Arte Magazine n°2016-46 12 nov 2016
Arte Magazine n°2016-46 12 nov 2016
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2016-46 de 12 nov 2016

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,3 Mo

  • Dans ce numéro : Carole Matthieu.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ISABELLE ADJANI «UN FILM SUR LES GENS, POUR LES GENS» Dans Carole Matthieu, Isabelle Adjani interprète une femme médecin du travail confrontée à la détresse de salariés victimes d’un management par la terreur. Un personnage en crise, et un nouveau rôle engagé que l’actrice évoque avec autant de passion que de force. Comment le projet de Carole Matthieu est-il arrivé entre vos mains ? Isabelle Adjani  : Le film est librement inspiré d’un roman, Les visages écrasés, écrit par Marin Ledun. Il y a quelques années, Jean-Paul Lilienfeld, avec qui j’ai eu la chance de tourner La journée de la jupe, envisageait de l’adapter et me l’avait donné à lire. Finalement les choses ne se sont pas faites, mais par la suite j’ai dit oui à l’option qu’on me proposait sur les droits du livre. J’en ai parlé à mon amie Liza Benguigui, qui a produit Discount, le premier film de Louis-Julien Petit. Ils ont tous les deux été sous le choc. Louis-Julien Petit a abandonné son projet en cours et s’est lancé dans l’adaptation. ARTE était la chaîne idéale pour faire exister ce projet, à la fois par fidélité à une histoire commencée avec La journée de la jupe, et parce que c’est un film sur les gens, pour les gens, que nous voulions d’emblée accessible au plus grand nombre. EN COUVERTURE 4 N°46 – Semaine du 12 au 18 novembre 2016 – ARTE Magazine ELEMIAH/M. CROTTO Vendredi 18 novembre à 20.55 CAROLE MATTHIEU Lire page 24 Est-ce le sujet, la souffrance au travail, qui vous a d’abord convaincue ? Le cinéma, même s’il ne sert pas qu’à ça, est producteur de révélations, dans le sens où il permet de faire exister la face cachée des choses. Là, on est devant une réalité dont la face est de moins en moins dissimulée aux yeux du monde, mais qui n’en reste pas moins activement monstrueuse, et dont il faut absolument parler. Carole Matthieu est une des premières fictions à mettre les pieds dans la boue de cette réalité sociétale inacceptable. Car ce phénomène concerne beaucoup d’entreprises. Nous voulions faire écho à un certain nombre de témoignages sur ces méthodes de hard management, et provoquer la curiosité des gens qui peuvent parfois s’imaginer que cette situation fait l’objet d’une exagération, alors qu’on est bien en dessous de la vérité, aussi fou que ça puisse paraître dans un pays où il existe tant de droits fondamentaux en matière de protection des travailleurs.
Comment avez-vous abordé votre personnage ? Louis-Julien Petit a recueilli des témoignages de femmes médecins du travail, dont les expériences m’ont nourrie. Il faut savoir que les médecins du travail n’ont quasiment pas de pouvoir, ils ne peuvent rien faire de plus qu’envoyer les gens voir leur généraliste. Lorsqu’au début du film Carole Matthieu écoute un employé en détresse, elle est désespérée car elle sait qu’elle ne peut rien faire pour lui. Les salariés eux-mêmes ne veulent pas d’arrêts de travail, de conseils, car ils vivent ces prescriptions comme des humiliations. Ce n’est pas facile de s’extraire du pire… Malgré tout, ils s’attachent à cette interlocutrice qui ne fait pas partie du management, et dont la seule marge de manœuvre est de tenter de les protéger du harcèlement et de libérer leur parole. Louis-Julien Petit aime la décrire comme un ange mi-exterminateur, mi-rédempteur  : elle doit se dédoubler pour supporter la situation. Elle pense N°46 – Semaine du 12 au 18 novembre 2016 – ARTE Magazine CAROLINE DUBOIS Isabelle Adjani et Louis-Julien Petit au Festival de La Rochelle, en septembre 2016. pouvoir quelque chose pour les salariés, et elle se perd elle-même. C’est un personnage tragique. Après la professeure de La journée de la jupe, vous interprétez un nouveau personnage en burn out… C’est le témoignage humain qui m’importe. Je suis toujours reconnaissante à un acteur ou à un cinéaste qui me fait découvrir une zone inconnue chez un être. J’ai besoin de savoir, de comprendre, pour pouvoir décider quelque chose, ne pas rester inactive… et je pense que les spectateurs aussi. Je l’ai déjà dit tant de fois, pour moi mon métier n’est pas une profession, mais une profession de foi. J’ai besoin de croire qu’il existe une utilité dans ce que je fais, ne serait-ce que pour avoir envie de le faire. Le film se donne à la fois comme un témoignage réaliste et comme un thriller. Que vous inspire ce mélange des genres ? Il y a une dimension presque documentaire dans mes scènes d’entretien avec les salariés, qui sont joués par des gens de la région Hauts-de-France. Cependant, Louis-Julien Petit tenait à ce que le film raconte une histoire, qu’il ne soit pas seulement un bloc de réalité brute. Sa mise en scène fait trembler cette réalité en la rendant subjective, en ouvrant des portes sur le fantastique. Je crois qu’il est autant imprégné par le cinéma de Ken Loach que par celui de Roman Polanski. Il nous fait passer d’un climat à l’autre, du réalisme au film de genre, par le prisme d’un symbolisme subtil. Ça amène une étrangeté, qui ne fait pas obstacle à l’empathie. Propos recueillis par Jonathan Lennuyeux-Comnène 5



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