Arte Magazine n°2018-08 17 fév 2018
Arte Magazine n°2018-08 17 fév 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2018-08 de 17 fév 2018

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 1,7 Mo

  • Dans ce numéro : Drive, avec Ryan Gosling.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ARTE MAG N°8. LE PROGRAMME DU 17 AU 23 FÉVRIER 2018 6 « La violence sexuelle est un abus de pouvoir » Malgré les promesses du pape François, les abus sexuels sur mineurs et le silence perdurent au sein de l’Église catholique, comme le montre un documentaire alarmant. Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef de La Croix et spécialiste du Vatican, y témoigne. Entretien. Mardi 20 février à 20.50 Documentaire L’Église face aux scandales pédophiles Lire page 18 Isabelle de Gaulmyn Pourquoi tant d’abus sexuels au sein de l’Église ? Isabelle de Gaulmyn  : Le célibat n’est pas un problème en soi. Mais les prédateurs du clergé sont entourés de beaucoup d’enfants, d’où un effet de démultiplication  : ils peuvent être à la fois prêtres, aumôniers de scouts, etc. Le problème réside en fait dans leur statut  : ils sont placés au-dessus de tout le monde, dans un cocon, et ont tendance à en rester à une affectivité d’adolescent. À 18 ans, on leur dit  : « Ne t’inquiète pas, tu as une relation spirituelle avec Dieu et ça suffit », et à 26, ils craquent. Les plus gros scandales surgissent dans les pays où le catholicisme reste très clérical, comme l’Irlande ou les États-Unis, où les prêtres jouent un rôle important dans l’Église. Car la violence sexuelle est avant tout un abus de pouvoir. En 2005, vous avez alerté le cardinal de Lyon Philippe Barbarin sur les rumeurs d’abus sexuels commis par le père Preynat. Que s’est-il passé alors ? Il n’a rien fait. J’ignorais encore, quant à moi, jusqu’où était allé le prêtre. Mais je n’étais pas alors dans un processus d’alerte et je m’en suis voulu. Quand l’affaire a été révélée en 2015‐2016 *, tout le monde à Lyon savait, des parents aux anciens enfants scouts. Nous étions tous enfermés dans un terrible silence, que j’ai raconté dans un livre **. Ce qui n’exonère pas l’Église de ses lourdes responsabilités. Quel bilan, provisoire, tirez-vous de l’action du pape François, qui a parlé de « tolérance zéro » ? S’il a instauré la commission pour la protection des mineurs, il a mis trop de temps à réagir à certains scandales, notamment en Amérique latine. Mais il ne peut tout contrôler. Le Vatican ne peut s’ériger en police du monde catholique et de ses 1,2 milliard de croyants. L’Église ne change jamais d’elle-même. Seules les victimes la poussent à évoluer. Et l’institution catholique a du mal à considérer que les victimes la constituent aussi. Elle ne se préoccupe que des prêtres. Comment jugez-vous l’action de l’Église en France ? Elle a agi assez tôt, vers 2000, avec un grand rassemblement à Lourdes, puis des directives stipulant qu’il fallait dénoncer les prêtres coupables et ne pas les muter dans d’autres paroisses. Mais elle n’a pas poursuivi dans cette voie avec assez de rigueur. En outre, l’émergence de l’association La Parole libérée a été déterminante. La médiatisation de la parole des victimes en a encouragé beaucoup d’autres, dont certaines ont témoigné de faits très anciens. L’Église de France a alors dû faire face à tout ce qui avait été tu depuis soixante ans. Le travail, au moins, a été commencé. Ce n’est pas le cas, par exemple, des milieux sportifs, où règne l’omerta. Propos recueillis par Pascal Mouneyres * Une action en justice est en cours. ** Histoire d’un silence, Seuil, 2016. OSSERVATORE ROMANO/ABC/ANDIA F
LES FILMS DE ZAYNA/AKKA FILMS/DAR FILMS Après Fix Me, le cinéaste palestinien Raed Andoni conçoit un troublant dispositif pour faire émerger la parole de ceux qui, comme lui (un quart de ses concitoyens au total), sont passés par les prisons israéliennes. Entretien. Mercredi 21 février à 23.25 Documentaire La chasse aux fantômes Lire page 21 Raed Andoni « Transformer la douleur » Comment vous est venue l’idée de ce film ? Raed Andoni  : Elle vivait en moi et je l’ai simplement libérée. La difficulté était plutôt de trouver le moment opportun pour le faire. Je devais être suffisamment mûr pour m’attaquer à un tel sujet sans me blesser ni blesser les autres. Il me fallait aussi pouvoir le traiter avec distance, changer de perspective pour transformer la douleur en œuvre d’art et par conséquent en fierté. Cela nécessite du temps. Trente ans ont passé depuis que j’ai été interrogé plusieurs jours, à l’âge de 18 ans, à la prison de la Moskobiya, à Jérusalem, avant d’être incarcéré pendant un an. Ce fut une expérience très dure, tant sur le plan physique que psychologique. Le spectateur est saisi par le dispositif filmique. S’est-il imposé à vous ? J’ai commencé par écrire une fiction en recueillant les témoignages d’anciens prisonniers. Ils étaient si émouvants qu’il m’a paru nécessaire d’insuffler du réel dans la fiction. J’ai alors demandé à d’ex-détenus de construire le décor dans un entrepôt vide à Ramallah. Ils ont imaginé la Moskobiya à partir de leurs souvenirs, sachant que les yeux des prisonniers y sont bandés. L’idée était de les confronter à leur mémoire pour faire émerger une émotion authentique et profonde. Cela permettait de briser le déni du traumatisme et la position de héros dans laquelle on peut être tenté de se placer pour occulter la souffrance. Pour donner du sens à leur remémoration et changer la perspective, je leur ai aussi demandé d’interpréter le rôle de leur geôlier. Cela leur a rendu la maîtrise d’un lieu où ils ont connu la soumission. Ils ont aussi libéré la colère qu’ils gardaient en eux. N’avez-vous pas craint, sur le tournage, d’avoir pris trop de risques ? Non, même si à de nombreux moments ils perdaient totalement le contrôle d’eux-mêmes. Mais ils peuvent se montrer violents dans une scène et en rire la seconde d’après, car ils ne se perçoivent pas comme des victimes. La douleur, eux, c’est par le sarcasme qu’ils la transforment, l’humour étant un excellent moyen de défense. Quel effet ce film a-t-il eu sur vous ? Il m’a permis de m’affranchir de la peur que m’inspirait le souvenir terrible de la prison. J’ai réalisé ce film avant tout pour me confronter aux fantômes qui vivent en moi. Ils sont toujours présents et le resteront. Mais je ne suis plus dans la négation de leur existence. J’ai pu les vaincre, tout comme les autres protagonistes du film. Propos recueillis par Laure Naimski 7ARTE MAG N°8. LE PROGRAMME DU 17 AU 23 FÉVRIER 2018



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