Arte Magazine n°2019-21 18 mai 2019
Arte Magazine n°2019-21 18 mai 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2019-21 de 18 mai 2019

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,0 Mo

  • Dans ce numéro : star à part.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ARTE MAG N°21. LE PROGRAMME DU 18 AU 24 MAI 2019 6 ARTE revient sur la fascination des avant-gardes artistiques du XX e siècle pour l’art paléolithique, en marge de l’exposition « Préhistoire, une énigme moderne », qui s’ouvre au Centre Pompidou. Éclairage avec Rémi Labrusse*, l’un de ses commissaires. La beauté du geste À quand remonte l’intérêt pour l’art paléolithique ? Rémi Labrusse  : En ce qui concerne les artistes, cet intérêt se manifeste au début du XX e siècle, lorsque des grottes ornées ont été reconnues, principalement sur la façade atlantique de l’Europe, du Périgord jusqu’en Espagne. En 1879, les bisons de la caverne d’Altamira avaient déjà été mis au jour, mais leur authenticité n’était pas avérée. Il a fallu attendre 1901, et la découverte entre-temps de nombreuses autres grottes, pour que le doute soit levé. Bien qu’il soit alors impossible de dater précisément les œuvres, on devinait qu’elles remontaient à des centaines de siècles. Désormais, l’évocation de la préhistoire par la presse allait passer avant tout par l’art et non plus par un homme de Cro-Magnon caricaturé par un imaginaire un peu primitiviste. Quel impact cela a-t-il eu sur les milieux de l’art ? Au début du fauvisme, Matisse et Derain s’inspirent très probablement des reproductions diffusées dans la presse ou dans les livres pour modifier leurs représentations des formes humaines et animales. En observant le bestiaire et les figurines féminines, les deux thèmes principaux des grottes ornées, ils ressentent une énergie de la ligne, apparentée pour eux à une force vitale que la civilisation moderne, techno-industrielle, semble avoir perdue. En dépassant le clivage abstraction/figuration, principale division de l’art moderne au début du XX e siècle, l’art paléolithique, qui mélange abstraction, réalisme et imaginaire, encourage une esthétique du geste. Certains, dans une approche plus intellectuelle, cherchent avant tout à rompre avec les traditions de la Renaissance en remontant à quelque chose de plus profond, aux origines de l’art. Quels sont les autres artistes majeurs que ces découvertes influencent ? Picasso est à ce point fasciné par la Vénus de Lespugue, statuette de femme découverte en 1922, qu’il en acquiert deux moulages. Il en aime la simplicité, la franchise du geste. Avec ses seins et ses fesses surdimensionnés, elle représente aussi une remise en cause radicale des canons érotiques traditionnels de l’art occidental. Parallèlement, avec le photographe Brassaï qui, au début des années 1930, immortalise des graffitis sur les murs de la région parisienne, les tracés et les empreintes, comme on peut en voir dans les grottes, acquièrent une grande valeur esthétique pour les avant-gardes. Joan Miró pose par exemple sa main sur sa toile. En 1935, le peintre Nicolas de Staël est l’un des premiers à se rendre à Altamira. Il est touché ZENTRUM PAUL KLEE
AMI DRACH AND DOV GANCHROW/CENTRE POMPIDOU, MNAM/CCI, PHOTO  : AUDREY LAURANS/RMN par la matérialité des bisons sur la roche et le désir lui vient de transformer sa toile en une espèce de paroi maçonnée de peinture. Comment les artistes vivent-ils la découverte de Lascaux en 1940 ? Pour eux, c’est un choc énorme. Ils ont d’abord accès aux reproductions dans des magazines. En 1948, lorsque la grotte est ouverte au public, elle devient un haut lieu visité par des artistes du monde entier. Le peintre Miquel Barceló estime que l’art paléolithique a atteint la perfection absolue, à laquelle a succédé une longue décadence… Il est en cela l’héritier d’une tradition puisque Miró, lui aussi espagnol, avait dit la même chose dès 1928. Picasso et Giacometti partagent cette opinion. Pour eux, l’enjeu est de donner sens au présent, mais sur un mode nouveau. Nouveau, et non pas meilleur, puisqu’il n’y a pas de notion de progrès de l’art. L’art paléolithique continue-t-il d’inspirer les artistes contemporains ? Plus que jamais. Ils s’appuient sur lui comme une référence pour revitaliser l’environnement quotidien. Chez Barceló, c’est une démarche très physique, en ce sens qu’il donne le sentiment de la terre et du matériau. Chez d’autres, comme le plasticien suisse Thomas Hirschhorn, elle est politiquement militante. En créant des grottes mobiles comme Lascaux III ou Cavemanman avec des cartons et de l’adhésif, il tente d’inventer à partir des ruines. Par ailleurs, la grotte Chauvet, découverte en 1994 et datée de - 36 000 ans, est devenue un moteur de la création contemporaine. Elle accueille à son tour des artistes du monde entier. Ils ont souvent raconté leur visite, comme Giuseppe Penone, qui conclut l’exposition au Centre Pompidou. Propos recueillis par Laure Naimski * Rémi Labrusse est professeur d’histoire de l’art contemporain à l’université Paris-Nanterre et auteur du livre Préhistoire, l’envers du temps, à paraître chez Hazan le 2 mai 2019. Dimanche 19 mai à 17.35 ARTE est partenaire de l’exposition « Préhistoire, une énigme moderne », qui se tient du 8 mai au 16 septembre au Centre Pompidou, à Paris. Documentaire 36 000 ans d’art moderne, de Chauvet à Picasso Lire page 13 En ligne du 12 au 25 mai 7ARTE MAG N°21. LE PROGRAMME DU 18 AU 24 MAI 2019



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