Arte Magazine n°2019-03 12 jan 2019
Arte Magazine n°2019-03 12 jan 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2019-03 de 12 jan 2019

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,2 Mo

  • Dans ce numéro : winter of moon.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ARTE MAG N°3. LE PROGRAMME DU 12 AU 18 JANVIER 2019 6 S’appuyant sur des témoignages d’exilés ayant fui le nazisme, le film documentaire en deux parties de Jérôme Prieur Ma vie dans l’Allemagne d’Hitler dévoile une passionnante vision intime de l’histoire. Entretien. Archéologie de la mémoire Jérôme Prieur Mardi 15 janvier à 22.20 Documentaire Ma vie dans l’Allemagne d’Hitler (1 & 2) Lire page 19 Comment est né ce projet ? Jérôme Prieur  : Après mon précédent film pour ARTE, Les Jeux d’Hitler, j’ai découvert par hasard une enquête lancée en 1939 par l’université de Harvard, auprès d’exilés allemands. Le thème était  : « Ma vie en Allemagne avant et après le 30 janvier 1933 », date de la nomination d’Hitler comme chancelier du Reich. Ont été recueillis 281 témoignages écrits par des hommes et des femmes de confessions et d’obédiences politiques variées, réfugiés aux États- Unis, en France, en Angleterre, en Suisse et ailleurs. Leurs récits, demeurés quasiment inconnus, témoignent de la transformation de l’Allemagne lors de la montée au pouvoir des nazis. En commençant à les déchiffrer, je me suis senti comme un archéologue qui pénètre dans une chambre secrète. Comment avez-vous opéré le choix des textes ? J’en ai sélectionné une soixantaine et les ai soumis au professeur allemand Detlef Garz, qui a consacré sa vie à l’étude de ce fonds. Il m’a conforté dans mes choix. Avec une équipe d’étudiants germanistes et le concours de l’historienne Isabelle Davion, j’ai ensuite extrait de ces destins personnels des épisodes révélateurs de la nazification de l’Allemagne. Cette myriade de témoignages, remarquablement portés par la comédienne et chanteuse berlinoise Ute Lemper, permet de raconter à plusieurs voix, comme une sorte de grand oratorio, la manière dont la vie quotidienne et la vie privée ont été transformées par la terreur, puis par l’adhésion de la société au régime. Le film montre la docilité, la lâcheté, la soumission, la servitude volontaire  : des comportements qui restent d’actualité... Les images qui composent le film ont rarement été montrées... Par principe, j’ai écarté les images officielles et utilisé beaucoup de films amateurs. Pour moi, ils ont souvent une véritable puissance cinématographique et dramatique. Quand on observe la meute humaine à l’affût autour de Goering lors d’une scène de chasse, on ne peut s’empêcher de penser à d’autres traques, à la sinistre Nuit de cristal, aux pogroms contre les Juifs des 9 et 10 novembre 1938. C’est la force de certaines images d’archives  : tout en captant un moment particulier de l’histoire, elles évoquent ce qui reste invisible, implicite, latent. C’est grâce à cet écart entre ce que nous voyons et ce que nous imaginons que la représentation du passé peut nous troubler et nous atteindre. Propos recueillis par Laure Naimski ÉDITIONS Ma vie dans l’Allemagne d’Hitler est disponible en DVD et VOD. AKH/RENAUD PERSONNAZ
DR/COLLECTION PRIVÉE Marceline Loridan-Ivens Itinéraire d’une révoltée Mercredi 16 janvier à 22.35 Documentaire La vie balagan de Marceline Loridan-Ivens Lire page 21 Jusqu’à sa disparition, le 18 septembre 2018, celle qu’on appelait « la jumelle contradictoire de Simone Veil », rencontrée dans le convoi les menant de Drancy à Auschwitz- Birkenau, a continué à témoigner, inlassablement. La déportation n’avait pas réussi à briser le tempérament de feu de cette indocile à la chevelure flamboyante. « Je suis partie révoltée, je suis revenue révoltée et je suis toujours révoltée », disaitelle en 2014, à 86 ans, lors d’un dialogue avec le réalisateur Yves Jeuland au Forum des images, dont ARTE diffuse la captation. Le destin de Marceline Rozenberg, née de parents juifs polonais émigrés dans l’est de la France, bascule une nuit de février 1944. Dans un village du Vaucluse où sa famille s’est réfugiée en zone libre, l’adolescente de 15 ans est arrêtée avec son père par la Gestapo. Celle qui portera le matricule 78750 connaît alors l’enfer, jusqu’à sa libération. De sa honte d’avoir volé le pain d’une morte aux coups face auxquels elle s’interdit de pleurer, de la fièvre qui manque de la tuer à l’humiliation qui réduit les êtres à l’état d’animaux, les souvenirs de ces treize mois effroyables restent intacts. « Il faut donner les détails les plus crus, y compris la diarrhée qui coule entre les jambes, pour que les gens puissent imaginer d’où l’on est revenus », affirmait-elle comme un manifeste. FUREUR DE VIVRE À son retour des camps, seule, sans son père, l’adolescente se confronte à une société française qui ne veut rien entendre. Incontrôlable, telle qu’elle se décrit elle-même, la jeune fille de 17 ans se lance dans l’existence la fureur chevillée au corps. Elle dévore Saint-Germain-des-Prés, ses soirées et ses intellectuels, multiplie les aventures amoureuses, les engagements et désengagements politiques. Le cinéma est sa Survivante des camps, devenue actrice, cinéaste et écrivaine, celle qui se disait « née rousse, gauchère et juive » fut une figure iconoclaste des fracas du XX e siècle. En marge de la diffusion d’un émouvant entretien, retour sur la trajectoire de cette insoumise. planche de salut. En 1961, elle est l’héroïne de Chronique d’un été de Jean Rouch et Edgar Morin, l’un des premiers témoignages filmés sur la déportation. Après son mariage avec le cinéaste Joris Ivens, grand amour de sa vie, elle part filmer avec lui les bombes de la guerre du Viêtnam, puis la Chine maoïste en pleine Révolution culturelle. Réalisatrice d’un long métrage, La petite prairie aux bouleaux (2003), récit d’une rescapée de l’Holocauste incarnée par Anouk Aimée, Marceline Loridan- Ivens est aussi l’auteure de plusieurs livres, dont Et tu n’es pas revenu (Grasset, 2015), lettre poignante adressée à son père, dans laquelle elle écrit  : « J’ai vécu, puisque tu voulais que je vive. » Laetitia Moller 7ARTE MAG N°3. LE PROGRAMME DU 12 AU 18 JANVIER 2019



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