Arte Magazine n°21 19 mai 2018
Arte Magazine n°21 19 mai 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°21 de 19 mai 2018

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 1,9 Mo

  • Dans ce numéro : le temps des égarés.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ARTE MAG N°21. LE PROGRAMME DU 19 AU 25 MAI 2018 6 Claudia Tagbo La marchande de fables Passée par le Jamel Comedy Club, l’humoriste dévoile pour Le temps des égarés, de Virginie Sauveur, une facette méconnue de son talent, dans le rôle intense et ambigu d’une traductrice monnayant ses services auprès des demandeurs d’asile. Vendredi 25 mai à 20.55 Téléfilm Le temps des égarés Lire page 24 Ces dernières années, vous vous êtes principalement illustrée dans le stand-up et la comédie. Comment avez-vous accueilli la proposition de Virginie Sauveur ? Claudia Tagbo  : Quand tu fais de l'humour, on a du mal à penser que tu peux faire autre chose. Les gens oublient que j'ai commencé ma carrière par le théâtre classique et par des films comme Congorama, qui n'était pas une comédie. Alors quand un projet comme Le temps des égarés arrive, je suis surprise. Le scénario était vraiment très bien écrit. On y sentait déjà ce mélange de dureté et d’émotion qu’on retrouve dans le film. Le fait qu’il soit mis en scène par Virginie Sauveur a achevé de me donner confiance. C’est elle qui est venue me chercher. Sur le plateau, elle me disait  : «Tu es une actrice», tout simplement. De fait, le personnage de Sira Diabaté semble très éloigné de vous ! Elle ne sourit quasiment jamais. Sira est une femme rigide, presque robotique. Entre chaque prise, j’avais besoin d’ouvrir la soupape, de rigoler avec quelqu’un pour relâcher les muscles ! Si elle aide des gens, c’est pour son profit personnel. C’est un personnage dur, mais juste dans ce qu’il reflète de notre société. Elle est dans le «game» tel qu’il se joue aujourd’hui. À mesure que le film avance, on comprend pourquoi elle montre les dents tout le temps. La bascule se fait avec la petite Assa, qui est comme son miroir. L’enfant va lui donner l’occasion non pas de se racheter, mais d’aider autrement. Vous êtes-vous documentée sur la réalité vécue par les migrants pour aborder ce rôle ? Gaëlle Bellan [la scénariste, NDLR] et Virginie Sauveur ont fait un gros travail de documentation. Elles nous en ont fait bénéficier, en nous expliquant le rôle des différents acteurs de l’accueil des réfugiés. De mon côté, j’ai regardé de plus près plusieurs parcours de migrants. J’avais besoin d’avoir une idée claire de ce qu’ils peuvent avoir vécu avant d’arriver ici. Il faut avoir une sacrée force pour tenir jusqu’au bout, et ne pas oublier ce pourquoi on est SEVERINE BRIGEOT
SEVERINE BRIGEOT, ,.telki.  : parti. Il faut s’accrocher à sa faim pour pouvoir se relever. Cependant, on a beau se documenter, rencontrer des gens, tant qu’on n’y est pas directement confronté, cela reste de la fiction. Mais je ne me suis jamais sentie démunie sur le plateau. Je savais pourquoi j’étais là et ce que j’étais en train de défendre. Votre personnage dit à Assa qu’à l’avenir elle ne pourra compter que sur elle-même. Partagez-vous sa vision des choses ? C’est une des répliques les plus dures que j’aie eu à prononcer dans ce film. Je ne souhaite à personne de ne devoir compter que sur soi... Ce qui est sûr, c’est que nous sommes les principaux auteurs de notre destin. Comme je le dis dans mon dernier spectacle *, on traverse tous des tunnels, mais c’est à chacun d’allumer la première lumière, même si c’est une toute petite flamme. À partir de là, les autres peuvent se joindre à nous et nous aider. Propos recueillis par Jonathan Lennuyeux-Comnène * Lucky, actuellement en tournée. Conte du réel Virginie Sauveur s’est appuyée sur l’écriture précise de Gaëlle Bellan (Engrenages, saison 6) pour donner corps au Temps des égarés. «Le scénario de Gaëlle était ancré dans la réalité, sans l’aborder de manière documentaire. L’idée était d’éviter le misérabilisme et la démagogie, de se placer du côté de l’empathie et de la douceur, pour essayer de porter un autre regard sur ‘ces gens-là’. La crise migratoire, quel que soit l’angle par lequel on l’aborde, est un sujet délicat, qui véhicule tout un tas de discours. On a voulu s’extraire de ces discours et se pencher sur des parcours, qui donnent des visages à des destinées souvent perdues dans la masse. Les personnages sont reliés par les mêmes questions  : d’un côté, comment survivre, et de l’autre, comment aider ? Tout le monde veut aider, mais peu de gens font vraiment quelque chose. Le personnage de Jean-Paul (Jean-Pierre Lorit) le montre bien  : il accueille son ami à bras ouverts... mais pendant quarantehuit heures. L’avocate, jouée par Alice Belaïdi, incarne, elle, cette interrogation face au problème de l’accueil, compliqué pour l’État mais aussi pour nous en tant qu’individus. Les personnages parlent, déambulent, ils sont en quête de quelque chose. On prend le temps de les regarder et de les écouter. La mise en scène ne cherche pas à ‘faire vrai’  : les plans sont composés, les lumières sont douces. Il y a notamment cette scène où Sira raconte son histoire à Assa, un long récit que j’ai choisi de filmer en ombres chinoises. Dans ce passage, on quitte le réalisme, tout en restant dans l’univers du film qui, comme un conte, fait appel à notre imaginaire.» Propos recueillis par J.L.-C. 7ARTE MAG N°21. LE PROGRAMME DU 19 AU 25 MAI 2018



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