Arte Magazine n°2019-17 20 avr 2019
Arte Magazine n°2019-17 20 avr 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2019-17 de 20 avr 2019

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,7 Mo

  • Dans ce numéro : libre Colette.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ARTE MAG N°17. LE PROGRAMME DU 20 AU 26 AVRIL 2019 6 Monstre sacré de la littérature française, Colette a savamment utilisé dans ses romans l’art du faux-semblant pour entretenir un mythe aux accents de scandale. Colette, double je Lundi 22 avril à 20.55 et 22.20 Film Chéri Suivi du documentaire Colette, l’insoumise Lire page 16 En replay jusqu’au 29 avril Cinquante ans avant l’apparition du terme et de sa définition comme nouveau genre littéraire, elle aura sans le savoir inventé l’autofiction. Écrivaine majeure de la première moitié du XX e siècle, Sidonie-Gabrielle Colette se distingue d’emblée par son exploration de la jouissance féminine, par son art du détail et de la sensation mais aussi par celui, subtilement dosé, du « mentir-vrai ». Dans l’ensemble de son œuvre, Colette tout court ne cesse de brouiller les pistes. A-t-elle vécu ce qu’elle décrit avec tant d’acuité ou réinvente-t-elle son existence ? Selon les époques, elle change d’approche, magnifiant parfois ses souvenirs, revisitant son enfance dont elle fait un âge d’or, sur lequel la figure de sa mère Sido règne en grande prêtresse. Plus son récit a l’air vrai, plus elle prend en fait des libertés avec la réalité. « Imaginez-vous à me lire que je fais mon portrait ? Patience, c’est seulement mon modèle », écrit-elle dans La naissance du jour, en 1928. « La force du souhait » La littérature donne à Colette la possibilité d’une seconde vie. À ses débuts, la jeune Bourguignonne de 20 ans, fraîchement mariée avec un journaliste parisien, s’affranchit par l’écriture. Dans la célèbre série des Claudine, elle fait vivre à ses personnages féminins, notamment son héroïne, des expériences qu’elle n’ose pas encore rêver. Amours multiples, aventures homosexuelles, divorce – avant le sien, réel, en 1906…  : elle façonne son destin en l’imaginant. « Toute ma vie, j’ai cru à la force du souhait, écritelle. On découvrira sans doute que le désir est une matière tangible. Tout ce qu’on écrit finit par devenir vrai. » Elle le sait aussi, c’est parce que sa Claudine est scandaleuse qu’elle a du succès. Assoiffée de reconnaissance, Colette le devient à son tour, dépassant la fiction pour forger sa propre légende. Dans le Paris de la Belle Époque, elle s’aventure du côté du music-hall et des cercles lesbiens. En 1907, elle embrasse goulûment sur la scène du Moulin Rouge la nièce de Napoléon III, son amante à la ville, provoquant l’interdiction du spectacle. Dans ses romans, Colette met désormais en scène les tumultes de sa vie  : « J’ai devant moi, de l’autre côté du miroir, dans la mystérieuse chambre des reflets, l’image d’une femme de lettres qui a mal tourné », écrit-elle en 1910 dans La vagabonde, sélectionné au prix Goncourt. Quelques années plus tard, c’est dans Chéri (1920) que l’écrivaine pousse le plus loin ce troublant écho entre fiction et autobiographie. Elle y raconte les amours subversives d’une femme mûre avec un jeune homme, relation qu’elle vivra cinq ans plus tard avec son beau-fils Bertrand, âgé de 16 ans. Les plus belles années de sa vie dans une écriture érigée en art de la prémonition. Laetitia Moller LIMOT/RUE DES ARCHIVES
1960 STUDIOCANAL/CASA AZUL FILMS/ECRAN NOIR PRODUCTIONS Jean-Luc Godard Révolution(s) du cinéma D’À bout de souffle au Livre d’image  : la diffusion le même soir des premier et dernier longs métrages de Jean-Luc Godard dessine en creux le chemin qui les relie, comme une boucle déroulée sur soixante ans, à coups de décrochages et de ruptures. « À chaque fois, il y avait quand même ce besoin, pour Jean-Luc, de faire quelque chose de très différent des autres, tout le temps, sans arrêt. C’était son grand système », a dit de lui le chefopérateur Raoul Coutard. Jean-Luc Godard, 88 ans, n’a peut-être pas encore dit son dernier mot de cinéma, mais il ne fait pas de doute que son œuvre achevée ressemblera, dans sa globalité, à bon nombre de ses films. Elle apparaîtra comme une matière non linéaire, heurtée, hétérogène, en constant mouvement, faisant de la rupture à toutes les échelles son principal moteur. Une longue bande résolument à part, déroulée à coups d’écarts et de bonds en avant, qui aura fini par forger son propre système de projection pour continuer à se faire voir et entendre, fût-ce depuis l’exil… SOIXANTE ANS DE FAUX RACCORDS Le dernier film en date du sorcier suisse, Le livre d’image – Palme d’or spéciale à Cannes en 2018 –, propose au spectateur une nouvelle expérience jusqu’au-boutiste. Elle prend la forme d’un maelström d’images et de sons en tous genres, entrecoupés de noirs et de silences, qui pousse dans ses derniers retranchements une écriture que Godard avait déjà expérimentée dans Histoire(s) du cinéma. À la fois déroutant et hypnotisant, le film s’achève par un appel  : « Il doit y avoir une révolution. » De la part du réalisateur de La Chinoise, c’est assurément une profession de foi. En jeune homme ou en artiste, il a été, dès ses débuts, de ceux qui s’affirment par la scission  : avec les autres, puis, le succès venant, avec lui-même, mû par la nécessité de toujours tout remettre à plat. Ainsi, alors qu’avec ses compères des Cahiers du cinéma il avait inventé la notion d’auteur, il a finalement cherché à l’abolir complètement, aspirant à disparaître derrière des images d’appartenance collective. Tous ces repères dont, en bons spectateurs avides d’illusion, nous ne pouvons pas nous défaire (récit, genres, personnages, acteurs, identification), il les aura interrogés, détournés, ignorés à travers ses expérimentations  : improvisation, faux raccords, cinétracts, vidéo amateur avant l’heure, commandes détournées, installations... Au fil de ses révolutions successives, il fut selon les moments malicieux, arrogant, sentencieux… et probablement toujours redoutable, pour reprendre le titre du récent film de Michel Hazanavicius. De fait, rares sont ceux qui l’ont suivi au bout de ces sentiers accidentés. Son grand « livre d’images » n’aurait su exister autrement, et il nous appartient aujourd’hui d’en composer le sens. Jonathan Lennuyeux-Comnène Mercredi 24 avril à 20.55 et à 22.25 Films À bout de souffle suivi de Le livre d’image Lire pages 20 et 21 En replay jusqu’au 22 juin 2019 Disponible dès le 17 avril sur arte.tv 7ARTE MAG N°17. LE PROGRAMME DU 20 AU 26 AVRIL 2019



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