Arte Magazine n°2018-51 15 déc 2018
Arte Magazine n°2018-51 15 déc 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2018-51 de 15 déc 2018

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 1,9 Mo

  • Dans ce numéro : monuments sacrés.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 8 - 9  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
8 9
ARTE MAG N°51. LE PROGRAMME DU 15 AU 21 DÉCEMBRE 2018 8 Ancien correspondant à Pékin pour l’AFP et journaliste au Monde, François Bougon, qui a consacré en 2017 un essai * au président chinois, témoigne dans une saisissante enquête de Sophie Lepault et Romain Franklin, Le monde selon Xi Jinping. Entretien. Rêve chinois, cauchemar occidental Mardi 18 décembre à 20.50 Documentaire Le monde selon Xi Jinping Lire page 18 François Bougon Le « président à vie » Xi Jinping, qui pourchasse les opposants et assoit son pouvoir par une Constitution révisée, est-il le nouveau Mao ? François Bougon  : Il n’y avait pas eu depuis Mao, c’est vrai, une telle concentration du pouvoir dans les mains d’un seul homme. Alors qu’après la mort de celui-ci, en 1976, le régime, sous l’égide de Deng Xiaoping, a tout fait pour éviter les dérives d’un pouvoir personnel, Xi Jinping a aboli en mars 2018 la limite des deux mandats pour le président de la République. Cependant, la Chine n’est plus la même  : l’essor économique et l’ouverture au monde ont changé la donne, de plus en plus de Chinois voyagent, leur univers s’est élargi. Si Xi Jinping contrôle le Parti communiste et l’armée, il n’a plus la puissance symbolique qui lui permettrait, comme Mao lors de la Révolution culturelle, en 1966, de s’attaquer à de potentiels rivaux au sein du Parti en s’appuyant sur une jeunesse fanatisée. Comment définir cette « pensée Xi Jinping », inscrite désormais dans la Constitution ? Xi Jinping, de façon beaucoup plus agressive que ses prédécesseurs, prône une bataille culturelle contre l’Occident. Il rejette les valeurs des droits de l’homme au profit d’un modèle spécifiquement chinois de développement, fondé sur des idéaux nationalistes, ce qui explique sa popularité. Pour son centenaire, en 2049, il veut faire de la République populaire la première puissance mondiale. Est-ce le nationalisme qui fait accepter à la grande majorité de la population la restriction accrue de ses libertés ? En trente ans, sous l’égide du Parti, la Chine est sortie de la misère pour devenir la deuxième puissance mondiale. Même s’il reste encore beaucoup d’inégalités, on jouit dans ses grandes villes d’un niveau de vie comparable à celui des pays les plus riches. Les Chinois sont assez fiers de ce progrès spectaculaire pour accepter de lui sacrifier leurs libertés individuelles, sur fond d’une forte désaffection vis-à-vis de la politique. D’autant que les premières victimes du pouvoir sont les minorités, notamment ouïghoure et tibétaine. Faire acte de dissidence aujourd’hui demande un immense courage. Le président chinois a-t-il pour autant les moyens de ses ambitions planétaires ? La Chine effraie, mais aussi fascine, par son mélange d’autoritarisme et de modernité. Face à sa volonté de rééquilibrer le monde au détriment de l’ordre américain libéral d’après 1945, les Occidentaux n’ont pas de contre-modèle à proposer. Le « rêve » de Xi Jinping profite d’abord du cauchemar des démocraties libérales, affaiblies par la montée des inégalités, la remise en cause des élites et le populisme. Propos recueillis par Clara Le Quellec * Dans la tête de Xi Jinping, Solin/Actes Sud. DPA/PHOTONONSTOP
UN FILM À LA PATTE Sergio Leone L’art et la manière Dimanche 16 décembre à 22.45 Documentaire Sergio Leone Une Amérique de légende Lire page 14 Musique À l’instar de la relation exclusive unissant Alfred Hitchcock à son compositeur Bernard Herrmann, le nom de Sergio Leone reste aujourd’hui indissociable des mélodies d’Ennio Morricone. La force visuelle du cinéaste n’aurait sûrement jamais atteint une telle puissance d’évocation sans la chambre d’écho inégalable offerte par les notes du maestro. Si Leone rejette parfois violemment les compositions de son compère, pour mieux y déceler une sonorité spécifique et l’obliger à la travailler jusqu’à la parfaite harmonie, rien ne résume mieux l’osmose esthétique des deux génies que leur manière de s’accorder. Le réalisateur a toujours demandé que la musique de Morricone soit jouée en direct sur le plateau, pour caler à la seconde près ses mouvements de caméra sur les partitions. Visages Plus qu’aucun autre auteur de western avant lui, Sergio Leone a fait des visages de ses acteurs une composante de l’esthétique du genre, au moins aussi importante que les paysages. En perfectionnant des codes visuels désormais durablement ancrés, tels que les gros plans insistants sur les yeux des protagonistes, Leone initie une école esthétique inédite, inspirée des fumetti de son enfance, ces BD d’action italiennes bon marché. De la même manière, en filmant des peaux brûlées par le soleil, Alors que la Cinémathèque française consacre une grande exposition * au cinéaste, et qu’ARTE le met à l’honneur dans un passionnant portrait, retour en trois points sur les spécificités du « style Leone ». hirsutes et suantes, il rompt avec la vision fantasmée des héros de l’Ouest pour coller au plus près à la réalité, bien loin des canons de beauté hollywoodiens de l’époque. Ce qui n’empêchera pas un certain Clint Eastwood d’imposer sa belle gueule. Références L’hétéroclisme de Sergio Leone lui a été durement reproché par une frange de la critique, qui refusait de reconnaître que, sous des abords irrévérencieux, ses films s’inscrivaient dans une longue tradition esthétique. Fils d’artistes, nourri dès son plus jeune âge à toutes les disciplines, Leone parsème en effet ses œuvres de références variées, allant du théâtre de marionnettes à l’opéra en passant par la peinture – comme le prouvent certains des décors réalisés par l’architecte Carlo Simi. Ceux-ci évoquent des toiles de Chirico dans Pour une poignée de dollars ou d’Edward Hopper dans Il était une fois en Amérique. Pour autant, ces signes d’une haute culture ne l’empêchent pas de dynamiter consciencieusement tous les codes, au figuré comme au propre, à l’image de sa tendance à pulvériser les décors de ses films. Augustin Faure * L’exposition « Il était une fois Sergio Leone » se tient à la Cinémathèque française jusqu’au 27 janvier 2019. ARTE MAG N°51. LE PROGRAMME DU 15 AU 21 DÉCEMBRE 2018 9



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :