Arte Magazine n°2017-09 25 fév 2017
Arte Magazine n°2017-09 25 fév 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2017-09 de 25 fév 2017

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,4 Mo

  • Dans ce numéro : beau séjour.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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EN COUVERTURE LA MORT DANS L’ÂME Formidable série flamande croisant suspense policier et fantastique, Beau Séjour met en scène une adolescente qui enquête sur son propre meurtre. Décryptage avec ses créatrices, Nathalie Basteyns et Kaat Beels. 4 N°9 – Semaine du 25 février au 3 mars 2017 – ARTE Magazine Jeudi 2 mars à 20.55 BEAU SÉJOUR (1 & 2) Lire page 23
DEMENSEN Comment l’idée de cette série vous estelle venue ? Nathalie Basteyns  : L’histoire est partie de la découverte de cet hôtel Beau Séjour début de siècle, dans le Limbourg, dont mon père appréciait l’atmosphère surannée. Il m’y a emmenée un jour et je suis tombée amoureuse du lieu, que j’ai montré à Kaat quelques mois plus tard. Kaat Beels  : Quand j’ai visité l’hôtel avec Nathalie, j’ai immédiatement pensé qu’il constituerait un fabuleux décor pour un film ou une série. Nous avons commencé à réfléchir à une histoire de meurtre, puis, lors d’un brainstorming avec des scénaristes, l’idée d’une adolescente qui enquête sur son propre assassinat s’est imposée. Comment avez-vous abordé ce personnage ? K. B.  : Nous avons imaginé ce que ressentirait une jeune fille qui doit faire face à son décès et assiste au deuil de ses proches. Elle peut toucher sa mère, mais celle-ci ne le sent pas. Elle éprouve donc une grande solitude, l’impression d’être enfermée à l’extérieur du monde. Toutefois, malgré sa tristesse, Kato ne se questionne pas sur le sens de la vie et de la mort, elle est animée par la volonté d’identifier son meurtrier, de comprendre pourquoi cinq personnes de son entourage la voient toujours, afin de trouver une certaine paix et de pouvoir dire au revoir à ceux qu’elle aime. Tout en explorant une veine fantastique, vous maintenez un haut niveau de réalisme… K. B.  : Pour que les téléspectateurs croient au postulat de départ, nous avons cherché à rendre la série le plus crédible possible en adoptant une manière documentaire de filmer, en travaillant le jeu des acteurs et en choisissant comme décor un village du Limbourg, en Belgique. Nous voulions que Kato soit réelle, pas une sorte de fantôme errant à travers bois. N. B.  : En Flandre, où des articles sur Beau Séjour sont publiés tous les jours, un magazine scientifique a soutenu qu’il arrive que des personnes endeuillées continuent à voir leurs proches décédés. Étrangement, même l’aspect paranormal ne serait pas si invraisemblable que cela… Comment avez-vous géré la complexité induite par l’invisibilité de l’héroïne aux yeux d’une partie seulement des personnages ? K. B.  : Trouver comment mettre en scène ce parti pris narratif a constitué un véritable défi. Quand Kato enlace sa mère, celle-ci n’est pas censée réagir, ce qui était difficile au départ pour l’actrice. Nous avons donc multiplié les essais jusqu’à trouver le ton juste. Idem pour le filmage, qui a nécessité de nombreux tests. Les scènes où Kato fait face, dans le même temps, à des personnages qui la voient et à d’autres pour qui elle demeure invisible se sont révélées les plus complexes. Montrer la perception de la mère, qui attendrait, en quelque sorte, pendant que le père parle dans le vide, ne fonctionnait pas. Nous avons donc choisi de raconter la série du point de vue de Kato, avec des caméras à l’épaule, au plus près de sa peau, de ses émotions, lorsqu’elle est Kaat Beels et Nathalie Basteyns à l’écran, et des caméras fixes, plus objectives, pour les autres plans. N. B.  : En ce qui concerne les objets – la moto que Kato enfourche, par exemple –, seules les cinq personnes avec qui elle communique les voient. Pour les autres, la moto n’a pas quitté sa place initiale. Il nous a fallu un an pour inventer toutes ces règles, qui donnent une cohérence à la série. Les téléspectateurs doivent adhérer instantanément à ces principes pour apprécier Beau Séjour. Pourquoi avoir implanté l’intrigue dans une petite communauté rurale flamande où tous se connaissent ? K. B.  : Nous voulions dire quelque chose de la condition humaine à travers ces personnages qui se retrouvent soudainement confrontés à un problème bien plus vaste que leurs petites contrariétés. Nous avons beaucoup travaillé sur la manière de s’habiller, de parler, de vivre de chacun, car il était important pour nous que nos personnages soient de chair et de sang et que l’on perçoive, sous la surface de leurs relations, les douleurs, les conflits qui les habitent, issus de leur passé commun. N. B.  : Pour nous, il était clair dès le départ que LynnVan Royen, que Kaat avait repérée dans un court métrage, incarnerait Kato. Pour le reste du casting, nous avons fait appel, par souci de réalisme, à une majorité d’acteurs originaires du Limbourg, qui maîtrisent le dialecte local. Pour renforcer l’atmosphère fascinante du lieu, nous avons filmé l’hiver, avec ses tons bleus, gris, verts, marron, le sweat jaune de Kato représentant la seule couleur forte. Mais même s’il est ancré dans un territoire particulier, le récit charrie une dimension universelle. Comment expliquez-vous l’engouement du public pour les séries traitant du mystère de la mort ? K. B.  : Le script de Beau Séjour a été développé avant que Les revenants ou The leftovers ne soient diffusés sur les écrans. Je pense que nous sommes lassés des scénarios classiques, et que, en réaction, de nombreux créateurs cherchent de nouveaux angles, y compris métaphysiques, pour raconter des histoires. Par ailleurs, il me semble que si de moins en moins de personnes vont à l’église, elles restent dans une quête de sens, qui explique peutêtre la popularité de telles séries. Propos recueillis par Manon Dampierre N°9 – Semaine du 25 février au 3 mars 2017 – ARTE Magazine 5 FRANK DEVOS



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