Arte Magazine n°2022-01 1er jan 2022
Arte Magazine n°2022-01 1er jan 2022
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2022-01 de 1er jan 2022

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,0 Mo

  • Dans ce numéro : Emmanuelle Devos.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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THIERRY PEETERS LES TEMPS FORTS CINÉMA Alice Guy L’inconnue du 7 e art Cinéaste et productrice la plus prolifique de la Belle Époque, Alice Guy a été effacée de l’histoire du septième art. Raconté à la première personne, ce beau documentaire redonne sa juste place à cette pionnière. Qui, en dehors des cinéphiles, connaît aujourd’hui Alice Guy (1873-1968) ? Elle fut pourtant la première femme derrière la caméra, et la première réalisatrice et productrice de films de fiction de l’histoire. À l’aube du XX e siècle, alors que le monde se passionne pour les images en mouvement, fruit des expérimentations d’Edison et des frères Lumière, la jeune Alice Guy est engagée comme secrétaire au service de Léon Gaumont. Sur son temps libre, elle se met à réaliser de courts films fantaisistes pour promouvoir le chronophotographe de la société. Leur succès est immédiat  : promue directrice de production chez la Gaumont, la jeune femme à la créativité débridée réalisera en une dizaine d’années quelque deux cents courts ou moyens métrages, avant d’embarquer pour New York, où elle fonde en 1910, avec son époux Herbert Blaché, sa société de production. 8 ARTE MAG N°1 LE PROGRAMME DU 1 ER AU 7 JANVIER 2022 Au faîte de sa popularité, la puissante Solax produira jusqu’à deux films par semaine, faisant d’Alice Guy la femme d’affaires la mieux payée des États-Unis… FEMME SPOLIÉE Premier péplum de l’histoire, (La vie du Christ en 1906), premier film à la distribution entièrement afro-américaine, premier making of…  : on ne compte plus les innovations signées Alice Guy. Ses mille et une trouvailles de mise en scène et de trucages, comme son approche naturaliste du jeu d’acteur, ont contribué à façonner le langage cinématographique tel que nous le connaissons. Comment une telle visionnaire, dotée d’un regard acéré sur son temps et sur la place des femmes dans la société, a-t-elle pu disparaître de la mémoire collective ? À travers ce passionnant documentaire narré à la première personne, nourri d’un impressionnant travail d’archives et illustré par la dessinatrice Catel Muller – co-initiatrice de ce documentaire avec José-Louis Bocquet –, Valérie Urréa et Nathalie Masduraud (H24 – 24 heures dans la vie d’une femme) réhabilitent une immense figure du septième art, effacée de l’histoire officielle et spoliée, parce que femme, de la «paternité» de la quasi-totalité de son œuvre. Si une partie de ses films a été perdue, de patientes recherches ont permis d’en identifier une centaine, souvent attribués à tort à des collaborateurs  : des pépites d’humour et de poésie, sonorisées pour l’occasion – un procédé dont Alice Guy fut, là encore, pionnière –, dont des extraits émaillent ce documentaire. Documentaire de Valérie Urréa et Nathalie Masduraud (France, 2021, 52mn) - Auteures  : Valérie Urréa et Nathalie Masduraud, avec José-Louis Bocquet - Commentaire dit par Agnès Jaoui et Maud Wyler - Coproduction  : ARTE France, 10.7 Productions # mercredi 05/01 à 22.30 @ du 29/12/2021 au 05/03/2022 Deux films d’Alice Guy, La fée aux choux et The Ocean Waif sont présentés dans le livre 100 grands films de réalisatrices, de Véronique Le Bris, journaliste et créatrice du prix Alice-Guy. Un ouvrage préfacé par Julie Gayet et coédité par ARTE Éditions et Gründ.
THIERRY PEETERS Jusqu’à ses derniers jours, Alice Guy s’est battue pour que son nom retrouve sa juste place dans l’histoire du cinéma, en vain. Mais depuis une dizaine d’années, la première réalisatrice française renaît dans les mémoires. Dans de multiples extraits d’une interview donnée à la fin de sa vie, on la découvre droite, fière, mais habitée par une ironie lucide. Une femme combative qui refuse de tomber dans l’oubli. Alice Guy, la première réalisatrice française, l’égale des plus grands, n’existe pour ainsi dire plus. «Son invisibilisation commence chez La redécouverte d’une pionnière Gaumont, où elle a été directrice de production durant onze ans, explique Valérie Urréa, coréalisatrice du documentaire consacré à la cinéaste. Quand le studio sort son premier catalogue de films, il n’évoque jamais, jamais Alice Guy.» Ses œuvres sont attribuées à ses anciens assistants ou chefs décorateurs alors qu’aux États- Unis l’incendie de son studio réduit la plupart de ses films en cendres. «C’est le problème de tout le cinéma primitif, précise José-Louis Bocquet, co-initiateur du documentaire avec la dessinatrice Catel Muller. Un cinéma de flux, avec de nombreux films projetés dans les fêtes foraines, non signés, sans générique, et qui souvent, une fois usés, disparaissent.» Celle qui suscitera plus tard l’admiration de Hitchcock et Scorsese se bat seule, annotant le catalogue de la Gaumont, corrigeant les articles qui la présentent comme une secrétaire et écrivant des Mémoires… dont personne ne veut. «Elle le vivait très mal, raconte Nathalie Masduraud, coréalisatrice du film. C’est pourquoi à près de 90 ans, elle craque et prend l’avion pour les États-Unis afin de retrouver ses films. Sans succès.» «UN TRAVAIL DE BÉNÉDICTIN» Depuis une dizaine d’années toutefois, grâce notamment aux cinémathèques, Alice Guy se voit réhabilitée. Sur les cinq cents films – certains parlent de mille – que l’on prête à la cinéaste, une centaine a été retrouvée. «C’est un véritable travail de chercheur, de bénédictin, impossible à réaliser de son vivant», explique José-Louis Bocquet. Parfois, la chance s’en mêle  : A Fool and His Money, premier film joué uniquement par des acteurs noirs dans l’Amérique ségrégationniste des années 1910, a surgi dans un marché aux puces californien. Depuis 2018, un prix créé par la journaliste Véronique Le Bris, portant le nom de la pionnière du cinéma, distingue la réalisatrice française de l’année. «Il reste encore beaucoup à faire pour lui rendre la place qu’elle mérite», estime Nathalie Masduraud. «C’est pour cette raison que nous voulions, à travers ce documentaire, ‘visibiliser’Alice Guy, ajoute Valérie Urréa, la faire vivre à travers ses mots à elle, et non ceux des autres.» Raphaël Badache LE PROGRAMME DU 1 ER AU 7 JANVIER 2022 ARTE MAG N°1 9



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