Arte Magazine n°2022-04 22 jan 2022
Arte Magazine n°2022-04 22 jan 2022
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2022-04 de 22 jan 2022

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 1,9 Mo

  • Dans ce numéro : la corde, minisérie de Dominique Rocher.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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LES TEMPS FORTS Les résistants de Mauthausen Par un acte de résistance méconnu, des républicains espagnols ont sauvé de la destruction des milliers de clichés pris dans leur camp par les SS, dans le but d’exposer au monde l’horreur du système concentrationnaire. Le 28 janvier 1946, un Espagnol de 25 ans, Francisco Boix, s’avance à la barre du Tribunal militaire international de Nuremberg, devant lequel comparaissent vingt-quatre dignitaires nazis accusés de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Pour étayer le récit de sa détention au camp de concentration de Mauthausen, parmi les plus durs du Troisième Reich, le jeune homme a apporté des preuves visuelles  : des clichés pris par les SS, qui documentent la construction du camp au lendemain de l’Anschluss, en 1938, les visites officielles des responsables nazis (dont Albert Speer, ministre de l’Armement, qui prétendait ne s’être jamais rendu dans un camp) ou encore les «morts non naturelles» – appellation désignant dans la majorité des cas des meurtres déguisés en suicides ou en tentatives d’évasion réprimées. Mais comment ces images sont-elles arrivées jusqu’à Nuremberg ? Déporté à Mauthausen en janvier 1941, Francisco Boix a échappé à l’enfer des carrières de granit grâce à ses compétences de photographe. Affecté au service d’identification du camp, il développe et classe les clichés des SS. Conscient de tenir là, fixées sur pellicule, la preuve des atrocités commises et l’identité des bourreaux, Boix convainc le groupe de résistants communistes espagnols qui s’est formé à l’intérieur du camp de subtiliser des négatifs… PETITE ET GRANDE HISTOIRE Émaillé d’éclairages d’historiens, d’extraits d’interviews d’anciens déportés et d’archives d’époque, dont un grand nombre d’images «volées», aujourd’hui conservées à Barcelone, Vienne et Paris, ce documentaire retrace, au travers de la destinée de Francisco Boix, l’histoire du camp de Mauthausen, de la résistance espagnole en son sein et de l’incroyable opération de sauvetage qu’elle a mise sur pied. Documentaire de Barbara Necek (France, 2021, 52mn) Coproduction  : ARTE France, 13 Productions MÉMORIAL DE MAUTHAUSEN, FONDS GARCIA 6 ARTE MAG N°4 LE PROGRAMME DU 22 au 28 janvier 2022 KREISARCHIV MELNIK DOCUMENTAIRE Les marches de la mort Printemps 1944- printemps 1945 Durant la dernière année de la guerre, les nazis ont organisé dans le plus grand chaos le transfert des détenus depuis les camps des territoires occupés de l’Est. Virginie Linhart retrace cet épisode tragique méconnu de l’horreur concentrationnaire. Le 22 juin 1944, Himmler signe l’ordre officiel déléguant aux responsables SS des camps de concentration situés dans les territoires occupés à l’Est par le Reich – des pays Baltes à la Pologne et la Tchéquie d’alors – l’évacuation des détenus aptes au travail vers des camps éloignés du front. Pris en tenaille par l’offensive des troupes angloaméricaines et celle de l’Armée rouge, le régime nazi veut continuer à faire tourner sa machine militaro-industrielle avec sa main-d’œuvre de captifs. De Majdanek via Lublin, à partir d’avril 1944, jusqu’à Auschwitz-Birkenau, puis entre l’été 1944 et l’hiver 1945, d’Auschwitz- Birkenau jusqu’à Dachau, près de Munich...  : à mesure que le front se rapproche des camps de l’Est, les évacuations des captifs de quelque 500 camps disséminés dans toute l’Europe centrale et orientale se déroulent dans le plus grand chaos. Transférés à pied ou parfois en camion jusqu’à des gares où ils sont entassés dans des convois de marchandises, plus de 700 000 détenus, hommes et femmes jugés aptes au travail, vont ainsi prendre la route tout au long de la dernière année du conflit mondial pour rejoindre, de camp en camp, l’Allemagne et l’Autriche. Plus d’un tiers d’entre eux mourront lors de ces terribles «marches de la mort», succombant à la faim, au froid, à l’épuisement, voire seront abattus en chemin par leurs gardiens ou les populations des villages traversés.
77 e anniversaire de la libération des camps Une programmation spéciale autour des commémorations de la libération d’Auschwitz, le 27 janvier 1945. # Mardi 25/01 Les marches de la mort – Printemps 1944-printemps 1945 à 20.50 @ du 18/01/2022 au 25/03/2022 Les résistants de Mauthausen à 22.25 @ du 18/01/2022 au 25/03/2022 Les quatre sœurs à 23.20 @ du 18/01/2022 au 25/03/2022 # Samedi 29/01 Faire l’histoire – L’étoile jaune, un signe d’infamie à 18.15 @ du 22/01/2022 au 07/01/2026 PÉRIPLE CAUCHEMARDESQUE Les images des marches de la mort sont rares  : une poignée de photos prises clandestinement par des civils, des images de films amateurs comme celles qui témoignent du départ à pied, à l’automne 1944, de 50 000 juifs du ghetto de Budapest vers Vienne. Seule mémoire vivante, celle des témoignages de rescapés célèbres comme Marceline Loridan-Ivens, Simone Veil ou Primo Levi, qui ont raconté leur périple cauchemardesque, mais aussi d’anonymes, recueillis pour la télévision ou la Fondation des archives de l’histoire audiovisuelle des survivants de la Shoah, fondée par Steven Spielberg. Réunissant les éclairages des historiens Christian Ingrao, Annette Wieviorka, JohannChapoutot et Tal Bruttmann, Virginie Linhart (Ernest Hemingway – Quatre mariages et un enterrement, Ce qu’ils savaient – Les Alliés face à la Shoah, Après les camps, la vie...) documente l’un des épisodes les plus méconnus de la folie jusqu’au-boutiste d’un Troisième Reich refusant de se résoudre à la défaite jusqu’aux derniers jours de la guerre. Documentaire de Virginie Linhart (France, 2021, 1h30mn) Coproduction  : ARTE France, Morgane Production MAUTHAUSEN MEMORIAL - WALTER DALL’ASEN Effroyables «transferts» Plus du tiers des déportés déplacés d’un camp à l’autre par les nazis n’ont pas survécu. La réalisatrice Virginie Linhart consacre un documentaire à ces terribles marches de la mort, organisées par un Troisième Reich en plein chaos. Pourquoi vous êtes-vous intéressée à ces tragiques déplacements de déportés orchestrés par le régime nazi à la veille de sa chute ? Virginie Linhart  : J’aime travailler sur les pans manquants de l’histoire. Avant Les marches de la mort – La dernière étape du génocide nazi de Daniel Blatman (éditions Fayard, 2009), ces évacuations – ou «transferts», comme les ont appelés les nazis – avaient été peu étudiées par les historiens, qui les abordaient dans le cadre plus global de l’étude de la Shoah ou du nazisme. Il m’a semblé intéressant de raconter ces marches de la mort au travers des avancées récentes de l’historiographie, ainsi que des témoignages de survivants, juifs et non juifs, qui se sont accumulés au cours des années, en tâchant de répondre à des questions simples  : où, quand, comment ? Et surtout, pourquoi ces marches ont-elles fait autant de victimes ? @ BULLE Pour quelles raisons se sont-elles révélées aussi meurtrières ? L’organisation de ces «marches de la mort», comme les ont nommées leurs survivants, est laissée entre les mains de ceux qui dirigent les camps. Alors que le quotidien y était jusque-là soumis à une administration bureaucratique, pour les marches, tout vole en éclats  : ce sont ceux qui gardent les prisonniers – des sous-fifres et non les hauts gradés, déjà rentrés en Allemagne pour échapper à l’Armée rouge – qui doivent procéder à ces transferts de masse. Ces gardiens ordinaires des camps vont déplacer sur des centaines de kilomètres des colonnes imposantes de captifs – l’évacuation d’Auschwitz-Birkenau a concerné 56 000 déportés ! Le sort tragique de ces prisonniers est ainsi le dernier pan de leur cauchemar concentrationnaire. Sur 700 000 hommes et femmes évacués, environ un tiers mourront en chemin de froid, de soif, de faim, d’épuisement, quand ils n’auront pas été abattus par leurs gardes ou les civils qui voyaient passer ces cohortes de malheureux. Quelles difficultés avez-vous rencontrées pour ce film ? Il existait deux difficultés majeures pour réaliser cette histoire des marches de la mort  : d’abord, la faible quantité de travaux des historiens du nazisme sur cette question précise, et ensuite, l’absence quasi totale d’images de ces déplacements, sauf de rares photos prises par des anonymes et deux petits bouts d’archives filmées. Pour y pallier, je me suis rendue avec mon chef-opérateur Jérôme Colin dans plusieurs camps de concentration en Pologne et en Allemagne, et dans d’anciens ghettos devenus des camps lors de l’occupation nazie en Lituanie. À partir de là, j’ai suivi les routes aux mêmes saisons que les marcheurs  : en plein hiver en Pologne, au printemps en Allemagne, en été en Lituanie. Dans ces paysages désolés, le long des chemins, des voies ferrées, des rivières et de la mer, nous avons emprunté ces portions historiques des trajets, afin de faire comprendre visuellement, charnellement presque, le calvaire enduré. Propos recueillis par Christine Guillemeau LE PROGRAMME DU 22 au 28 janvier 2022 ARTE MAG N°4 7



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