Arte Magazine n°2016-45 5 nov 2016
Arte Magazine n°2016-45 5 nov 2016
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2016-45 de 5 nov 2016

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,3 Mo

  • Dans ce numéro : let's dance.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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PORNOGRAPHE RO ni a/FU mi CINÉMA CACHEZ CE SEXE… Après le roman et le fait divers, Frédéric Bonnaud aborde dans Histoires de cinéma la représentation du sexe. Un thème, dit-il, qui reflète, au-delà de l’évolution des mœurs, des enjeux politiques et artistiques majeurs. ALEXANDRE POMMIER Frédéric Bonnaud est aussi l’un des coauteurs de Personne ne bouge !, tous les dimanches vers 19.00. 1r11 1311 Le sujet du sexe au cinéma est souvent abordé en négatif, sous l’angle de la censure. Vous, au contraire, vous posez la question de sa représentation frontale… Frédéric Bonnaud  : Face au sexe, les cinéastes ont deux possibilités  : soit l’éluder en recourant à l’ellipse, soit trouver un moyen de le représenter. Pendant longtemps, la censure les a plutôt aidés, dans le sens où elle les obligeait à trouver des solutions narratives ou plastiques pour suggérer l’acte sexuel. On se souvient par exemple du fameux baiser entre Cary Grant et Ingrid Bergman dans Les enchaînés d’Alfred Hitchcock. Dans ce cas, le subterfuge donne lieu à une scène réellement érotique, mais les conventions imposées par la censure (à Hollywood, le code Hays) pouvaient parfois conduire à des choses assez ridicules. Quand cette époque a été révolue, les cinéastes se sont trouvés confrontés à un nouveau problème  : comment représenter le sexe, dès lors qu’il leur était permis de le faire ? Quelles réponses ont été apportées ? Il y en a autant que de cinéastes qui se sont frottés à la question. Bernardo Bertolucci, par exemple, s’est dit que pour échapper à la dimension mécanique du sexe il fallait inventer des gestes – amoureux, érotiques – qui soient intéressants à montrer. Mais la situation s’est complexifiée avec l’explosion du genre pornographique qui, en quelque sorte, a «volé» la question au cinéma traditionnel. Un certain nombre 6 N°45 – Semaine du 5 au 11 novembre 2016 – ARTE Magazine de réalisateurs ont cependant refusé de lui abandonner le terrain, sur le principe que le sexe fait partie de la vie et qu’il est donc nécessaire de le représenter. Parmi eux, on trouve des gens aussi différents que Lars von Trier, Paul Verhoeven, Catherine Breillat, Alain Guiraudie… Pourquoi le sexe au cinéma fait-il encore scandale ? C’est le paradoxe de notre époque, où la consommation du X s’est banalisée mais reste circonscrite à l’espace privé, tandis que dans l’espace public le cinéma est devenu moins audacieux. Aujourd’hui, un film comme Les valseuses n’entrerait même pas en production ! La nudité est devenue courante, mais pas la représentation de la sexualité. Le défi est donc toujours d’actualité  : soit le cinéma la laisse à la pornographie, soit il essaye d’en parler. Le problème est en fait moins la censure que l’autocensure, et tient aux difficultés de la représentation  : que peut-on exiger d’un acteur ou d’une actrice ? Comment regarder autrement, comment continuer à inventer ? Propos recueillis par Jonathan Lennuyeux-Comnène Dimanche 6 novembre à 23.00 HISTOIRES DE CINÉMA HISTOIRES DE SEXE Lire page 15
Anaprod À travers un documentaire sensible, retour sur la vie et l’œuvre de Bernard Buffet, à l’heure où le musée d’Art moderne de la ville de Paris consacre à ce précurseur du pop art une grande rétrospective *. Précisions avec son directeur Fabrice Hergott. DOCUMENTAIRE UN PIONNIER DE L’ART POPULAIRE C omment avez-vous découvert Bernard Buffet ? Fabrice Hergott  : Enfant, vers 8 ans, j’ai vu un poster d’un de ses tableaux dans la chambre d’un cousin. Il doit s’agir de mon premier contact avec une œuvre d’art contemporain. En cette fin des années 1960, parce qu’il était diffusé sur tous les supports et populaire dans le monde entier, Buffet, je crois, a joué ce rôle pour beaucoup de gens, y compris dans les familles où l’art n’avait pas sa place. Plus tard, quand j’ai commencé à m’intéresser à l’art, son nom célèbre faisait l’objet d’un rejet extrême du milieu. Jugé trop accessible et donc vulgaire, il suscitait même une forme de dégoût. C’est en découvrant ses œuvres dans les réserves du Centre Pompidou, puis dans celles du musée d’Art moderne, que j’ai compris quel grand peintre il était. De fait, au-delà de ses clowns tristes, le public connaît finalement assez peu son œuvre… Il peignait sans arrêt, de façon compulsive, sur des thématiques très variées, et son style, qui a évolué, fait d’ailleurs aujourd’hui débat. Certains commencent à dire que le «premier Buffet» était très bien, avant de se gâter. Mais je pense que l’intégralité de son œuvre sera reconnue pour son originalité, sa cohérence et sa maîtrise. Bernard Buffet a aussi agacé par son luxe ostentatoire… Cela correspondait, je pense, à son désir d’affirmer son statut de peintre et de s’inscrire dans la tradition N°45 – Semaine du 5 au 11 novembre 2016 – ARTE Magazine Dimanche 6 novembre à 17.25 BERNARD BUFFET, LE GRAND DÉRANGEUR Lire page 14 des maîtres du XIX e siècle, tels Delacroix ou Courbet, qui vivaient comme de grands bourgeois. Une posture qui choquait dans les années 1960. Il s’agissait peut-être aussi d’une forme de compensation car, comme beaucoup de ses contemporains, il avait connu la misère pendant la guerre. Quand commence-t-on à le considérer comme un précurseur du pop art ? À sa mort, en 1999, parce que la popularité des artistes n’était plus un obstacle à leur reconnaissance, et aussi parce qu’Andy Warhol l’avait au préalable revendiqué en le définissant comme le plus grand peintre européen. Parallèlement, alors que Bernard Buffet a pâti de la mode de l’abstraction, l’art figuratif était entre-temps revenu d’actualité. Quels sont les tableaux qui vous ont le plus marqué ? Dans les collections du musée, l’autoportrait, très beau, m’a vraiment frappé, comme les natures mortes. Mais en préparant cette rétrospective, j’ai été saisi par Horreurs de la guerre, un triptyque époustouflant – et peu connu – des années 1950, prêté par la galerie Maurice Garnier, lequel suffirait seul à justifier l’exposition. Propos recueillis par Sylvie Dauvillier * «Bernard Buffet, rétrospective», du 14 octobre 2016 au 26 février 2017. 7



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