Arte Magazine n°2019-22 25 mai 2019
Arte Magazine n°2019-22 25 mai 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2019-22 de 25 mai 2019

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 1,8 Mo

  • Dans ce numéro : folles de joie.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ARTE MAG N°22. LE PROGRAMME DU 25 AU 31 MAI 2019 6 La lady et le guerrier Stars dans leur pays, l’Australie, Judy Davis et Aaron Pedersen, dont les itinéraires sont aux antipodes, composent pour la série Mystery Road, entre western et thriller, un duo de flics aussi dissemblable que bien assorti. Portraits. Jeudi 30 mai à 20.55 Série Mystery Road (1-3) Saison 1 Lire page 22 En replay jusqu’au 28 juin ÉDITIONS Coédité par L’Atelier d’Images et ARTE Éditions, le coffret DVD Mystery Road, comprenant la série et deux longs métrages, sort le 2 juillet. Judy Davis (Emma James) Grande dame de la scène et du cinéma, elle compose avec une forme de jubilation Emma James, la « shérif » de Mystery Road, femme à poigne mais douée d’empathie, aussi fière de ses ancêtres colons que soucieuse de réconciliation avec ceux qu’ils ont spoliés. Judy Davis, que l’on connaît mieux en élégante névrosée de salon new-yorkais grâce à son compagnonnage avec Woody Allen (Maris et femmes, en 1992, lui a offert l’un de ses grands rôles), prend un plaisir manifeste, la soixantaine venue, à sillonner le désert à cheval, flottant dans son uniforme trop grand. Formée au théâtre classique, celle qui est aujourd’hui l’une des plus grandes stars de l’Australie avec Nicole Kidman a entamé sa carrière internationale sous la direction de David Lean, dans La route des Indes (1984). Des frères Coen (Barton Fink) à Sofia Coppola (Marie-Antoinette) en passant par David Cronenberg (Le festin nu), sa longue filmographie ne l’a pas empêchée de remonter régulièrement sur les planches, parfois à la mise en scène, et souvent avec son mari, Colin Friels, autre acteur australien éminent qui, dans la série, incarne son frère. Aaron Pedersen (Jay Swan) En Australie, le gros succès critique et public du film d’Ivan Sen Mystery Road (2013), dont émane la série, a fait d’Aaron Pedersen, 48 ans, l’un des acteurs phares de sa génération. Avec sa présence magnétique et son jeu instinctif, capables de suggérer en même temps force et vulnérabilité, il a porté si haut son personnage de flic aborigène taiseux, suspect parmi les siens comme chez les Blancs, que l’inspecteur Jay Swan a repris du service deux fois. Après le film Goldstone (2017, non distribué en France), Ivan Sen a transmis le flambeau à la réalisatrice Rachel Perkins, autochtone comme lui et comme l’acteur, pour les six épisodes de Mystery Road. Une fois encore, la série ramène Swan, mi-outsider urbain, mi-cow-boy solitaire, dans les paysages grandioses de l’Outback, l’arrière-pays désertique, pour se confronter à l’histoire tourmentée de la minorité aborigène – environ 3% de la population aujourd’hui. « Pour un acteur, la vie est un bon professeur. » Rescapé d’une enfance errante, de foyer en famille d’accueil, venu à son métier par le journalisme télévisé, Aaron Pedersen a fait de ses fêlures sa meilleure arme. Celui qui, « cinq générations plus tôt, [aurait] été un guerrier heureux », dit aussi se sentir connecté en permanence à ses ancêtres arrernte et arabana, deux des peuples autochtones de l’Australie. « J’ai toujours senti ce monde de guerriers disparus derrière moi, avec moi *. » * Interview donnée au Guardian en août 2018. JOHN PLATT PHOTOGRAPHY/BUNYA PRODUCTIONS AND ALL3MEDIA INTERNATIONAL
JURI FEKLISTOW En 2000, un documentariste russe filme de l’intérieur l’accession de Vladimir Poutine à la présidence. Près de vingt ans plus tard, Vitaly Mansky, désormais exilé, remonte ses archives et livre la critique acerbe d’un aveuglement collectif dans un film récompensé au Fipadoc 2019. Mercredi 29 mai à 0.45 Documentaire Poutine, l’irrésistible ascension Lire page 21 En replay jusqu’au 27 juin Vladimir Poutine et Vitaly Mansky. Danse avec le loup « Je n’en ai pas honte, mais je me sens coupable. Parce que tous les films […] ne pouvaient exister indépendamment du système dont ils étaient issus. Ils ont donc renforcé le pouvoir de Poutine *. » Lorsqu’il évoque son documentaire réalisé en 2000 lors de la prise de pouvoir de l’ex-agent du KGB, Vitaly Mansky ne s’en cache pas  : il a servi le futur potentat dans son essor. À l’époque documentariste pour la télévision nationale russe, il se voit proposer par le successeur de Boris Eltsine de le filmer dans les coulisses de sa nouvelle vie politique. « J’ai ignoré les signaux, confie-t-il aujourd’hui. Il me semblait que les gens qui avaient choisi Poutine savaient ce qu’ils faisaient. Que d’une certaine façon, il s’agissait d’une bonne décision. J’ai aussi pensé qu’il fallait d’abord apprendre à le connaître pour pouvoir faire des prédictions. » Dans certaines séquences de son film apparaissent pourtant en creux le cynisme absolu et la détermination froide qui allaient par la suite caractériser le maître du Kremlin, alors quasiment inconnu. TRAJECTOIRES CROISÉES Presque deux décennies plus tard, Vitaly Mansky reprend le matériau de ses images et de ses archives inédites, change la perspective de son regard et livre, à l’aune de l’histoire de la Russie du début du XXI e siècle, un essai autocritique. Un film, deux parcours  : Poutine, l’irrésistible ascension se regarde tout autant comme le surgissement d’une bête politique que comme la métamorphose de celui qui en fut le témoin. Une prise de conscience qui, malgré les affres du conflit en Tchétchénie, a mis du temps à s’exprimer. « Quand la guerre a commencé en Ukraine [en 2014, NDLR], j’ai compris que j’étais obligé de raconter les événements auxquels j’avais participé en 2000. » Consterné depuis par la cécité dont a fait preuve son pays, Vitaly Mansky est aujourd’hui considéré comme un ennemi du peuple. Son documentaire a subi les foudres de la censure en Russie, restant invisible au cinéma ou dans les festivals. Des millions de ses compatriotes l’ont pourtant visionné grâce au téléchargement illégal et aux réseaux pirates. « Le film a forcé de nombreux individus impliqués dans les agissements de l’époque à s’exprimer. Encourager la société à analyser ces événements qui constituent un fardeau si lourd, c’est son principal succès », conclut celui qui, depuis, s’est exilé en Lettonie. Pascal Mouneyres * Toutes les citations de Vitaly Mansky sont issues d’une interview réalisée par Alexej Hock pour la version allemande d’ARTE Magazine. 7ARTE MAG N°22. LE PROGRAMME DU 25 AU 31 MAI 2019



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