Arte Magazine n°2017-38 16 sep 2017
Arte Magazine n°2017-38 16 sep 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2017-38 de 16 sep 2017

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 3,4 Mo

  • Dans ce numéro : Vietnam.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 6 - 7  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
6 7
ARTE MAG N°38. LE PROGRAMME DU 16 AU 22 SEPTEMBRE 2017 6 Fruit de dix années de travail, la fresque documentaire Vietnam plonge au cœur de cette guerre traumatique en entremêlant archives inédites et récits intimes de soldats, civils et dirigeants américains et vietnamiens. Entretien croisé avec ses réalisateurs, Ken Burns et LynnNovick. Au cœur de l’enfer Ken Burns et LynnNovick Est-ce la première fois que des cinéastes américains abordent le conflit en prenant en compte les témoignages nord-vietnamiens ? Ken Burns  : C’est rare en tout cas. Il y a de l’arrogance dans la posture américaine quand nous évoquons le Viêtnam car nous ne parlons que de nous. Or, il faut comprendre que ce conflit impliquait les États-Unis, le Viêtnam du Nord et le Viêtnam du Sud, et que l’un de ces trois pays a disparu ! Savoir si cette guerre était juste ou non est une question qui divise fortement les citoyens américains comme les Vietnamiens, y compris dans le camp des vainqueurs. C’est pourquoi il était extrêmement important pour nous d’interviewer des Nord-Vietnamiens, civils et militaires, mais aussi des Sud-Vietnamiens, aux côtés de tous les témoins américains, du journaliste de terrain à l’activiste antiguerre, du déserteur au soldat décoré. Quel est votre souvenir le plus marquant de vos recherches au Viêtnam ? LynnNovick  : Nous nous sommes rendus au Viêtnam sans avoir la moindre idée de ce que serait la réaction des gens par rapport à cette guerre. Or, ils ont été incroyablement ouverts, simples et directs, avec une volonté de partager leur expérience dénuée de toute rancœur envers les Américains. Aux États-Unis, nous pleurons nos plus de cinquante-huit mille soldats tués, mais il y a eu trois millions de morts – soit 10% de la population – de leur côté. Nous avons été marqués par la dignité de leurs témoignages. À côté de ces récits, nous avons pu obtenir un accès inédit aux archives nationales grâce à l’aide de notre producteur vietnamien. Une agence de presse vietnamienne nous a également permis d’exploiter les photos, films et reportages radio réalisés durant la guerre. LARRY BURROWS-GETTY IMAGES/STEPHANIE BERGER
PHIL GIOIA/CHARLES BONNAY-GAMMA -RAPHO-GETTY IMAGES/BETTMANN-GETTY/AP IMAGES/COTEMPORARY FILMS LONDON Vietnam dure neuf heures dans sa version pour ARTE, dix-huit heures aux États-Unis. Quelles spécificités voyez-vous dans ce format atypique à la télévision ? K. B.  : La durée permet d’accumuler du sens. Quand on vous donne du temps pour développer les personnages et le récit, vous pouvez réellement contextualiser une telle période, si riche en changements sociaux. Grâce à la musique, par exemple. La durée nous permet aussi de suivre l’évolution personnelle de nos témoins, et de comprendre comment ils vivaient. La multiplicité des points de vue que nous autorise ce format long est indispensable pour maîtriser un récit aussi complexe que celui-ci. Quels étaient vos objectifs en vous attelant à cette fresque ? K. B.  : Dans notre culture médiatique d’aujourd’hui où tout est binaire, manichéen, surtout dans mon pays, nous montrons qu’une vérité et son contraire peuvent être vrais au même moment. Nous souhaitions donner un espace d’expression à des gens d’opinions politiques différentes, voire opposées, et questionner la notion de courage  : est-ce aller à la guerre ou refuser de la faire ? Au final, la réponse est oui pour les deux options. Quant à ceux qui nous gouvernent, les archives révèlent leurs doutes. Démystifier ceux qui sont au sommet et glorifier en quelque sorte ceux qu’on appelle les gens ordinaires est important pour moi. Ce que nous disons depuis The War, c’est précisément qu’en temps de guerre il n’y a pas de gens ordinaires. Quel est selon vous le thème qui lie les différents épisodes ? L. N.  : Notre travail est de créer une narration à partir du chaos de l’histoire. Et de ce processus a émergé un thème essentiel, celui de la perte de notre innocence quant à la place des États-Unis dans le monde. Avant cette période, les Américains avaient une forme de confiance naïve en leurs dirigeants, ils les voyaient comme des personnages héroïques. Mais pendant la guerre du Viêtnam, cette confiance a été détruite. Et n’a jamais été restaurée. C’est le moment où tout un pan de l’Amérique s’éveille à une nouvelle conscience politique et une nouvelle forme d’activisme, avec la bataille pour les droits civiques. Depuis, on a toujours le sentiment qu’il y a deux Amériques. Quelles questions voudriez-vous susciter chez les spectateurs ? L. N.  : Ce que nous avons cherché à faire, c’est éclairer d’un regard neuf un sujet très important et mal compris, ou mal connu chez nous et ailleurs. Mais comment faire face à une histoire aussi tragique ? La leçon que nous, réalisateurs, en retirons, c’est qu’éviter d’en parler ne fait qu’aggraver la douleur. Si aujourd’hui en Amérique nous apparaissons si polarisés, si peu sûrs de nous, il faut aller en chercher la cause dans les profondes divisions apparues durant la guerre du Viêtnam. Cette histoire a valeur d’avertissement pour nous tous. Propos recueillis par Marie Gérard En partenariat avec La série sera disponible en coffret trois DVD le 20 septembre. Du mardi 19 au jeudi 21 septembre à 20.50 Série documentaire Vietnam (1-3) Lire page 18 7ARTE MAG N°38. LE PROGRAMME DU 16 AU 22 SEPTEMBRE 2017



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :