Arte Magazine n°2017-49 2 déc 2017
Arte Magazine n°2017-49 2 déc 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2017-49 de 2 déc 2017

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,2 Mo

  • Dans ce numéro : top of the Lake, China Girl.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ARTE MAG N°49. LE PROGRAMME DU 2 AU 8 DÉCEMBRE 2017 8 Auteur de deux documentaires sur l’industrie nucléaire pour ARTE, Éric Guéret signe, avec Laure Noualhat, une enquête choc sur les défaillances du secteur en matière de sécurité, un sujet classé secret défense. Entretien. Les failles de la sécurité nucléaire Éric Guéret Pourquoi la sécurité nucléaire est-elle placée sous le sceau du secret ? Éric Guéret  : Ce silence dépasse le domaine de la sécurité. Les citoyens ne sont pas informés sur le nucléaire dans son ensemble. À cause de ses origines militaires, cette industrie a toujours été couverte par le secret. Aujourd’hui, pour ne pas risquer d’informer un ennemi potentiel, il ne faut rien dire  : au prétexte de la sécurité, on brandit le secret défense. C’est un argument que le film réfute... Oui, car je pense que ceux qui souhaiteraient perpétrer un attentat n’ont pas besoin de nous pour obtenir des renseignements. Les réseaux terroristes disposent de moyens largement suffisants en termes d’investigation, d’experts et de finances pour s’informer. Le secret défense cache en réalité d’énormes vulnérabilités. Il masque aussi le problème majeur que nous dévoilons, à savoir que l’industrie nucléaire, notamment en Europe et aux États-Unis, est au bord de la faillite et qu’elle n’a pas les capacités financières de sécuriser des installations extrêmement dangereuses. Ce film est un lanceur d’alerte qui dénonce le manque de moyens pour assurer la sécurité des sites, des matières nucléaires et de leur transport. Avez-vous rencontré des obstacles pour réaliser votre enquête ? Concernant les responsables de la défense au sein des États, seul le vice-amiral Georges-Henri Mouton * a accepté de répondre. Il m’a convaincu qu’en France des efforts en matière de sécurité sont déployés par l’industrie et l’État, même s’ils restent insuffisants. Pour autant, il pointe deux fragilités. La première concerne l’attaque commando  : dans le film, des activistes de Greenpeace parviennent ainsi à pénétrer sur le site de Cattenom et à tirer un feu d’artifice au pied des piscines de refroidissement de combustible irradié avant même l’intervention des gendarmes. La seconde relève de la cybersécurité, dont les mesures sont trop lentes à se mettre en place. Quels sont les autres risques face auxquels l’industrie nucléaire doit se protéger ? Une énorme vulnérabilité réside dans la défense aérienne. Le film fait tomber le mythe selon lequel les réacteurs nucléaires résisteraient à la chute d’un avion de ligne. Ce risque s’avère à mon avis d’ailleurs aussi important avec les petits avions civils, moins contrôlés et plus rapides. Les drones constituent GETTY IMAGES/LAURE NOUALHAT
une autre très grande menace, sous-estimée, voire méprisée par l’industrie, laquelle affirme qu’ils sont incapables de transporter des charges. Or, le film montre qu’ils peuvent embarquer jusqu’à quarante kilos et donc, potentiellement, des explosifs. Concernant la structure, le point le plus faible, ce sont les piscines de combustible, dont nous prouvons que le niveau de défense est insuffisant. Pour exemple, une attaque sur celle de la centrale d’Indian Point, proche de New York, obligerait à évacuer 35 millions de personnes. Le transport des matières fissiles constitue également un risque... C’est une aberration française  : le plutonium, une des matières les plus dangereuses au monde, est fabriqué à La Hague, mais transformé à Marcoule, à quelque 800 kilomètres à vol d’oiseau. Chaque semaine, un convoi chargé de 150 kilos de plutonium traverse donc la France sans qu’il soit possible de le sécuriser. Comment remédier aux multiples failles que vous pointez ? Il faudrait dresser un bilan du risque nucléaire et évaluer l’état de la sécurité à ce jour. Il conviendrait également d’organiser une consultation populaire pour savoir si les citoyens ont encore envie d’une énergie dont la sécurité coûtera si cher qu’elle sera hors budget. A minima, il est urgent de vider les piscines, notamment aux États-Unis, où elles sont en surcharge, et de mieux les protéger. Quel est selon vous l’avenir de ce secteur énergétique ? L’industrie nucléaire se dirige tout droit vers une catastrophe financière. D’autant plus qu’il faudrait la sécuriser sur une très longue durée, même après la fermeture des sites, car les combustibles vont y rester. À mon sens, il faut sortir du nucléaire en s’avouant qu’il n’est pas compétitif, qu’il est dangereux et qu’on ne pourra pas éviter un attentat. Propos recueillis par Laure Naimski * Directeur général adjoint chargé des missions relevant de la défense de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Mardi 5 décembre à 20.50 Sécurité nucléaire  : le grand mensonge Lire page 18 ARTE MAG N°49. LE PROGRAMME DU 2 AU 8 DÉCEMBRE 2017 9



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