Arte Magazine n°2017-10 4 mar 2017
Arte Magazine n°2017-10 4 mar 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2017-10 de 4 mar 2017

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,6 Mo

  • Dans ce numéro : les fausses confidences.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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JESS HOFFMAN EN COUVERTURE RÉINVENTER MARIVAUX Ultime projet de Luc Bondy, metteur en scène et directeur de l’Odéon-Théâtre de l’Europe disparu en novembre 2015, le film Les fausses confidences réenchante Marivaux, après le triomphe de la pièce avec les mêmes Isabelle Huppert et Louis Garrel. Une œuvre élégante, achevée par son épouse Marie-Louise Bischofberger-Bondy. 4 N°10 – Semaine du 4 au 10 mars 2017 – ARTE Magazine
Jeudi 9 mars à 22.30 LES FAUSSES CONFIDENCES Lire page 23 Comment est né le désir de ce film ? Marie-Louise Bischofberger-Bondy  : Initié par la collection «Théâtre» d’ARTE, le projet a immédiatement séduit Luc, de plus en plus animé par l’envie de faire des films. Il en avait déjà réalisé deux – il disait d’ailleurs que si ses parents avaient émigré en Amérique et non en Suisse, il serait devenu réalisateur de cinéma. Et je pense qu’il a réussi un vrai film, et pas l’adaptation d’une pièce de théâtre au cinéma. Car au-delà de son intimité avec le texte, qu’il avait monté, il voulait réinventer, avec un autre moyen, Les fausses confidences. Il connaissait bien les acteurs et savait la pièce par cœur. Avec Pierre-Olivier Bardet, le producteur, il a imaginé tourner dans les espaces de l’Odéon, sa maison, puisqu’il y était tous les jours. Bien sûr, la langue de Marivaux se heurte à un réalisme trop «actuel», mais ce décalage même s’est révélé très enrichissant pour la forme du film. Luc a terminé le premier montage le 17 juillet, le jour de son anniversaire, juste avant les vacances, mais il n’a pas pu le finir. GELY Comment le texte a-t-il été adapté ? Luc en a repris l’essence et a coécrit ce scénario avec Geoffrey Layton. Avec Luciano Tovoli, directeur de la photographie et complice idéal, ils se sont promenés dans tout le théâtre, des caves aux greniers en passant par les escaliers. Ils ont construit la dramaturgie du film en partant du regard des différents personnages. Le défi consistait à filmer les scènes sans montrer l’édifice. Mais Luc n’a pas voulu résister  : dans les dernières minutes du film, il nous emmène sur scène, puis, quand les acteurs sortent dans la rue, au désenchantement. Tout semble se révéler de la fiction, tant le film que le théâtre. Si Luc nous fait traverser ces basculements, c’est que pour lui l’imaginaire avait une place centrale dans la vie, et réciproquement. La fiction – film, théâtre ou écriture – et la vie réelle s’influencent et se nourrissent mutuellement. C’est en cela qu’il se sentait si proche de Marivaux. Le film s’échappe pourtant du théâtre, le temps d’une escapade au jardin du Luxembourg… C’est un passage très important et j’y pense désormais souvent quand je m’y promène. Il s’agissait de N°10 – Semaine du 4 au 10 mars 2017 – ARTE Magazine profiter de ce privilège du film qui permet de sortir du cadre pour nous emmener en dehors du théâtre et éviter la sensation de claustrophobie. C’est dans cet extérieur aussi que le monde actuel surgit, avec le bruit des voitures, du ramassage des poubelles, et l’aboiement des chiens. Comment Luc Bondy a-t-il dirigé les acteurs pour le film ? Ce serait plutôt à eux de répondre, mais le film composait pour eux un nouvel espace de travail et de création. Le tournage, au planning dense, s’est déroulé alors qu’ils jouaient encore la pièce. Les acteurs évoluaient dans le film, et le soir, se glissaient dans la mise en scène de théâtre. Luc travaillait dans la grâce avec les acteurs. C’était comme des balles qu’ils se lançaient les uns aux autres  : très précis, mais dans une atmosphère d’apesanteur. Louis Garrel et Isabelle Huppert l’ont toujours fortement inspiré dans ses choix et stimulé. Avec Louis, il partageait une complicité quotidienne, un compagnonnage riche de projets. Avec Isabelle, dont il aimait beaucoup le raffinement et l’extrême précision de jeu, il entretenait une amitié depuis des années. C’était leur première pièce ensemble, mais d’autres auraient suivi. Un grand soin a été apporté aux costumes, aux lumières et à la musique… Le parti pris consistait, là aussi, à s’éloigner de la dimension théâtrale. Moidele Bickel, disparue en 2016, avait déjà réalisé les costumes pour la scène. Elle a improvisé ceux du film en quelques jours. Il y a, par exemple, cette trouvaille du jogging doré d’Isabelle Huppert quand elle fait du sport. C’est Aurore Vullierme qui a entrepris la transformation du théâtre de l’Odéon en palais privé. L’agilité de Luciano Tovoli dans la conception des images, son éclairage, du plus obscur au presque brûlé, emmènent vers ce réalisme sophistiqué que Luc recherchait dans la forme. Quant à la musique, il n’a eu le temps de choisir qu’Ella Fitzgerald, qui chante Cole Porter, et Les noces de Figaro de Mozart. Nous savions que l’univers contrasté du compositeur Bruno Coulais l’intéressait, et nous lui avons demandé de composer la bande originale. Avec de l’humour, sa musique, grinçante et mélancolique, infuse au film une légèreté dans la profondeur. Propos recueillis par Sylvie Dauvillier 5



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