Arte Magazine n°2021-47 20 nov 2021
Arte Magazine n°2021-47 20 nov 2021
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2021-47 de 20 nov 2021

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2 Mo

  • Dans ce numéro : festival du documentaire.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 16 - 17  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
16 17
DOCUMENTAIRE Wang Bing Festival du documentaire 2021 Les âmes mortes (1-3) Entre 1957 et 1960, plusieurs centaines de milliers de Chinois, accusés d’être des opposants au régime maoïste, ont trouvé la mort dans des camps de rééducation. Dans un film-somme en trois parties, Wang Bing (Mrs. Fang) donne la parole aux survivants. Première partie Ancien nationaliste prisonnier de guerre, Zhou Huinan, 85 ans, a passé huit ans sous les drapeaux avant d’être rendu à la vie civile, en 1954. Trois ans plus tard, «pour faire sortir les serpents de leur trou», Mao invite chacun, lors de la campagne des «Cent Fleurs», à faire remonter ses critiques au Parti. Il s’agit d’éradiquer les «mauvais éléments» – antirévolutionnaires et «droitiers » –, dont le nombre est fixé à 5% au sein de chaque service. Pour s’être insurgé contre ce quota, Zhou Huinan est pris dans la tourmente. Après d’interminables séances de critique publique, il est envoyé au début de l’année 1958 au camp de «rééducation par le travail» de Jiabiangou, dans le désert de Gobi. Quelques mois plus tard, Zhou Zhinan, son jeune frère, condamné comme «ultradroitier», l’y rejoint. Ancien détenu d’une ferme du district de Gaotai, Cao Zonghua (photo), 75 ans, échouera, des décennies plus tard, à faire ériger une stèle en mémoire des prisonniers morts de faim dont les restes reposent dans le charnier d’un camp voisin, Mingshui. Deuxième partie Chen Zohghai, 74 ans, arpente sous un soleil de plombl’immensité sablonneuse de ce qui fut Mingshui, camp 16 ARTE MAG N°47 LE PROGRAMME DU 20 au 26 novembre 2021 qui ne disposait d’aucun baraquement. Avec d’anciens détenus, il vient rendre hommage aux disparus, brûlant pour eux des billets de banque en offrande Déplacé là en 1981, un berger leur montre des cavités, creusées à même le sol ou dans la roche, où les «droitiers» du camp, privés de tout, passaient leurs nuits en «enfer»... Troisième partie Li Jinghang, 84 ans, se remémore ces années noires. Pour ne pas sombrer, cet enseignant chrétien s’est accroché à sa foi. Alors employé dans une compagnie d’assurances, Zhao Zhenfang, 80 ans, se souvient  : «Au bout de deux ou trois mois, nous n’avions plus rien à manger.» Nombre de détenus ont succombé à la famine et à l’épuisement. «Un jour, celui-là mourait, le lendemain, un autre...» MÉMORIAL Après Fengming, chronique d’une femme chinoise (2007), puis son unique fiction, Le fossé (2010), l’inlassable filmeur Wang Bing poursuit avec Les âmes mortes son exploration des exactions du maoïsme. En 1957, le couperet du régime s’abat en priorité sur des esprits supposés rétifs  : intellectuels, enseignants, techniciens, artistes. Envoyés à la campagne pour y être «rééduqués», ils travaillent aux champs, dans des ateliers de menuiserie ou à la construction de routes. Leur nombre, toujours indéterminé à ce jour, est estimé entre 550 000 et 1 300 000. Environ 3 200 «droitiers» et «ultradroitiers», eux, iront croupir dans les camps de Jiabiangou et de Mingshui. Filmés dans leur cadre familier, les vieillards rescapés qu’interroge Wang Bing témoignent des terrifiants supplices endurés. Au fil de leurs récits surgissent les noms de ceux qui ont disparu sans laisser de traces. Avec cette enquête monumentale, découpée en trois parties, le cinéaste édifie pour ces souffrances et ces morts oubliées le mémorial que la Chine leur refuse. Documentaire de Wang Bing (Suisse/France/Hong Kong, 2018, 2h45mn, 2h43mn et 2h55mn) - Coproduction  : ARTE France Cinéma, Les Films d’Ici, Adok Films, CS Productions, avec la collaboration d’ARTE France # mardi 23/11 à 1.10, mercredi 24/11 à 2.00 et jeudi 25/11 à 0.30 @ du 18/11/2021 au 29/11/2021
Festival du documentaire 2021 Les sherpas et la paroi des ombres La première ascension de la face est du Jannu, dans l’Himalaya, magnifiquement filmée et racontée du point de vue des sherpas, héros de l’ombre qui, en gravissant une montagne sacrée, violent un tabou religieux. Sherpas dans le massif de l’Himalaya, au Népal, Ngada, grimpeur émérite qui a vaincu neuf fois le sommet de l’Everest, et son épouse Jomdoe, qui travaille comme porteuse, ont maintes fois entrepris des ascensions risquées. Mais quand les alpinistes russes Dmitry Golovchenko et Sergey Nilov les sollicitent, avec leur fils Dawa, pour les accompagner dans leur nouvelle quête, la première ascension du mont Jannu (7 710 mètres) par sa face est, leur dilemme est immense  : cette montagne qu’ils appellent Kumbhakarna est sacrée pour le bouddhisme tibétain, et l’escalader revient à violer un tabou religieux. Mais l’argent de l’expédition permettrait à Dawa, qui rêve de devenir médecin, de financer ses études... CHEMIN INTÉRIEUR Eliza Kubarska voulait raconter une ascension du point de vue des sherpas, ces héros de l’ombre qui accomplissent les mêmes exploits que les grands noms de l’alpinisme himalayen sans jamais faire la une. Elle a convaincu Golovchenko, Nilov et leur équipe russo-polonaise de la laisser filmer leur expédition en mettant au premier plan, non pas ceux que l’histoire de l’alpinisme retiendra comme ayant ouvert, en 2019, la voie est du Jannu, mais les sherpas Ngada, Jomdoe et Dawa, dont le chemin intérieur est aussi éprouvant que le trek entrepris. Au fil d’images splendides, dans ces paysages inviolés à la fois époustouflants et menaçants, elle parvient à montrer la ligne de crête séparant deux cultures, deux visions du monde, pour faire résonner, au travers de ce formidable trio familial, la spiritualité profonde qui le relie à la montagne. Meilleur film d’alpinisme, Banff 2020 Documentaire d’Eliza Kubarska (Allemagne/Suisse/Pologne, 2020, 1h33mn) Auteurs  : Eliza Kubarska, Piotr Rosolowski - Coproduction  : ZDF/ARTE, Braidmade Films, Corso Film, Tilt Production GmbH, Vertical Vision Film Studio, Telewizja Polska Piotr ROSOLOWSKI # mercredi 24/11 à 0.25 @ du 23/11/2021 au 21/02/2022 Derives/Petit ‡ Petit production/Clin d'oeil Festival du documentaire 2021 La prochaine fois que je viendrai au monde En 1991, Philippe de Pierpont rencontre six enfants des rues burundais, qu’il va suivre sur près de trente ans. Entre misère, violence et rêves, le bouleversant portrait choral d’une jeunesse assignée à la marge. Ils s’appellent Etu, Innocent, Assouman, Zorito, Philibert et Jean-Marie. Inséparables, ces six enfants des rues grandissent comme ils peuvent à Bujumbura, la capitale burundaise. Lorsqu’ils croisent la route du cinéaste Philippe de Pierpont, en 1991, ils lui font promettre de revenir les filmer «jusqu’à leur mort», ce à quoi il consent, sans pouvoir imaginer ce que va représenter pour eux, et pour lui ce contrat solennel. Trente ans après, il n’y a plus que trois presque quadragénaires face à sa caméra. Emportés par la misère et l’alcool, sur fond d’une guerre civile meurtrière, Philibert et Zorito, jadis chef de la petite bande, ne sont plus. Jean-Marie, lui, refuse désormais d’apparaître. MAUVAIS ENDROIT, JUSTE PLACE «Quand sa maman le met au monde, l’enfant commence à pleurer. Chez nous, on dit que l’enfant comprend qu’il est arrivé au mauvais endroit.» Chacun des six héros que Philippe de Pierpont a regardés grandir et lutter à des moments charnières de leur existence, sur trois décennies, façon Boyhood, aurait pu faire sienne ce préambule prononcé en off. Le réalisateur belge, DOCUMENTAIRE alors trentenaire, s’est laissé convaincre de filmer les garçons, sans jamais cesser de chercher sa juste place vis-à-vis d’eux. Tissant avec finesse les temporalités, le témoignage et le cinéma direct, il met en parallèle les regards constamment lucides qu’ils posent sur eux-mêmes et sur le monde à différentes époques. Assignés à la marge et à la survie depuis l’enfance, sur fond d’une hiérarchie sociale impitoyable et d’une violence politique qui continue, quinze ans après la fin de la guerre, d’instrumentaliser les divisions entre Hutu et Tutsi, Etu, Innocent et Assouman n’ont pas renoncé à l’espoir d’une autre vie. Le réalisateur inscrit leur parole dans le contrepoint tumultueux de leur ville, de sublimes plans nocturnes à une séquence dans un grand hôtel. Ce film bouleversant de sincérité se fait peu à peu le reflet, intime et mouvant, de la jeunesse qu’ils ont laissée derrière eux. Documentaire de Philippe de Pierpont (Belgique/France, 2018, 1h15mn) - Coproduction  : ARTE GEIE, Dérives, Clin d’Œil Films, Petit à Petit Production, RTBF, Canvas, WIP # vendredi 26/11 à 1.10 @ du 19/11/2021 au 24/01/2022 LE PROGRAMME DU 20 au 26 novembre 2021 ARTE MAG N°47 17



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :