Arte Magazine n°2019-35 24 aoû 2019
Arte Magazine n°2019-35 24 aoû 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2019-35 de 24 aoû 2019

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2 Mo

  • Dans ce numéro : Corleone.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ARTE MAG N°35. LE PROGRAMME DU 24 AU 30 AOÛT 2019 6 Totò Riina jeune homme, puis à 33 ans et 62 ans. Dans un documentaire magistral, fondé notamment sur le témoignage de « repentis », Mosco Levi Boucault retrace l’histoire sanglante du « parrain des parrains » de Sicile, Totò Riina, mort en prison en 2017. Entretien. Mardi 27 août à 20.50 Documentaire Corleone, le parrain des parrains (1 & 2) Lire page 18 En ligne jusqu’au 25 octobre 2019 Des « Terroristes » à la retraite (1983) à Corleone (2019), y a-t-il un fil rouge qui relie vos films les uns aux autres ? Mosco Levi Boucault  : Il n’y a rien de commun entre les résistants de mes premiers films, les protagonistes, criminels comme policiers, de la série Enquêtes de police, les rebelles des Brigades rouges et la horde sanguinaire des « Corleonais », sinon ce passage de frontière qui conduit un être humain à tuer. J’aime les sujets qui « brûlent ». C’est pourquoi, peut-être, suis-je attiré par cette frontière. Mais je n’y vois rien de romantique. En l’occurrence, j’ai voulu au contraire montrer combien Totò Riina, le capo dei capi, le parrain des parrains, était dépourvu de grandeur. À l’opposé du mythe de l’homme d’« honneur » dont se nourrit la Mafia, et qui fascine toujours, à Palerme, les gamins des quartiers populaires, il n’avait ni honneur, ni loyauté, ni courage – et encore moins celui d’assumer la responsabilité de ses actes. Un autre fil rouge, peut-être, serait la rage. C’est elle qui m’a donné envie d’enquêter sur Berlusconi, et Un « pur la façon dont il a corrompu son pays avec l’idée que tout s’achète. C’était ma rage contre la terreur stalinienne qui a inspiré ma trilogie Mémoires d’ex. Dans sa soif de pouvoir, Riina, avec une violence dont je ne mesurais pas l’ampleur au moment où j’ai entamé cette enquête, a lui aussi mis en place en Sicile, entre 1971 et 1992, un système de terreur. Qu’avez-vous appris de Riina durant ces cinq années d’enquête, puis de tournage ? Je n’ai pas cherché à comprendre Riina, mais à raconter son parcours aussi précisément que possible. C’est un tyran. Mais bien sûr, comme dans les tragédies de Shakespeare, ce tyran nous intéresse parce qu’il est homme. J’ai tout de suite pensé au personnage de Richard III de Shakespeare, d’où cet exergue  : « De la terre heureuse, tu as fait ton enfer. » Riina a tué et fait tuer des centaines de personnes. Comme le dit dans le film son ancien bras droit, Giovanni Brusca, aujourd’hui « repenti »  : « Il était diabolique, mais pas politique. Il manquait complètement de sens politique. C’était un pur ZEK & MINISTÈRE DE L'INTÉRIEUR ITALIEN
criminel » criminel. » Il a été le plus mauvais chef que Cosa Nostra ait eu. En déclenchant à Palerme, dans les années 1980, une véritable guerre, qui a fait plus de mille morts parmi les clans adverses, puis en s’en prenant sans aucune limite aux représentants de l’État, il a obligé les institutions à réagir. Avant 1986, date à laquelle s’ouvre le « maxiprocès », jamais la mafia n’avait été jugée en tant que telle devant un tribunal italien. Cette enquête a fait naître chez moi une admiration forte pour Giovanni Falcone et Paolo Borsellino, les juges qui ont réussi à faire condamner Riina à la perpétuité, et qui l’ont payé de leur vie en 1992. Grâce à eux, et à leurs collègues du pool antimafia, je pense que l’État et le droit ont gagné. Même si, après l’arrestation de Riina, en 1993, et l’arrivée de Berlusconi au pouvoir, deux ans après, l’arrêt des attentats a accrédité l’hypothèse d’un nouveau pacte entre ce dernier et la Mafia. Avez-vous cherché à comprendre les « repentis » que vous avez rencontrés ? J’ai cherché à les écouter sans a priori. Et le plus longuement possible. On m’avait accordé un jour avec Brusca, j’ai fini par en obtenir huit. C’est peutêtre ce souci de ne pas faire une interview, mais d’établir une relation qui les a conduits à se confier. Certains d’entre eux sont emprisonnés, d’autres vivent en liberté, mais tous ont des identités nouvelles, ce qui explique leur souci de se dissimuler, pour se couper de leur passé, pour éviter qu’il ne les rattrape à l’improviste. L’État italien les protège et leur accorde un subside en échange de leur collaboration pleine et entière avec la justice. Nos conversations m’ont permis d’approcher ce qu’on pourrait appeler en italien la mafiosita, c’est-à-dire le fait d’être un mafieux. Pour certains, y revenir a été douloureux. D’autres se sont construit une carapace de justification (« Si on ne tuait pas, on était tués ») , sans laquelle ils sont fichus, ils se suicident. Si ces hommes retournent dans la « chambre des morts », ils y restent. Propos recueillis par Irène Berelowitch ÉDITIONS Corleone paraît le 20 août chez ARTE Éditions. En partenariat avec 7ARTE MAG N°35. LE PROGRAMME DU 24 AU 30 AOÛT 2019



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