Arte Magazine n°2018-47 17 nov 2018
Arte Magazine n°2018-47 17 nov 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2018-47 de 17 nov 2018

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,0 Mo

  • Dans ce numéro : Jonas.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ARTE MAG N°47. LE PROGRAMME DU 17 AU 23 NOVEMBRE 2018 6 Christophe Charrier signe avec Jonas une fiction intimiste, romanesque et stylisée sur la renaissance d’un jeune homme gay qui a vécu un traumatisme à l’adolescence. Au fil d’un récit intrigant, passé et présent se mêlent autour d’un personnage en quête de réparation. Entretien. «J’ai puisé dans des émotions de mon adolescence» PHILIPPE VAÏSSE Vendredi 23 novembre à 20.55 Téléfilm Jonas Lire page 24 Christophe Charrier Lequel est venu en premier au cours de l’écriture de Jonas, le personnage de l’adolescent ou celui de l’homme qu’il est devenu ? Christophe Charrier  : Les deux sont liés, bien sûr. En fait, le film est d’abord parti de mon envie de tourner dans la ville où j’ai grandi, Toulon. J’ai puisé dans des souvenirs, des émotions de mon adolescence. J’ai réinvesti des lieux que j’avais traversés à cette époque. Ce matériau autobiographique, je l’ai «gonflé» avec le désir de cinéma qui est le mien, en imaginant une histoire romanesque qui mélange les tons et les genres  : la love story adolescente, le thriller, le récit d’apprentissage. Jonas raconte l’histoire d’une disparition. Il y est question de culpabilité, de la possibilité de l’oubli et d’une réparation. Ce récit, où la Game Boy joue d’ailleurs un rôle clé, ressemble au jeu Tetris, avec des éléments qui s’emboîtent... La première scène a pour but d’attirer l’attention du spectateur  : elle pose un enjeu fort, mais dont on ne comprend pas vraiment la teneur. Qu’est-il arrivé à Jonas ? À partir de là, j’ai cherché à disséminer différentes pistes, de façon à construire un récit toujours surprenant. Je m’interroge beaucoup sur la manière de tenir en haleine le spectateur d’aujourd’hui, qui, avec l’habitude de regarder des séries, est de plus en plus aguerri. Ainsi, on suit pas à pas Jonas adulte et adolescent. On éprouve toutes sortes d’émotions à ses côtés. C’est comme un cercle qui se forme progressivement, et qui fait écho à l’enfermement psychologique du personnage. Puis, à mi-parcours, un nouveau personnage entre en scène, et le film prend une autre route. On cesse de déambuler avec Jonas pour s’attaquer au cœur du sujet. Le film est caractérisé par des partis pris esthétiques forts. Quelles ont été vos inspirations ? J’ai dit au chef-opérateur, Pierre Baboin, qu’on allait filmer Toulon comme Los Angeles ! Je lui ai montré des clichés de Philip-Lorca diCorcia, un photographe que j’aime énormément, qui crée des images aux
ECDL couleurs chaudes, orangées. Je voulais que cette histoire se déroule dans une atmosphère ouverte, sensuelle, solaire. Et je ne voulais pas introduire de différence chromatique entre la représentation du passé et celle du présent  : tout devait apparaître dans un même flux, comme unifié par le personnage de Jonas. Cela donne au film un aspect intemporel, flottant. Comment avez-vous travaillé avec Alex Beaupain, qui a composé la musique ? Il avait déjà fait la bande-son de mes courts métrages. À vrai dire, je ne me voyais pas travailler avec quelqu’un d’autre. Je lui ai donné des références un peu écrasantes comme Blade Runner, Boogie Nights, La planète des singes. Je lui disais de ne pas avoir peur, d’y aller franchement. Je voulais quelque chose de lyrique, qui nous hérisse le poil ! Le jour où le thème de Jonas est arrivé, le ton était donné. C’était exactement ce dont je rêvais. Cette musique participe beaucoup à l’identité du film. Le casting s’avère aussi original et fort, Félix Maritaud en tête... J’ai eu beaucoup de chance. On a d’abord trouvé Tommy-Lee Baïk, qui est apparu comme un Nathan évident. Quand il a rencontré Nicolas Bauwens, le couple a fonctionné tout de suite, l’un dans la retenue, l’autre dans le show, tels qu’on les voit à l’écran. Même chose pour Ilian Bergala, qui joue Léonard. Hormis Aure Atika, qui a fait un vrai travail de composition, j’ai choisi des comédiens qui portaient déjà en eux les personnages. Je n’ai donc pas eu à beaucoup les diriger. Quant à Félix Maritaud, comme Jonas, c’est quelqu’un d’insaisissable. On ne sait jamais vraiment ce qui se passe dans sa tête, il est comme refermé sur un mystère, et c’est ce qui m’intéressait. C’est un acteur fascinant à regarder, facile à filmer, plein de surprises. En une seconde, il peut passer de l’adulte à l’enfant, du désespoir à la lumière... C’est une performance vivante. Propos recueillis par Jonathan Lennuyeux-Comnène Félix Maritaud «Jonas subit les fantômes du passé» Après 120 battements par minute et Un couteau dans le cœur, Félix Maritaud est la grande révélation de Sauvage, de Camille Vidal-Naquet. Cet acteur instinctif déploie un jeu à la fois physique et gracieux, qu’il met au service du héros tourmenté de Jonas. «Pour rétablir un équilibre dans sa vie, Jonas doit se défaire de sa honte. Cette honte n’a rien à voir avec son homosexualité, celle-ci n’étant pas du tout traitée comme un problème dans le film, mais comme une réalité acceptée simplement. Le passage à l’âge adulte que vit le personnage, en revanche, est compliqué. Il subit les fantômes du passé. Le film montre le parcours qui le conduit à se libérer. Pour l’incarner, il me fallait surtout lâcher prise  : ne pas me placer au-dessus du personnage, ne pas essayer de le comprendre davantage qu’il ne se comprend lui-même. Je n’avais qu’à me laisser guider, à m’imprégner de l’atmosphère du film.» 7ARTE MAG N°47. LE PROGRAMME DU 17 AU 23 NOVEMBRE 2018



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