Arte Magazine n°2017-48 25 nov 2017
Arte Magazine n°2017-48 25 nov 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2017-48 de 25 nov 2017

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2 Mo

  • Dans ce numéro : traversée fantastique.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ARTE MAG N°48. LE PROGRAMME DU 25 NOVEMBRE AU 1 ER DÉCEMBRE 2017 6 Dans une série documentaire érudite, le journaliste Alfred de Montesquiou, prix Albert-Londres, parcourt les 12 000 kilomètres de la route de la soie empruntée par le marchand et explorateur italien au XIII e siècle. Entretien. Sur les pas de Marco Polo Lundi 27 novembre à 17.40 Série documentaire La route de la soie et autres merveilles Lire pages 14 Alfred de Montesquiou Que nomme-t-on lorsque l’on parle de la route de la soie ? Alfred de Montesquiou  : Historiquement, il s’agit d’un concept flou qui débute au I er siècle avant J.-C., période de l’émergence de deux grands empires concomitants, à savoir l’Empire romain et l’Empire chinois, et qui se termine vers la fin du XIV e siècle et le milieu du XVe, quand les Occidentaux découvrent des voies maritimes qui leur permettent de contourner le passage terrestre vers l’Extrême-Orient. Géographiquement, il s’agit d’un axe est-ouest entre l’Italie et la Chine, avec l’idée qu’il n’existe pas une route commerciale physique unique mais différentes voies qui varient tout au long de l’histoire en fonction du contexte géopolitique. Cette route de la soie symbolise l’interpénétration entre l’Orient et l’Occident. C’est ce que vous avez cherché à montrer ? Oui. Le propos de notre film est le suivant  : regarder jusqu’où persistent, quand on avance vers l’Est, les traces de l’Occident et jusqu’où, à l’Ouest, perdurent des traces de l’Orient. Nous voulons faire comprendre que ce dialogue des cultures a toujours existé. Même après la grande césure religieuse (le schisme catholiques- orthodoxes) et la grande césure géopolitique (la chute de Constantinople en 1453), le dialogue s’estompe mais sans jamais s’interrompre. Tout au long de la série, vous insistez sur ce dialogue entre les civilisations... N’est-ce pas quelque chose de mythifié ? Sans rentrer dans le politiquement correct, on se rend compte que les phases de dialogue sont infiniment plus longues et plus puissantes que les phases de rupture et de guerre. Le grand choc des civilisations dont parle la droite extrême américaine, par ailleurs repris un peu partout dans le monde, y compris par Al-Qaïda, reste de très loin l’exception plutôt que la règle. La constante, ce sont ces marchands polyglottes qui échangent, commercent, se parlent. En retraçant l’histoire de cette route, on découvre des peuples qui se fichent du nationalisme, de la violence, de la radicalité religieuse. Par exemple, les Sogdiens ont pu avoir un immense empire, avec des ramifications de la Turquie actuelle jusqu’en Chine, sans probablement jamais disposer d’une grosse armée. PHOTOS ELECTRON LIBRE PRODUCTIONS
Ces échanges commerciaux s’accompagnent d’une circulation invisible, celle des idées... Les commerçants qui empruntent la route de la soie emportent leur vision du monde avec eux, souvent inconsciemment. Le bouddhisme arrive en Chine par la route de la soie, l’islam arrive chez les Ouïghours par la route de la soie, non militairement. Les idées circulent comme un effet secondaire, presque par inadvertance, dans les sacs des marchands. Cette série a-t-elle été pensée comme une bouffée d’oxygène, dans le contexte géopolitique actuel ? Personnellement, faire cette série a été un énorme plaisir. Correspondant de guerre, je couvre beaucoup le Moyen-Orient. Un métier qui conduit à constater l’échec humain, les failles d’une civilisation, son aspect laid  : la guerre, les viols, les massacres, la corruption... En parcourant cette route de la soie, on voit le côté lumineux de certaines civilisations, notamment celle qui en fut le pivot  : la civilisation arabo-musulmane. La découvrir dans tout son rayonnement et son intelligence s’avère franchement rafraîchissant et je pense qu’il est salutaire, pour le public européen, de se souvenir que Daech relève de l’épiphénomène à l’échelle du monde arabo-musulman. L’essentiel, c’est avant tout la grande mosquée d’Ispahan, les enluminures, la poésie, Boukhara... Cette ville, celle d’Avicenne, n’est rien de moins que l’épicentre mondial de la science et du savoir au tournant de l’an 1000 ! Bien autre chose que le wahhabisme bas-de-plafond venu d’Arabie saoudite, qui n’a que trois siècles, là où l’extraordinaire accumulation de savoirs de l’islam des Lumières en a plus de dix ! Avez-vous rencontré des difficultés avec les autorités de certains pays durant vos tournages, notamment dans les États non démocratiques ? Nous avons été très bien accueillis presque partout. Paradoxalement, le tournage le plus difficile ne fut pas en Ouzbékistan, en Iran ou en Chine mais à Venise, dans la basilique Saint-Marc. Le clergé vénitien fait payer très cher les tournages dans la basilique. Ils ont aussi voulu contrôler nos angles de prises de vue de tournage comme jamais un ayatollah iranien ou un colonel chinois ne se l’est permis. C’est assez drôle, en termes de relativisme. Propos recueillis par Raphaël Badache ÉDITIONS La route de la soie, Alfred de Montesquiou, éditions du Chêne. 7ARTE MAG N°48. LE PROGRAMME DU 25 NOVEMBRE AU 1ER DÉCEMBRE 2017



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