Arte Magazine n°2021-42 16 oct 2021
Arte Magazine n°2021-42 16 oct 2021
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2021-42 de 16 oct 2021

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 1,9 Mo

  • Dans ce numéro : sous le soleil de Pialat.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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LES TEMPS FORTS CINÉMA Sous le soleil de Pialat Par William Karel, qui fut son photographe de plateau, une visite guidée dans l’univers de Pialat, dont les films renversants comme le caractère d’écorché vif ont écrit la légende et lui ont octroyé une place unique dans le cinéma. Comme nul autre, il a transcrit sans filtre sa vie à l’écran. Déchirements, joies, rages et éblouissements…  : en seulement dix films, Maurice Pialat (1925-2003) s’est hissé dans la douleur au sommet du cinéma, drainant dans sa légende une exigence folle de vérité autant que des fureurs mémorables pour y parvenir. Cet écorché vif, hanté par ses blessures d’enfance − la ruine d’un père marchand de bois en Auvergne suivie d’un déclassement à Courbevoie, et l’abandon d’une mère qui le confie à sa grand-mère −, conçoit d’abord le rêve d’être peintre. Échouant à le réaliser, après un passage par les Beaux-Arts et les Arts déco, Pialat se perd en ruminations pendant deux décennies, visiteur 4 ARTE MAG N°42 LE PROGRAMME DU 16 au 22 octobre 2021 médical ou encore représentant chez Olivetti pour survivre. Il écrit aussi. Mais alors que la Nouvelle Vague submerge le cinéma français, le refus de ses projets nourrit chez lui une amertume créatrice et une tentation autodestructrice qui traverseront son œuvre. Avec L’enfance nue, son premier long métrage à 43 ans, le cinéaste imprime pourtant d’emblée sa marque, cet «art de rendre les choses authentiques», selon Chabrol. Mais au fil d’une inclassable filmographie en forme d’autobiographie, d’une rupture (Nous ne vieillirons pas ensemble) à sa paternité émerveillée (Le garçu) en passant par l’agonie de sa mère (La gueule ouverte), le cinéaste ne se départit pas du sentiment d’être incompris. Malgré une reconnaissance internationale pour Van Gogh, deux César pour À nos amours et une Palme d’or fameuse en 1987 pour Sous le soleil de Satan quand, bras d’honneur à l’appui, il lance aux siffleurs  : «Si vous ne m’aimez pas, sachez que je ne vous aime pas non plus ! » L’ENFER DU PARADIS «Vous verrez, au début, c’est difficile. Après, c’est carrément l’enfer ! » Tels sont les encouragements, en 1983, de l’attaché de presse de Pialat à William Karel, à l’époque photographe de plateau, qui rejoint l’équipe d’À nos amours. Le préambule d’une amitié qui infuse aujourd’hui le film du documentariste sur celui qui deviendra son mentor. Guidé par Serge Toubiana et nourri d’archives rares, ce parcours au cœur de l’œuvre du cinéaste, tourmenté jusqu’à la désespérance, est aussi puissamment éclairé par les témoignages des comédiennes qui ont croisé sa caméra, pour le meilleur et pour le pire. Sandrine Bonnaire se souvient de sa tendresse pour «l’enfant qu’il n’avait pas encore et la petite jeune femme dont il était un peu amoureux», sur le tournage d’À nos amours ; Sophie Marceau, du cauchemar de Police ; tandis que Depardieu évoque leur relation fusionnelle. Le portrait vibrant d’un maître qui s’étonnait  : «Comment peut-on éviter le social quand on tourne ? En France, on réussit ce prodige ! » Documentaire de William Karel (France, 2021, 53mn) - Coproduction  : ARTE France, 10.7 Productions # lundi 18/10 à 22.35 @ du 11/10/2021 au 16/12/2021 En partenariat avec c ALLOCINÉ WILLIAM KARREL
EMPIRE FILMS - LIDO FILMS/ OLIVIER SERRES L’écran nu Dans un bel hommage au grand cinéaste, William Karel raconte, avec tendresse mais sans complaisance, Maurice Pialat, qu’il a bien connu. Précisions. Pourquoi avoir voulu rencontrer Maurice Pialat en 1983 ? William Karel  : Photographe de plateau à l’époque, j’adorais ses films, surtout L’enfance nue, des chocs qui tranchaient avec la tiédeur du cinéma français. J’avais envie de le voir au travail. Ça me plaisait aussi qu’il eût réalisé son premier long métrage à plus de 40 ans – un peu comme moi, toutes proportions gardées. Avant, il avait galéré durant une vingtaine d’années à vendre des machines à écrire ou des produits pharmaceutiques et moi, j’avais été ouvrier chez Renault. Je devais rester une semaine sur le tournage d’À nos amours ; j’ai suivi Pialat pendant quatre ou cinq ans. Quel homme découvrez-vous ? Un ami de l’agence m’avait prévenu que le tournage serait un cauchemar. J’étais au courant des colères, des hurlements, des départs intempestifs. Mais c’était intéressant de voir la «méthode Pialat», qui consistait à créer de la tension à partir de rien pour déstabiliser comédiens et techniciens et obtenir cette authenticité qu’il recherchait. D’où viennent ses blessures ? Après la ruine de son père, quand il a 4 ans, la famille quitte le Sud et une maison confortable pour la région parisienne. Obligée de travailler, sa mère le confie à sa grand-mère. Il ne s’est jamais remis de ce déclassement ni de cet abandon. Dans les années 1950 et 1960, il souffre aussi de ne pouvoir réaliser des films comme Godard, Truffaut, Chabrol... Il passe des années à écrire et personne ne veut de lui, peut-être parce qu’il ne vient ni des Cahiers ni de la Cinémathèque. Comment définir son cinéma ? Chez lui, tout est vrai. La vie quotidienne, les cafés, les gens de la rue, la banlieue dans Loulou...  : il filme la vie comme elle est et jamais les comédiens ne sont aussi naturels. Avec deux César pour À nos amours et une Palme d’or pour Sous le soleil de Satan, il n’a jamais été un cinéaste maudit, même s’il se vivait comme tel. Aujourd’hui, Pialat est considéré comme le plus grand maître français, avec Renoir, et toute la jeune génération se réclame de lui. Comment avez-vous voulu l’aborder ? D’abord par ses actrices, dont bien sûr Sandrine Bonnaire, l’événement magique du tournage d’À nos amours, Isabelle Huppert, Sophie Marceau, Nathalie Baye... Je ne voulais surtout pas faire un film à sa gloire, et je n’ai rien voulu escamoter, ni quand il va déterrer le corps de sa mère pour le filmer, ni quand la femme de Jean Yanne meurt pendant le tournage de Nous ne vieillirons pas ensemble et qu’il pense que ce sera bon pour le film. Avez-vous le sentiment de l’avoir compris avec ce film ? Je ne crois pas, hélas. Mais je lui dois tout. C’est grâce à lui que j’ai réalisé mon premier documentaire et quitté la photo. Je le considère comme un père spirituel et plus encore. À sa mort, j’ai eu le sentiment de perdre un membre de ma famille. Propos recueillis par Sylvie Dauvillier Nous ne vieillirons pas ensemble Lasse de la violence de son amant marié, une jeune femme aspire à s’en séparer. Avec Jean Yanne et Marlène Jobert, Maurice Pialat met en scène son mal d’aimer dans un film brutal et saisissant. Quadragénaire irascible et cinéaste raté, Jean entretient depuis six ans une relation extraconjugale avec Catherine, 25 ans. S’il n’imagine pas quitter Françoise, sa femme, il n’aspire pas non plus à s’installer officiellement avec sa jeune maîtresse. Lasse de sa possessivité et de son tempérament violent, Catherine, elle, voudrait parvenir à quitter cet amant aux sautes d’humeur incontrôlables. Après un enchaînement de disputes et de réconciliations, Catherine, ne croyant plus à leur amour, décide de reprendre sa liberté... SOUS EMPRISE Avec son caractère odieux, ses dénigrements et ses accès de fureur, c’est lui-même que Pialat reconnaissait avoir mis en scène dans ce deuxième long métrage adapté de son unique roman, en partie autobiographique. Justifiée par une peur viscérale de l’abandon, la violence éruptive de Jean, magistralement interprété par Jean Yanne, a de quoi s’attirer, un demi-siècle après la sortie du film, les foudres des défenseurs des droits des femmes. Scènes de la vie (extra)conjugale à la française, Nous ne vieillirons pas ensemble offre aussi à Marlène Jobert, dans le rôle de Catherine, jeune femme sous l’emprise d’un bourreau aimé, l’un des rôles les plus marquants de sa carrière. Prix d’interprétation masculine (Jean Yanne), Cannes 1972 Film de Maurice Pialat (France/Italie, 1971, 1h42mn) - Scénario  : Maurice Pialat, d’après son roman - Avec  : Jean Yanne, Marlène Jobert, Macha Méril, Christine Fabréga, Muse Dalbray, Maurice Risch - Production  : Lido Films, Empire Films # lundi 18/10 à 20.50 LE PROGRAMME DU 16 au 22 octobre 2021 ARTE MAG N°42 5



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