Arte Magazine n°2021-22 29 mai 2021
Arte Magazine n°2021-22 29 mai 2021
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2021-22 de 29 mai 2021

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 1,9 Mo

  • Dans ce numéro : les héritières.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ARTE MAG N°22. LE PROGRAMME DU 29 MAI AU 4 JUIN 2021 8 Michael Cimino et Robert De Niro sur le tournage de Voyage au bout de l'enfer. 24/5 29/7 Sur la route avec Cimino Dans un beau documentaire, Jean-Baptiste Thoret * plonge dans la filmographie de Michael Cimino, cinéaste épique à la marge du Nouvel Hollywood, entre grands espaces américains, mélancolie et folle exigence. Entretien. Jean-Baptiste Thoret Comment avez-vous rencontré Michael Cimino ? Jean-Baptiste Thoret  : En 2009, les Cahiers du cinéma cherchaient à publier de longs portraits, à la manière de ceux du New Yorker. Je propose Michael Cimino, qui n’a pas tourné depuis quinze ans. Pour retrouver sa trace, j’entame des discussions avec sa muse et productrice JoannCarelli. Quelques mois plus tard, à l’issue d’un dîner à Los Angeles qui s’éternise, Cimino me dit  : « Si vous voulez comprendre mes films, il faut prendre la route. » Il organise un road-trip entre la Californie et le Colorado  : huit jours au cours desquels je l’enregistre sur dictaphone, en voiture ou dans les motels, la nuit – il est insomniaque. Je reviens avec près de quarante heures d’entretiens sur l’Amérique, ses films, les classiques. Ce contemporain du Nouvel Hollywood estimait que son cinéma conversait avec Ford, Vidor, Lean ou Visconti, qu’il adorait. Que vouliez-vous montrer avec ce documentaire ? Quelques années après la disparition de Cimino, en 2016, je suis parti de cette matière sonore et j’ai repris la route, en écho à ce rapport fantasmé que luimême entretenait avec son pays  : cette poursuite d’un mirage qui fait la beauté de son cinéma. Je voulais réaliser un film de fantômes, en revisitant ses lieux de tournage dont ceux, quarante ans après, de Voyage au bout de l’enfer dans l’Ohio et la petite ville sidérurgique de Mingo Junction, hantés par sa présence. J’ai rencontré d’anciens figurants, de la séquence du mariage notamment, ces gens dont Michael Cimino ne cessait de me répéter l’importance et auxquels on s’attache dans son cinéma, comme dans des films de famille. J’ai aussi donné la parole à ceux qui, comme Oliver Stone, tempèrent ma vision. Je ne pensais pas faire le tour du personnage mais partir à sa recherche, en sachant qu’à la fin il allait m’échapper. Lundi 31 mai à 20.55 Film Le canardeur Suivi à 22.45 du documentaire Michael Cimino, God Bless America Lire pages 15-16 Comment définiriez-vous son cinéma ? C’est un cinéma de l’entre-deux, l’Amérique et la vieille Europe, le passé et le présent... L’anachronisme lui donne sa dimension élégiaque et mélancolique. Dès son premier film Le canardeur en 1974, il va chercher Clint Eastwood, ignoré à l’époque, et lui fait dire cette phrase − « Tu arrives dix ans trop tard » − qui résonne comme un manifeste. D’un perfectionnisme fou, Cimino n’est pas un cinéaste de son temps. Gouffre financier et symbolique, le chef-d’œuvre La porte du paradis (1980), l’un des derniers films hollywoodiens d’une telle ampleur, clôt une époque et il en paie le prix. L’autre question qui traverse son œuvre, c’est le peuple américain, cet ensemble de communautés regroupées autour de la bannière étoilée  : comment, après des crises successives − droits civiques, guerre du Viêtnam… −, on refonde l’Amérique. Pourquoi a-t-il été écarté du système hollywoodien ? Il le dit lui-même  : le système l’a autant écarté qu’il s’en est éloigné au nom de sa radicalité. Oublieux des questions matérielles, Cimino ne sait pas faire de concessions. Mais en sept films − sans compter ceux qu’il avait en tête, d’un western en langue sioux à une adaptation de La condition humaine de Malraux −, il a marqué l’histoire du cinéma. Aujourd’hui, nombre de réalisateurs se réclament de lui, de ce souffle à joindre l’intime au collectif, le home movie à la fresque, la petite à la grande histoire. Propos recueillis par Sylvie Dauvillier * Jean-Baptiste Thoret est l’auteur de Michael Cimino – Les voix perdues de l’Amérique (Flammarion, 2013). UNITED ARTISTS/GETTY IMAGES
EL PAMPERO CINE, UNIVERSIDAD DEL CINE Bouquet final Au commencement étaient les femmes. Quatre comédiennes, Elisa Carricajo, Valeria Correa, Pilar Gamboa et Laura Paredes, fondatrices d’une troupe créée à leur mesure il y a seize ans, La piel de lava (« La peau de lave ») , où elles échangent fréquemment les rôles. Quatre corps fondus en un qui subjuguent, un soir de 2006 à Buenos Aires, le réalisateur Mariano Llinás. De cette rencontre va naître une ambition démesurée  : celle d’un film-monstre au tempérament féministe, dynamitant les conventions et les standards les plus extrêmes, des six heures trente des Mille et une nuits de Miguel Gomes aux neuf heures d’À l’ouest des rails de Wang Bing. Avec l’inconscience d’un fou et d’un poète, le cinéaste argentin a ainsi élaboré un délirant programme narratif se déployant comme la fleur de son titre original, donnant une large palette de rôles à quatre comédiennes inconnues, dont les multiples personnages prennent plaisir à faire dérailler des machines bien huilées. Un programme expliqué avec une pédagogie loufoque par son créateur lui-même dans le prologue de son odyssée. Sorti en salles en 2018, découpé en quatre parties, La flor regroupe en fait six histoires  : quatre avec un début mais pas de fin, constituant les pétales, une cinquième au centre, comme un court métrage, représentant le pistil, et une sixième, dépourvue de commencement, faisant office de tige. Comme l’explique le réalisateur, « le premier épisode est une série B, comme les Américains avaient l’habitude d’en produire. Le deuxième est un mélodrame musical avec une pointe de mystère. Le troisième est un film d’espionnage. Le quatrième, une mise en abîme du cinéma. Le cinquième revisite un vieux film français. Le sixième parle de femmes captives au XIX e siècle ». N’en jetez plus ! Inutile de chercher la logique dans cet assemblage inédit, « un objet magique comme une nouvelle de Jorge Luis Borges », tel que l’ambitionne Llinas. LA SENSUALITÉ DU MONDE Loin de se limiter à un exercice de style roublard, La flor découle d’une vision farouchement indépendante et égalitaire du septième art. Réalisé sur une décennie dans une anarchie contrôlée, I De mémoire de cinéphiles, on n’avait jamais vu ça  : un film fou, fragmenté en six histoires indépendantes, reliées par quatre actrices, sur une durée de près de quatorze heures ! Retour sur La flor, phénomène expérimental argentin sorti en salles en 2018 et disponible sur arte.tv. le film s’est passé de producteur et s’est reposé sur une équipe constituée en coopérative. Sa singularité se poursuit jusqu’au générique final  : long de près de quarante minutes (normal pour une œuvre de treize heures trente-deux), il déroule les noms des collaborateurs en renversant l’image et en faisant apparaître l’équipe de tournage, guidé par le temps réel d’un lent crépuscule estival. Il accompagne ainsi délicatement le spectateur vers la sortie, au rythme d’une fleur qui referme ses pétales à mesure que le soleil disparaît, achevant de faire de ce film-gigogne une expérience en lien avec la sensualité du monde. Augustin Faure La flor (1-4) En ligne sur arte.tv 30/9 ARTE MAG N°22. LE PROGRAMME DU 29 MAI AU 4 JUIN 2021 9



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