Arte Magazine n°21 20 mai 2000
Arte Magazine n°21 20 mai 2000
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°21 de 20 mai 2000

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 1,4 Mo

  • Dans ce numéro : digitale fiction, petites caméras.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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v en d redi 26 mai Les « Communards » viennent de Montreuil, les « Versaillais » ont été recrutés par petites annonces dans le Figaro et à la mairie du XVI e arrondissement. 22.05 La Commune (Paris 1871) Tout film de Peter Watkins (Punishment Park, la Bombe) est un événement. Quand il s’attaque à la Commune, moment mythique de l’histoire française et mondiale, il crée une œuvre cinématographique hors norme, « un documentaire en costumes, une fiction vraie ». Un pari ambitieux de renouvellement des écritures télévisuelles par un créateur européen majeur, injustement écarté des médias. Documentaire de Peter Watkins (France, 2000-5h45mn) Avec 200 comédiens professionnels ou non Montage : Peter Watkins, Agathe Bluysen, Patrick Watkins Son : Jean-François Priester Décors : Patrice Le Turcq Costumes : Marie Cesari, Laurence Le Coz Coproduction : La Sept ARTE, 13 Production, le musée d’Orsay La SEPTARTE Et si la télévision avait existé en 1871 ? P artant de ce postulat, Peter Watkins réalise un retour original à la Commune qui a vu le petit peuple de Paris, pour la quatrième fois en moins d’un siècle, entre pre n d re une nouvelle et radicale révolution. Mars 1871, la capitale est en pleine eff ervescence : le peuple affamé, humilié par le siège de Paris, 32 - ARTE MAGAZINE n°21 - 20 mai > 26 mai 2000 é c h a u ffé par les décisions de l’Assemblée nationale qui s’est réfugiée à Ve r s ai l l e s, prend les armes. Tandis qu’un journaliste de la Télévision versaillaise, à l’abri du tumulte, d i ffuse une information lénifiante et tro n- quée, se crée une Télévision communale qui émane du Paris insurgé. Les événements sont captés sur le vif par la caméra d’un re p orter qui se mêle au bruit et à la fure u r des rassemblements populaires, des émeutes, des débats. Cette insertion anac h ronique permet à Peter Watkins d’orc h e s- t rer une re c on s t ruction active d’une réalité historique peu exploitée par le cinéma. Au cœur de la tourmente, des textes, des intert i t res, introduisent une distance critique et replacent les événements dans une perspective historique. C’est dans un espace théâtralisé, au décor volontairement minimaliste qu’évoluent plus de 200 comédiens non professionnels, hommes, femmes et enfants du Paris d’aujourd’hui. Devant une caméra fluide, travaillant en plans séquences, ils interprètent les personnages de la Commune, et plus part i c u l i è rement les habitants du quartier Popincourt dans le X I e arrondissement. Ils crient leurs re v en d i- cations, leurs espoirs, livrent leurs impre s- sions à chaud sur les réformes sociales et politiques. Des pre m i è res émeutes de mars jusqu’à la semaine sanglante de la fin mai, où périrent entre 20 000 et 30 000 C o m m un ards, la Commune se raconte à tra-
vers les témoignages de ses pro t a g on i s t es. Elle surgit de l’Histoire pour pre n d re corps et réalité en s’incarnant dans le tumulte quotidien, immédiat, d’un quartier populaire. Enfin, instaurant des passerelles entre passé et présent, réalité et fiction, le film laisse la p a role aux acteurs, qui finissent par sortir du personnage qu’ils ont choisi d’interpréter pour parler de leur pro pre vie. Comme une vivante Le film de Peter Watkins est un objet inclassable. Il est à la fois un documentaire, nourri par une re c h erche historique appro f o n- die ; une fiction, avec ses décors et ses costumes, son script et ses plans de tournage ; un re p ortage enfin, avec ses interviews et ses images captées sur le vif. Un b â t ard sublime qui bouscule les schémas classiques de la narration pour sortir le spectateur de sa léthargie. Car le fond et la f orme de la Commune s ervent une dénonciation de la dictature des médias qui aseptise le réel. « J’espère que la Commune sera un outil d’apprentissage pouvant aider à disséquer et à mettre en cause les conventions du cinéma et de la télévision », affirme ainsi le réalisateur. De longs plans séquences, de plus de dix minutes parfois, pro c u rent au spectateur un rare sentiment de liberté. Cette critique frontale des médias se double d’une approche historique originale où les événements sont revisités avec les outils et les hommes d’aujourd’hui. Ils insufflent alors à l’Histoire figée des historiens l’énergie épique de l’immédiateté, une authentique fièvre communar- de : les idées de la Commune deviennent actes, s’incarnent dans une parole populaire saisie dans le temps de son élaboration, avec ses incertitudes et ses tâtonnements. Et ces voix qui s’élèvent ont, de façon délibérée, des inflexions contemporaines. Elles parlent de chômage, de racisme, du rôle des femmes, de la faillite de l’école… Pour Peter Watkins, toute incursion dans le passé vise à enrichir le présent. De là, l’all e r- retour incessant qu’opère son œuvre, à travers les acteurs eux-mêmes. Le réalisateur laisse une grande autonomie à ses comédiens, pour la plupart non professionnels, afin de favoriser l’identification aux personnages qu’ils incarnent (voir encadré). Plus que des réponses, ce que Peter Watkins a cherché à travers l’histoire de la Commune et ses tentatives de réforme s politiques, sociales ou éducatives, ce sont les questions que se posent les opprimés d’a u j o urd’hui. Questions qui sont aussi les siennes, conformes à la radicalité de ses engagements : on sait qu’aucune histoire n’est jamais neutre. Surtout quand elle prend ainsi la forme d’une œuvre d’art. Peter Watkins Auteur de quelques-uns des meilleurs films politiques de ces dern i è res décennies, le cinéaste anglais Peter Watkins dérange. En 1965, la BBC, producteur de The War Game (la Bombe), qui décrit une attaque nucléaire c on t re la Grande-Bretagne, interdit sa diff u- sion à la télévision. Six ans plus tard, c’est au tour du FBI de se pencher sur le cas Watkins en infiltrant l’équipe de P un i s h me n t P a r k. Depuis le milieu des années 70, Peter Watkins éprouve les plus grandes diff i c u l t é s à mener à bien ses projets. Il a réalisé ces d ern i è res années deux films sur Edvard Munch et August Strindberg. ARTE MAGAZINE n°21 - 20 mai > 26 mai 2000 - 33 Le film est diffusé à l’auditorium du musée d’Orsay (niveau -2) tous les dimanches jusqu’au 28 mai à 11h, sauf le 7 mai. Le musée d’Orsay accompagne ce film de deux expositions, l’une sur Courbet et la Commune, l’autre sur les photographies de la Commune. À voir du 14 mars au 11 juin. Communards d’aujourd’hui A près deux ans d’un travail de documentation approfondie, Peter Watkins a sélectionné ses « communards » à la Bastille, à Montreuil, en Auvergne et en Picardie, lors de débats qui suivaient la projection de ses films. Les bourgeois, eux, ont été recrutés par petites annonces dans le Figaro et à la mairie du XVI e arrondissement. Le réalisateur a voulu que ces acteurs non professionnels s’identifient à leur rôle, par leur vie ou par leurs idées… A pr è s s’être imprégnés de l’atmosphère de l’époque auprès de spécialistes, ils ont largement improvisé leurs répliques, enrichissant la grande histoire de leur expérience personnelle, parlant parfois en tant qu’hommes et femmes du vingtième siècle. Fort de cette équipe de 200 personnes, Watkins a planté son décor dans les 900 m² d’une usine désaffectée de Montreuil, à proximité des anciens studios Méliès. Pendant trois semaines, il a travaillé à la réalisation de son ambitieux projet.



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