Arte Magazine n°2021-41 9 oct 2021
Arte Magazine n°2021-41 9 oct 2021
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2021-41 de 9 oct 2021

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 3 Mo

  • Dans ce numéro : hypermarchés, la chute de l'empire.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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LES TEMPS FORTS SARA CRETA/MAGNETO DOCUMENTAIRE Soirée «Dix ans après Kadhafi, le chaos libyen» Libye, les centres de la honte Tortures, meurtres, enlèvements... Les migrants retenus en Libye subissent l’enfer. Tourné sur place, ce documentaire poignant révèle un système régi par l’impunité et la collusion entre passeurs, milices et autorités, sur lequel l’Europe ferme les yeux. En Libye, des milliers de migrants venus de toute l’Afrique sont parqués dans des centres de détention aux conditions inhumaines, dans l’attente que l’Europe et l’ONU statuent sur leur sort. État sanitaire déplorable et surpopulation, travail forcé, tortures, viols, meurtres, enlèvements avec demande de rançon aux 6 ARTE MAG N°41 LE PROGRAMME DU 9 au 15 octobre 2021 familles restées au pays ou vivant à l’étranger...  : officiellement tenus par le gouvernement libyen, reconnu par la communauté internationale, ces camps sont en réalité entre les mains des milices corrompues qui contrôlent le pays. Pour elles, les migrants représentent avant tout une manne financière. En 2019, pendant la guerre civile qui a opposé les forces du gouvernement d’union nationale à l’armée du maréchal Haftar, nombre de ces détenus ont même été enrôlés de force quand d’autres étaient piégés dans ces centres, cibles stratégiques situées sur les lignes de front. Le camp de Tadjourah a ainsi été bombardé lors d’un raid aérien, un crime de guerre qui fait aujourd’hui l’objet d’une enquête de la justice internationale. Entre impuissance du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) et faiblesse ou cynisme de l’Europe, surtout préoccupée de barrer le passage aux migrants en Méditerranée, la tragédie se poursuit, alors que les garde-côtes libyens, chargés par l’UE de contenir les flux migratoires, ne disposent pas de bateaux suffisants pour rechercher et sauver les nouveaux arrivants. SPIRALE D’ABUS Entièrement tourné en Libye, ce documentaire dévoile, au fil de précieux et poignants témoignages, un système régi par l’impunité et la collusion entre passeurs, milices et autorités, sur lequel l’Europe – qui verse des millions d’euros à Tripoli – ferme les yeux. Journaliste d’investigation et spécialiste des questions humanitaires, Sara Creta a obtenu des accès uniques pour documenter les violations des droits de l’homme dans les centres de détention. Elle a récupéré, entre autres, des vidéos filmées par les migrants eux-mêmes avec leur téléphone portable qui montrent leur quotidien et les abus dont ils sont victimes. Mais dans cet enfer de la détention arbitraire, son film, puissant, met aussi en lumière l’entraide et la résistance lucide, lueurs d’humanité dans le chaos. Documentaire de Sara Creta (France, 2021, 1h) Coproduction  : ARTE GEIE, Magnéto Presse # mardi 12/10 à 23.15 @ du 05/10/2021 au 10/11/2021
SARA CRETA/MAGNETO Au nom de l’Europe Dans cette remarquable enquête, la journaliste Sara Creta montre les conditions inhumaines de détention des migrants en Libye, et pointe les effets pervers d’une politique européenne d’abord destinée à leur barrer le passage. Précisions. Accéder aux centres de détention «J’avais connaissance des conditions de vie dans les centres de détention depuis un reportage à bord d’un navire de recherche et de sauvetage en Méditerranée, en 2015. Je me suis rendue pour la première fois en Libye en 2018, dans le centre de détention de Misrata, qui a fermé en 2019. Chaque fois que je suis retournée dans ces centres, j’étais encadrée par un officiel. Les migrants avaient peur de s’exprimer et moi, de les exposer, y compris dans le centre ‘vitrine’de Tariq al-Sikka, qu’on voit dans le film. Il fallait réussir à déconstruire la narration du gouvernement et des milices qui contrôlent ces lieux, avec le soutien de l’Europe. Peu à peu, j’ai recueilli les témoignages de survivants de naufrages, de détenus ou d’ex-détenus, et certains m’ont transmis des images tournées avec leur portable.» Violences systémiques «La Libye charrie l’héritage de la dictature de Kadhafi et de sa violence systémique. Toutes sortes d’exactions sont commises dans ces centres  : viols, tortures par brûlures ou à l’électricité, séquestrations, meurtres par balles... À ces violences physiques s’ajoutent le travail forcé, les humiliations, la privation de liberté, la surpopulation (moins de 1 mètre carré par personne) et les conditions sanitaires désastreuses, le manque d’eau ou de nourriture... Pourtant, l’Union européenne poursuit sa politique de coopération et légitime ces milices, en lien avec le UNHCR (Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés) et les ONG, avec l’objectif déclaré d’‘améliorer’les conditions dans les centres. Mais de quoi parle-t-on ? Elles sont catastrophiques ! » Trafics «Tout se monnaie dans les centres. Un migrant peut en sortir en payant de 700 à 1 500 dollars, reprendre la mer puis être à nouveau intercepté ! Comme la Libye manquait de liquidités ces dernières années, ces femmes et ces hommes sont devenus des distributeurs de billets pour les milices corrompues. Destinée à lutter contre les passeurs, la stratégie de l’Europe a ainsi eu l’effet inverse et a renforcé le trafic au travers d’une collusion entre passeurs, garde-côtes et miliciens. Depuis début 2021, vingt mille migrants ont été interceptés en Méditerranée et renvoyés en Libye. L’UE, qui cherche d’abord à les éloigner de ses frontières, a même élargi la zone d’intervention de Tripoli et promis de renforcer son aide. Mais elle ne fournit ni les bateaux ni les moyens adaptés, et les gardecôtes, comme certains miliciens, sont, eux aussi, piégés par ce système.» Résistances «Informés et connectés, ces migrants sont en quête de visibilité et de prises de parole, d’où ces vidéos qu’ils tournent avec leur téléphone. Ils sont fatigués du récit qu’on fait d’eux, les réduisant au rôle de victimes vulnérables, y compris celui des ONG, soucieuses de collecter des fonds. C’est pourquoi ils reprennent possession de leur corps, de leurs mots, et s’organisent pour protester et résister dans les centres. Je crois que ce sont les gens les plus courageux que j’aie rencontrés dans ma vie.» Propos recueillis par Sylvie Dauvillier Sara Creta LE PROGRAMME DU 9 au 15 octobre 2021 ARTE MAG N°41 7



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