Arte Magazine n°2021-12 20 mar 2021
Arte Magazine n°2021-12 20 mar 2021
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2021-12 de 20 mar 2021

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,2 Mo

  • Dans ce numéro : les damnés de la Commune.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ARTE MAG N°12. LE PROGRAMME DU 20 AU 26 MARS 2021 8 Alors que le coup d’État militaire du 1er février ébranle à nouveau le Myanmar, retour avec Barbet Schroeder sur son film Le vénérable W., portrait d’un moine ultranationaliste prêchant la haine des musulmans. Mercredi 24 mars à 22.55 Documentaire Le vénérable W. Lire page 21 5/2 30/3 Barbet Schroeder Le bien, le mal et le cinéaste Le moine Wirathu, votre « vénérable W. », joue-t-il un rôle aujourd’hui dans les événements au Myanmar ? Barbet Schroeder  : Je suis certain qu’il est l’allié des militaires, mais personne n’a réussi à le prouver. Cinq jours avant les élections générales du 8 novembre dernier, il s’est subitement constitué prisonnier, alors qu’il se cachait depuis un an en raison d’un mandat d’arrêt émis contre lui. Pourquoi ? Cela reste obscur. Quant au général Min Aung Hlaing, humilié par son score ridicule de moins de 10% des voix, il n’a pas imaginé meilleure solution qu’un coup d’État. Ce qui me fascine, entre autres, c’est qu’une certaine naïveté caractérise les deux principaux acteurs du drame  : alors que le général s’est persuadé qu’il saurait manipuler les électeurs, Aung San Suu Kyi a cru pouvoir le manipuler, lui. Quatre ans avant les manifestations monstres pour la démocratie, vous filmiez des foules reprenant des slogans haineux… Il ne s’agit pas des mêmes, mais je n’ai pas d’illusion sur le fait qu’une majorité de Birmans considèrent, au mieux, que les Rohingya constituent des éléments étrangers à la nation, au pire, que les crimes perpétrés contre eux étaient justifiés. C’est d’ailleurs pourquoi Aung San Suu Kyi, quand les massacres à grande échelle ont commencé, en 2017, a jugé que les dénoncer signerait son arrêt de mort politique. Elle a sacrifié son image internationale en s’employant à nier l’évidence. Avec Wirathu se clôt votre « trilogie du mal ». En avez-vous fini avec le sujet ? Le point commun entre ces trois films [avec Général Idi Amin Dada  : autoportrait, 1974, et L’avocat de la terreur, 2007, consacré à Jacques Vergès, NDLR], c’est l’extrême intelligence et la complexité de ceux qui en sont les héros, et leur jouissance du pouvoir. J’ai tendance à considérer, d’ailleurs, que n’importe quel pouvoir constitue déjà le début du mal. Que ce soit une trilogie relève en partie du hasard. Si j’avais pu réaliser tous les documentaires que j’avais en projet, j’aurais ajouté quelques personnages maléfiques à ma liste, dont Isabelita Perón et l’ensemble des chefs khmers rouges. La seule certitude, c’est que je n’ai aucune intention d’entamer une trilogie du bien. Qu’éprouviez-vous, en filmant Wirathu ? En tant que cinéaste, je ne suis pas là pour juger, je cherche avant tout à saisir la vérité d’un individu. Au départ, je voulais comprendre comment le bouddhisme, cette religion qui prône l’amour et le respect de tous les êtres, avait pu donner naissance à ce commerce de haine. Avec Wirathu, je me suis retrouvé face à un phénomène devenu mondial  : le nouveau populisme, incarné aussi par Trump et ses millions d’électeurs. La xénophobie et le nationalisme, alliés au mensonge, se répandent partout. Qui aurait cru, il y a encore une décennie, que l’ignorance et la désinformation feraient de tels progrès ? Cela me fait peur, oui, mais je dois dire aussi que cela suscite ma curiosité. Propos recueillis par Irène Berelowitch LES FILMS DU LOSANGE ; WIKIMEDIA COMMONS
SRF/SAVA HLAVACEK ; NADJA KLIER À travers la chronique d’une famille suisse en 1945, Le prix de la paix revient sur une période méconnue.S’appuyant sur de solides recherches, la scénariste Petra Volpe (réalisatrice des conquérantes, nommé aux Oscars en 2018) en dévoile toute la complexité, grâce à des personnages puissants et nuancés. La bourse ou la vie Jeudi 25 mars à 20.55 Série Le prix de la paix Lire page 22 18/3 30/4 Petra Volpe Le prix de la paix lève le voile sur une période trouble. À quel point cette réalité est-elle connue en Suisse ? Petra Volpe  : L’attitude de la Suisse pendant la Seconde Guerre mondiale a fait l’objet de beaucoup de recherches et de débats. En revanche, on ne parle quasiment pas de ce qui s’est passé après. Quand j’ai commencé à m’y intéresser, j’ai réalisé que je ne savais rien de cette « année zéro »... Or il s’agit d’un moment crucial, car l’Europe se retrouve face à la problématique de sa reconstruction. Comment les gens se sont-ils comportés au cours de cette période ? Cette question m’a passionnée, et j’ai été choquée de découvrir comment les rescapés des camps de concentration avaient été accueillis, et à quel point, pour le gouvernement et les industriels, la priorité n’avait pas changé  : faire du profit. Comment avez-vous mené vos recherches avant de les transformer en fiction ? J’ai notamment bénéficié de toute la documentation établie par le rapport Bergier, commandé en 1996 par le gouvernement suisse, lorsque des Juifs spoliés pendant la guerre ont demandé à récupérer leurs biens. Cela a constitué ma source principale. J’ai alors été frappée par un parallèle effrayant  : le fait que la Suisse se soit présentée comme une terre d’asile pour les survivants des camps, tout en accueillant, dans le secret, des criminels de guerre en fuite. L’hôtel de Zurich dont il est question dans la série est inspiré d’un hôtel réel où étaient hébergés, au même moment, des Juifs et des nazis. Au début, je voulais écrire un film pour le cinéma, mais face à l’ampleur du sujet, j’ai choisi d’orienter l’histoire vers le format de la série, ce qui a été très libérateur. Une équipe d’historiens m’a aidée à garder le juste équilibre entre la véracité historique et la nécessaire dramatisation des faits. À travers les trois personnages principaux, la série dresse aussi le portrait d’une jeune génération. Pourquoi cet angle ? Klara, Johannet Egon appartiennent à une génération émergente qui voit la fin de la guerre comme un nouveau départ. Cependant, malgré leur volonté d’avancer, ils vont comprendre qu’ils ne peuvent pas se défaire du passé. C’est une histoire universelle  : celle du conflit entre le profit et le respect de la vie humaine, et nous n’en sommes toujours pas sortis. Il suffit de regarder comment sont considérés actuellement les réfugiés de guerre. Les jeunes protagonistes du Prix de la paix ne sont donc pas très différents de ceux d’aujourd’hui, confrontés aux mêmes dilemmes et aux mêmes défis face à l’avenir. Propos recueillis par Jonathan Lennuyeux-Comnène ARTE MAG N°12. LE PROGRAMME DU 20 AU 26 MARS 2021 9



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