksandar Mitic, pour savoir ce qui s’était passé. Ce documentaire veut-il réhabiliter les journalistes ? Il s’agit plutôt d’éclairer le travail des corre s- pondants de guerre. Nous souhaitions tout « C’était sidérant pour nous de voir que l’OTAN mentait, parce qu’on était habitués aux mensonges serbes, aux mensonges albanais, mais de voir l’OTAN, en fait une organisation payée avec nos impôts, qui mentait, ça nous a beaucoup surpris. » (Renaud Girard, le Figaro) « Je ne peux pas aller dans une zone où les gens sont massacrés, sauf si je veux être tué aussi. Ce qui est sans intérêt. Parce qu’alors qui va raconter l’histoire ? » (Paul Watson, Los Angeles Times) simplement montre r leur quotidien, tenter de compre n d re comment il est possible de travailler dans un pays en guerre. Paul Wa t s on explique bien comment, en revenant au Kosovo après avoir obéi dans un pre m ier temps à un ord re d’expulsion, il repousse certaines limites. Mais il finit par en re n c on t rer d’autres. Ainsi, nous explique-t-il, s’il n’a assisté à aucune exaction serbe, c’est tout simplement parce qu’il ne veut pas se faire tuer… Il y a là un décalaget roublant qu’il nous semble important de soul i g ner. En montrant les limites du travail des i n t ervenants, nous donnons au spectateur les moyens de ne pas pre n d re leurs propos au pied de la lettre. Au bout du compte, et c’est tout à leur honneur, ils s’interdisent de tire r des conclusions générales sur ce qu’ils ont vu. Malgré les éclairages inédits qu’ils apportent, il leur est impossible de pre n d re part i, de tirer une conclusion définitive. Quant à nous, la seule conclusion de cette enquête, c’est qu’on sait qu’il est très difficile de savoir. C ertains faits restent encore inaccessibles. Une conclusion qui peut engendrer le scepticisme… Le scepticisme n’est pas une attitude intellectuelle forcément néfaste. ■ Propos recueillis par Silvain Gire
23.50 The House Film de Sharunas Bartas Cinéma (Lituanie/France/Portugal, 1997-2h) Scénario : Sharunas Bartas, Katerina Golubeva Avec : Francisco Nascimento, Valeria Bruni- Tedeschi, Alex Descas, Leos Carax Photographie : Sharunas Bartas, Rimvydas Leipus Son : Vladmir Golovnitski Montage : Mingaile Murmulaitiene Décors : Juryi Grigorovic Production : Paulo Branco Coproductions : Gemini Films, ARTE France Cinéma, Madragoa Filmes, Studio Kinema LA SEPTARTE Sharunas Bartas poursuit l’exploration onirique et silencieuse de mondes étranges. Ici, une maison à l’abandon, où se croisent comme des fantômes Francisco Nascimento, Valeria Bruni-Tedeschi et Leos Carax. Dans une vaste maison délabrée, plusieurs personnages errent sans but ni raisons a p p a rents. Certains jouent aux échecs c on t re eux-mêmes, d’autres mangent ou s’e n i v rent. Quelques animaux leur disputent l’espace… L’esthétique des ruines « Cette cohorte d’effondrés aux visages solaires rejoint la communauté des personnages du cinéma de Bartas, qui, de Tro i s j our s à Few of Us, ne cesse d’arpenter un pays sans fron t i è re ni relief, un monde i n c royablement replié sur un terr i t o i re des plus minuscules – cette fois cinq ou six pièces suffisent – et qui semble néanmoins s’étirer à perte de vue, littéralement creusé de l’intérieur en perspectives toujours plus profondes. (…) Bartas ne craint pas d’assumer la dimension artistique de son travail qui emprunte à Vuillard, à Moreau, à la photographie tchèque, à une esthétique des ruines, des natures mortes et des compositions humaines. (…) The House a c c u e i l l e tous les damnés de la terre, et on finit par ne vouloir qu’une chose, trouver le chemin qui nous permette de les y re j o i n d re. » (Didier Péron in Libération, 16 mai 1997) Le cinéaste lituanien Sharunas Bartas compose ses films comme autant de tableaux muets. Francisco Nascimento s’éveille dans une étrange maison.



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