Arte Magazine n°2019-09 23 fév 2019
Arte Magazine n°2019-09 23 fév 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2019-09 de 23 fév 2019

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2 Mo

  • Dans ce numéro : agents troubles.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ARTE MAG N°9. LE PROGRAMME DU 23 FÉVRIER AU 1 ER MARS 2019 6 Dans la minisérie Thanksgiving, avec Grégoire Colin et Évelyne Brochu, Nicolas Saada (Espion(s), Taj Mahal) affirme à nouveau son talent pour le mystère et le suspense, mêlant fiction de genre et approche intimiste. Entretien. Nicolas Saada La mélodie du secret Jeudi 28 février à 20.55 Minisérie Thanksgiving (1-3) Lire page 22 En replay jusqu’au 30 mars Comme dans Espion(s), votre premier long métrage, vous abordez le thème du couple sur fond de récit d’espionnage. Qu’est-ce qui vous intéresse dans cette association ? Nicolas Saada  : Pour moi, le récit d’espionnage est une métaphore de l’intime. Je crois qu’on ne connaît jamais vraiment les gens avec qui on vit. Même lorsqu’on partage une longue histoire, il reste une dose de secret, liée à la solitude de chacun. Aujourd’hui, il me semble que l’espionnage à la télévision repose soit sur le spectaculaire, comme dans les séries américaines, soit sur une approche très documentée comme dans Le bureau des légendes, qui sont remarquables dans leurs genres respectifs. Je voulais revenir à l’esprit des romans de John Le Carré. Ce que j’aime dans l’espionnage, c’est qu’il permet de créer du suspense, de l’inquiétude, avec une grande économie de moyens. Mes références principales étaient la série de la BBC La taupe et le film de Bergman Scènes de la vie conjugale. Avec la scénariste Anne- Louise Trividic, nous avons voulu explorer le thème du couple en créant un sentiment de danger, l’enjeu étant celui d’une histoire d’amour qui doit se réinventer. Étiez-vous familier du monde de la cybersécurité ? Quand je commence un nouveau projet, ma démarche consiste à m’imprégner le plus possible des éléments techniques du sujet, pour avoir ensuite la liberté de m’en détacher. Je me suis donc beaucoup documenté de sorte à rendre cet univers crédible, mais ce n’est qu’un arrière-plan  : le sujet de la série n’est pas l’espionnage industriel, mais le couple. Je suis un ferme opposant à la théorie du complot, et j’avais à cœur de ramener l’idée de la conspiration à quelque chose d’humain. L’intrigue de Thanksgiving n’est pas déclenchée par des machinations orchestrées dans des univers parallèles, mais par des mauvaises décisions prises par des individus. La série plonge le spectateur dans une atmosphère très stylisée. Quel effet cherchez-vous à obtenir ? C’était une dimension très importante. Cette série est centrée sur le motif du secret  : nous avons donc cherché des idées visuelles et sonores qui puissent rendre compte de l’état intérieur des personnages et faire écho aux différentes étapes dramatiques de l’histoire. Ce principe a induit nos choix de décors, de découpage, de lumière. Je n’aime pas me THIBAULT GRABHERR
« couvrir » en tournant une même scène sous des angles différents, il s’agissait donc de mettre en valeur le découpage, en privilégiant la qualité sur la quantité. Je voulais aussi filmer un Paris qu’on ne voit pas souvent à l’écran. Une ville abstraite et mystérieuse. La musique joue un rôle essentiel dans cet univers… J’avais envie de travailler depuis longtemps avec Grégoire Hetzel (qui collabore notamment avec Arnaud Desplechin). Très influencé par la musique classique et celle des films de l’âge d’or hollywoodien, il joue sur ces références de manière très personnelle. Dans les séries qui ont trait au milieu de l’informatique ou de la cybersécurité, la musique est presque toujours électronique, ce que je trouve un peu redondant. Nous avons fait le choix du contrepoint avec une partition très orchestrée, qui enveloppe à la fois les personnages et le spectateur. Comment avez-vous composé votre couple, incarné par Grégoire Colin et Évelyne Brochu ? Au scénario, nous avons imaginé que ce couple fonctionnait sur des rythmes opposés. C’est une des raisons de leur difficulté à être ensemble. Louise est dans le concret, dans son quotidien comme dans son métier. Quand quelque chose ne va pas, quelqu’un (toujours un homme) vient la voir pour lui dire ce qu’elle doit faire. Elle est confrontée sans répit à une violence qui se traduit par des face-à-face. Vincent, lui, est dans le virtuel et la solitude. Même quand il se retrouve devant le personnage joué par Hippolyte Girardot, on peut imaginer que c’est une projection de lui-même, une sorte de double maléfique. Cela impliquait un jeu très intérieur, fragile, paranoïaque. Évelyne Brochu et Grégoire Colin se sont parfaitement glissés dans ces deux registres. Le fait qu’ils parlent des langues différentes [Évelyne Brochu, qui est canadienne, interprète une Américaine dans Thanksgiving, NDLR] était également important. Les acteurs échangent, se déplacent, se regardent différemment selon la langue dans laquelle ils s’expriment. J’aime jouer sur ce mélange. C’est une manière purement mélodique d’influencer la mise en scène. Propos recueillis par Jonathan Lennuyeux-Comnène 7ARTE MAG N°9. LE PROGRAMME DU 23 FÉVRIER AU 1ER MARS 2019



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