Arte Magazine n°2019-03 12 jan 2019
Arte Magazine n°2019-03 12 jan 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2019-03 de 12 jan 2019

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,2 Mo

  • Dans ce numéro : winter of moon.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ARTE MAG N°3. LE PROGRAMME DU 12 AU 18 JANVIER 2019 8 Écrire pour résister Rare témoignage du quotidien dans le ghetto de Varsovie, les extraordinaires archives qu’y a constituées le réseau clandestin d’intellectuels Oneg Shabbat revivent au travers d’un poignant documentaire-fiction. Automne 1940, Varsovie. Les nazis multiplient les films de propagande antisémite pour justifier la création d’un ghetto au cœur de la ville, à coups de gros plans sur une misère abominable qu’ils ont eux-mêmes créée. Parmi les assignés à résidence, de nombreux intellectuels pressentent que la violence qui frappe autour d’eux est la marque d’une répression sans précédent dans l’histoire. L’historien Emanuel Ringelblum réunit des journalistes, des écrivains, des enseignants, des économistes, mais aussi des rabbins de toutes obédiences. Le groupe se baptise « Oneg Shabbat » (« Joie du shabbat », en hébreu) et se donne pour mission de chroniquer secrètement la vie des Juifs polonais sous l’occupation nazie afin que leurs destins soient un jour connus, et que leurs bourreaux répondent de leurs actes. Selon une approche de l’histoire « par le bas » recommandée par l’Institut scientifique juif (ou Yivo, son acronyme en yiddish), fondé en 1925 entre Vilnius et Berlin, les archives vont rassembler récits, poèmes, dessins, enquêtes, ordonnances allemandes, étiquettes de produits de consommation... Aucun aspect du quotidien n’est mis de côté. Les soixante membres du réseau recueillent aussi des témoignages tous azimuts. Femmes, enfants privés d’école, chômeurs aux abois, rescapés de massacres affluant d’autres régions de Pologne...  : ils incitent tous ceux qui le peuvent à écrire eux-mêmes pour résister au désespoir, à la faim, à la terreur. Ringelblum, qui tient aussi son journal en yiddish, passe ensuite chaque document en revue. DEVOIR ACCOMPLI L’exploit réside également dans la documentation du génocide, qu’Oneg Shabbat est le premier dans le monde à dénoncer. « Ce que nous n’avons pas crié au monde, nous l’avons enfoui dans le sol. J’aimerais tant vivre le moment où ce trésor sera exhumé et clamera la vérité », écrit un membre du réseau, David Graber. Au plus fort des rafles, les archives sont entassées dans des caisses de fer ou des bidons de lait et enterrées dans des caves. Deux dépôts sont exhumés en 1946, puis 1950. En 1960, Rachel Auerbach, l’une des trois survivantes de l’organisation, qui a consacré le reste de sa vie à la publication de ces documents, et a continué sous l’égide de l’Institut international pour la mémoire de la Shoah Yad Vashem à recueillir les témoignages des rescapés, persuadera l’accusation de se baser prioritairement sur ces matériaux pour le procès Eichmann, qui se tiendra un an plus tard. Hélène Porret Mardi 15 janvier à 20.50 Documentaire Les archives secrètes du ghetto de Varsovie Lire page 18 ANNA WLOCH
DR/ROCHE PRODUCTIONS Le grand « calunar » William Karel Samedi 12 janvier à 23.30 Documentaire Opération Lune Lire page 12 Comment, bien avant le déluge de fake news, avez-vous pensé à ce faux documentaire ? William Karel  : À l’origine, Thierry Garrel, alors responsable de l’unité documentaire d’ARTE, m’avait commandé un film sur les escroqueries à partir de fausses archives, comme les fameux Carnets d’Adolf Hitler. Mais cet inventaire se révélant fastidieux, nous avons pensé à ce canular  : attribuer les images des premiers pas sur la Lune à Stanley Kubrick. Or, peut-être à cause de notre réputation de rigueur, beaucoup y ont cru. Nous avions pourtant glissé des indices pour ne pas piéger le téléspectateur, mais cela n’a pas suffi. Nos archives, authentiquement tournées au Pentagone, à la CIA et à la Maison-Blanche, ont rendu le film crédible. Les témoignages détournés, dont ceux de la veuve de Kubrick, de l’astronaute Buzz Aldrin, et de protagonistes d’un précédent documentaire sur le Watergate *, montés avec les propos de la fausse secrétaire de Nixon – la seule au final à parler de la Lune –, ont fait le reste. Par exemple, quand Kissinger déclare avoir dit à Nixon « Si vous faites ça, ce sera le plus grand scandale du siècle », il parle bien sûr du Watergate... Pour nous, il s’agissait d’un divertissement farfelu et jubilatoire, une manière de montrer en nous amusant qu’on pouvait faire dire n’importe quoi aux images et aux mots. À l’époque, la thèse avancée par le film était-elle en vogue ailleurs ? En 2001-2002, des sites Web contestaient déjà la réalité d’Armstrong et d’Aldrin marchant sur la Lune, mais En 2002, William Karel réalisait un formidable « documenteur », entre détournement et parodie, qui attribuait à Kubrick le tournage en studio des images des premiers pas de l’homme sur la Lune. Un faux plus vrai que nature. Entretien. ils n’étaient pas pris au sérieux, et Internet n’avait pas l’importance qu’on lui connaît. Jean-Luc Godard avait aussi affirmé sur TF1  : « Ce direct est un faux. » Mais avec ce « documenteur », comme dirait Agnès Varda, c’est devenu du délire. Des conspirationnistes de tous bords ont utilisé le film comme une preuve ! Même Marion Cotillard a exprimé ses doutes dans une vidéo en 2007. Pourtant, Opération Lune ne remet jamais en cause la réalité des faits, seulement celle des images. Comme quoi, en la matière, ce sont véritablement elles qui ont créé l’événement. Le film interroge aussi la fiabilité du documentaire par rapport à la fiction... Absolument. Le soir même de sa diffusion, j’ai reçu des messages d’amis et de réalisateurs. Ils regrettaient mon « suicide en direct », en prédisant qu’avec ce jeu dangereux plus personne ne me prendrait au sérieux. Plus de quinze ans après, le film ne cesse d’être diffusé, ayant paradoxalement gagné en acuité avec la déferlante des fake news. J’adore observer les réactions du public qui le découvre en projection. J’aurais pu faire aussi un faux sur Donald Trump, mais il est plus fort que moi. Propos recueillis par Sylvie Dauvillier * Les hommes de la Maison-Blanche. ARTE MAG N°3. LE PROGRAMME DU 12 AU 18 JANVIER 2019 9



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