Arte Magazine n°2020-35 22 aoû 2020
Arte Magazine n°2020-35 22 aoû 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2020-35 de 22 aoû 2020

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 1,9 Mo

  • Dans ce numéro : Meryl Streep.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ARTE MAG N°35. LE PROGRAMME DU 22 AU 28 AOÛT 2020 8 IGNORANCE 17 » FEAR SILENCE =DEA AIPS ACTup Un vibrant portrait retrace la vie mouvementée de Keith Haring, figure du street art des années 1980 qui a porté de nombreux messages politiques à travers ses œuvres colorées. Retour sur ses combats majeurs. Vendredi 28 août à 22.25 Documentaire Keith Haring Street Art Boy Lire page 25 26/9 Keith Haring « Artiviste » Petits bonshommes rayonnants, bébés rampants, chiens hurlants  : les personnages « cartoonesques » de Keith Haring (1958-1990) irriguent l’imaginaire collectif. Décédé à 31 ans, des suites du sida, cette icône du street art – racontée dans un réjouissant documentaire de Ben Anthony, a créé plus de 10 000 œuvres. Une frénésie mise autant au service de son art qu’à celui du militantisme. Lorsqu’il débarque en 1978 de sa Pennsylvanie natale pour étudier le dessin à New York, le jeune homme de 20 ans, lunettes rondes et visage enfantin, placarde dans la rue des collages parodiques réalisés à partir de coupures de journaux. Il s’inspire de la technique du « cut-up » de l’écrivain William S. Burroughs, qui consiste à découper des titres de journaux pour les assembler en messages politiques cryptiques mais invariablement hostiles au pouvoir. SUR TOUS LES FRONTS Par la suite, il crée des affiches qu’il distribue dans les manifestations. « Ma contribution au monde est ma capacité à dessiner », écrit l’artiste dans son journal, le 18 mars 1982. Cette année-là, il fait imprimer 20 000 posters en vue d’un rassemblement contre le nucléaire. Racisme, apartheid, homophobie, drogue, capitalisme à outrance  : ses combats reflètent les maux de son époque, et s’affichent sur les espaces publicitaires du métro new-yorkais, les façades d’entrepôts délabrés ou sous forme de toiles. La fresque monumentale Michael Stewart – USA for Africa (1985), hommage au graffeur afroaméricain tué en septembre 1983 par des policiers, dénonce les violences raciales. Réalisée quand il apprend l’acquittement des agents mis en cause, en 1985, elle représente Michael Stewart en martyr, étranglé par des mains blanches et menacé par une « main-dollar » verte, symbole de la corruption. Le militantisme de Keith Haring est aussi marqué par les années passées au sein de l’association Act Up où il s’engage pour défendre les droits des homosexuels et communiquer autour du sida, maladie qui lui est diagnostiquée en 1988. Sur son poster iconique Ignorance = Fear, Silence = Death, le graffeur s’insurge contre l’inaction des politiques face à l’épidémie. Un an avant sa mort, en 1989, Keith Haring crée sa fondation (qui fournit toujours de l’aide financière aux enfants dans le besoin, ainsi qu’aux personnes atteintes du VIH) et une dernière fresque  : Once Upon a Time, dans les toilettes hommes du Center West Village à New York. Une incroyable scène orgiaque gay qui célèbre la soif de vivre de cet infatigable créateur. Hélène Porret KEITH HARING FOUNDATION
BUNDESARCHIV Terreur de nuit Le 30 juin 1934, Hitler élimine des dirigeants nazis de la SA. Interviewé dans le documentaire de Marie-Pierre Camus et Gérard Puechmorel, l’historien du nazisme Christian Ingrao revient ici sur cette Nuit des longs couteaux, qui permit au Führer d’asseoir son pouvoir. Mardi 25 août à 20.50 Documentaire La Nuit des longs couteaux Lire page 18 M 18/8 23/10 Dans quel contexte surgit la Nuit des longs couteaux ? Christian Ingrao  : Hitler est chancelier depuis un an et demi. Les nazis ont détruit les institutions de la République de Weimar. Pourtant, il subsiste des contre-pouvoirs qui le remettent en cause. La grogne vient à la fois des milieux économiques, de la droite conservatrice et des militaires, tous unis contre le fauteur de troubles le plus « remuant »  : la SA, l’organisation paramilitaire nazie qui a participé à la conquête du pouvoir. Elle compte en effet dix fois plus de membres que l’armée et noyaute la police. Son chef, Ernst Röhm, le vieil ami du Führer, celui des premiers combats, est parfaitement intégré au leadership nazi. Mais lui et ses troupes aspirent à une « seconde révolution sociale », qui prolongerait la fraternité des tranchées, avec l’idée de nationaliser les moyens de production, ce qui inquiète la bourgeoisie. Ils incarnent un courant idéologique du nationalsocialisme. Mais les alliés d’Hitler vont se liguer contre eux. Hitler finit donc par se résoudre à sacrifier les SA… Pas seulement ! D’un côté, c’est une purge, avec l’élimination de Röhm et de l’état-major de la SA. De l’autre, Hitler ordonne des meurtres ciblés visant des figures de la droite nationaliste, l’entourage du vice-chancelier conservateur von Papen, le chef de l’Action catholique, le militaire von Schleicher, son prédécesseur au poste de chancelier. Il envoie un message d’intimidation. En quoi cette opération criminelle d’État est-elle un tournant ? Désormais, il n’est plus question de révolution sociale. Le message est clair  : aucun poste ne met à l’abri d’une balle. Balloté par les événements, soumis à des pressions contradictoires, Hitler utilise une palette d’outils – arrestations, assassinats, intimidations, propagande – pour régler une série de problèmes d’une traite. Mais juste après le bâton viendra la carotte. Après avoir intimidé l’armée et le patronat, il lance les politiques de réarmement qui vont les contenter. La forme de la violence va également changer. Oui. Le 30 juin 1934 marque un point de transition. Avant, les SA avaient mis en place une myriade de « microcamps » de concentration, installés dans des caves de bistrots. Ils y torturaient et massacraient leurs opposants. La violence était partout, visible, démonstrative. Après la Nuit des longs couteaux, les SS vont remplacer ces petits camps par de plus grands suivant un modèle identique – celui de Dachau – et supervisés par une administration centrale. On passe d’une violence diffusée topographiquement et dans le corps social à une violence concentrée spatialement et invisible. Propos recueillis par Raphaël Badache ARTE MAG N°35. LE PROGRAMME DU 22 AU 28 AOÛT 2020 9



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