Arte Magazine n°2017-17 22 avr 2017
Arte Magazine n°2017-17 22 avr 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2017-17 de 22 avr 2017

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,3 Mo

  • Dans ce numéro : documentaire de Raoul Peck sur la question raciale.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Quelle a été la genèse de Je ne suis pas votre nègre ? Raoul Peck  : Ce projet m’accompagne depuis ma jeunesse. J’ai découvert James Baldwin à l’adolescence, alors qu’il existait peu d’auteurs noirs en mesure de restituer la réalité que je vivais. À l’instar d’écrivains comme Aimé Césaire ou Frantz Fanon, il m’a « éduqué ». Il a quitté les États-Unis vers 24 ans, car il savait que s’il demeurait à Harlem, dans une Amérique raciste, cela finirait mal pour lui. Il s’est établi à Paris, où il a pu se consacrer à l’écriture. Il est ensuite revenu aux États-Unis, et s’est engagé dans le combat pour les droits civiques. Auteur à succès de nombreux romans ou essais, il est devenu un des porte-parole de la cause noire. Revenir à Baldwin était fondamental pour moi. Il y a dix ans, j’ai essayé d’obtenir les droits sur son œuvre. J’ai rencontré Gloria Karefa-Smart, sa sœur, qui connaissait mes films, m’a reçu à bras ouverts et m’a donné accès à toute son œuvre. J’ai mis du temps à élaborer ce film, qui devait être à la hauteur de ce privilège que j’avais de me promener à travers ses écrits. Le déclic s’est fait le jour où elle m’a remis les feuillets qu’il avait écrits à son éditeur pour évoquer son prochain ouvrage sur l’Amérique et sur ses amis assassinés, Medgar Evers, Martin Luther King Jr. et MalcolmX, trois hommes qui, pour lui, symbolisaient l’histoire du combat pour les droits civiques. Ce livre, malgré l’énergie qu’il comptait y mettre, Baldwin ne l’a jamais écrit mais il est enfoui dans son œuvre. J’ai voulu partir à sa recherche. LYDIE/SIPA La question de la représentation de l’homme noir dans la culture américaine est au cœur du documentaire… Ce film – qui comporte de nombreux extraits de longs métrages avec Sidney Poitier, Doris Day, John Wayne… – raconte aussi l’histoire de mon enfance, de ma confrontation avec la mythologie hollywoodienne, que j’ai appris à décoder. À un moment, James Baldwin explique qu’il a mis du temps à comprendre que quand Gary Cooper tue des Indiens, au final, c’est lui qui est visé… EN COUVERTURE RAOUL PECK « À QUEL MOMENT DEVIENT-ON NOIR ? » À partir des textes de l’écrivain noir américain James Baldwin, le cinéaste Raoul Peck (L’école du pouvoir, Lumumba) compose un éblouissant récit documentaire de la violence raciale. Il revient sur ce film majeur, nommé aux Oscars, qui fait aussi écho à sa propre histoire. Que révèle l’iconographie du film, qui mêle archives et actualité récente, lutte pour les droits civiques et violences policières actuelles ? Ce film parle du présent et porte un regard engagé sur ce qui s’y passe. L’excellent accueil critique et le succès public du film aux États-Unis démontre son utilité. Je pense qu’il arrive à point nommé, quand on voit la recrudescence des violences à l’encontre des Noirs et d’autres minorités (incluant également aujourd’hui les musulmans). Les mots de Baldwin, malheureusement, parlent de ce que nous vivons aujourd’hui, non seulement outre-Atlantique mais aussi en Europe, comme en témoigne le regard dirigé vers les étrangers sur ce continent, pourtant nourri d’immigration. Pourquoi avez-vous choisi JoeyStarr pour dire la version française du commentaire ? SamuelL. Jackson fait la voix américaine car c’est une personnalité connue et crédible dans l’imaginaire noir. Il fallait en France un acteur noir célèbre – et il y en a peu, c’est une réalité – avec la même crédibilité. JoeyStarr s’est impliqué dans ce projet avec rigueur et humilité. Cela m’a touché qu’il me dise qu’on ne lui proposait jamais ce genre de travail. Et cela en dit beaucoup sur ce qui se passe en France et sur la ténacité des clichés… Dans un extrait de Mirage de la vie de Douglas Sirk, diffusé dans votre film, on voit une fillette blanche mortifiée quand ses camarades apprennent que sa mère est noire… Il montre à quel degré d’absurdité et de confusion on arrive quand on se fixe sur une couleur de peau. Où se place la démarcation ? À quel moment devient-on noir ou blanc ? Cette scène dit brutalement la vérité sur une situation encore vécue par beaucoup de jeunes, et pas uniquement aux États-Unis. On ne se dit pas « Je suis noir » tous les matins. C’est le regard des autres, parfois violent, parfois simplement « absent », qui décide pour vous. Propos recueillis par Noémi Constans 4 N°17 – Semaine du 22 au 28 avril 2017 – ARTE Magazine GUILLAUME PERRET/OPALE/LEEMAGE « D’HABITUDE, JE DOUBLE UN OURSON MISOGYNE… » JoeyStarr, interprète de la voix off du documentaire « J’avais entendu parler de Raoul Peck par le biais de son travail mémoriel, domaine qui m’intéresse. Quand on se détourne du passé, on ne sait pas où l’on va. Les idées de MalcolmX, Martin Luther King, James Baldwin et Medgar Evers sont venues à moi sur le tard, peut-être en raison de mes racines antillaises  : mes parents étaient plus soucieux d’intégration que d’histoire. Faire la voix de James Baldwin, alors que d’habitude je double Ted, un ourson plutôt misogyne, raciste, qui parle vite et dit beaucoup de bêtises – ce que j’adore –, c’est le grand écart. L’exercice du doublage m’intéresse d’autant plus que là, la palette s’élargit. Je fais partie des artistes qui cherchent l’accident. J’aime me mettre en difficulté. Tuer la routine avant qu’elle ne me tue ! »
BOB ADELMANN James Baldwin Mardi 25 avril à 20.50 JE NE SUIS PAS VOTRE NÈGRE Lire pages 18-19 N°17 – Semaine du 22 au 28 avril 2017 – ARTE Magazine 5



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