Arte Magazine n°2016-39 24 sep 2016
Arte Magazine n°2016-39 24 sep 2016
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2016-39 de 24 sep 2016

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,5 Mo

  • Dans ce numéro : indian summers.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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PHOTOS  : CHANNEL 4 PICTURE PUBLICITY C’EN COUVERTURE POUSSIÈRES D’EMPIRE Le déclin de l’Empire britannique à travers une fresque crépusculaire qui a pour décor les contreforts de l’Himalaya et ses plantations de thé… Indian summers, la nouvelle série venue d’outre-Manche, mêle romanesque et grande histoire dans une flamboyante saga au parfum épicé des années 1930. est la chronique d’un été de braises, celle d’un monde inexorablement voué à disparaître et qui l’ignore encore. À travers les fenêtres d’un Orient-Express local, une société britannique, sûre de son bon droit et pourtant confusément intranquille, suit de loin une longue procession de coolies serpentant entre des collines verdoyantes couvertes de plantations de thé. En cette année 1932, l’administration de l’Empire des Indes, fuyant la touffeur de la mousson à New Delhi, migre une fois de plus pour la saison à Simla, station fraîche au pied des sublimes contreforts de l’Himalaya. À bord du train, une jeune et mystérieuse Anglaise venue rejoindre son frère aîné, Ralph Whelan, secrétaire particulier du vice-roi aux troubles ambitions, un missionnaire et son épouse rongée d’anxiété, et la belle préceptrice indienne d’un orphelinat. Avant qu’un enfant métis inconscient, allongé sur la voie, n’interrompe brutalement le voyage. Plongée dans 4 N°39 – Semaine du 24 au 30 septembre 2016 – ARTE Magazine Jeudi 29 septembre à partir de 20.55 INDIAN SUMMERS (1 & 2) Lire page 23 les derniers feux de l’illusion coloniale, avec clubs sélects autant que décadents, nuages de lait dans des tasses en porcelaine, mais aussi sourds fracas de la désobéissance civile lancée par Gandhi – lequel est alors détenu dans la prison de Yerovda –, Indian summers, fresque crépusculaire, restitue en grand et en nuances le Raj * à l’éclat déclinant. PETITES GENS SURCLASSÉES Inspiré à l’origine par les photos sépia un peu figées de l’époque, qu’il a découvertes dans un vieil hôtel de Darjeeling, pour tisser la soie plutôt sauvage de cette saga, l’auteur Paul Rutman s’est employé à mettre en scène par petites touches les complexités de ce chaos larvé. «La droite anglaise tire aujourd’hui encore quelque fierté de l’Empire, tandis que pour la gauche il reste source de honte profonde et d’autoflagellation, pointe-t-il. J’avais envie de faire émerger ces contradictions. À quoi, exactement,
aspirions-nous là-bas ? » Car au-delà du puissant souffle romanesque mêlant passions inavouées, secrets, espoirs et frustrations, qui l’emporte de bout en bout au fil de ces dix épisodes façon Technicolor, cette série, rigoureusement documentée, brosse en clair-obscur les us et coutumes d’une communauté exilée et décalée, assez loin des images compassées de l’aristocratie britannique d’ordinaire attachées à cette période. D’autant que l’histoire est essentiellement relatée à travers le regard d’une jeune génération, qui assistera incrédule, quelque quinze ans plus tard, à l’indépendance et à la partition du sous-continent. Ici, fonctionnaires égarés, missionnaire dépassé, propriétaire terrien endetté et petites gens surclassées tentent de maintenir les apparences de la toute-puissance et l’ordre de la Couronne, quand le rapport de force bascule, comme à leur insu, dans un relatif silence indien qui trahit encore peu l’ampleur des profondes aspirations du pays. «Les Britanniques de Simla sont dans le déni, poursuit Paul Rutman, tournant le dos à l’horloge du temps.» RÊVES CONTAGIEUX L’administration britannique sur place s’ingénie cependant à diviser, pour mieux régner, le mouvement nationaliste en contagion et à violemment réprimer ses manifestations, contribuant à ancrer plus encore les rêves de liberté N°39 – Semaine du 24 au 30 septembre 2016 – ARTE Magazine dans le cœur des hommes. À ce titre, le vice-roi, lord Willingdon (seul vrai personnage de la série), se révèle d’un aveuglement confondant, tandis qu’à Londres l’après- crise de 1929 détourne le royaume de ces Indes lointaines, abandonnant les sujets de Sa Majesté à leur solitude d’expatriés – confits dans une mémoire qui n’existe déjà plus sur le sol anglais –, et bientôt de rapatriés. À l’univers des colons répond en miroir celui, contrasté, des castes et minorités indiennes, comme celle des Parsis, incarnés par cette famille clivée, entre un fils collaborant, zèle candide en étendard, avec l’autorité coloniale, tandis que sa cadette, en quête d’émancipation, s’engage de toute son âme dans les luttes en cours. Ambivalences des relations entre maîtres et serviteurs, oscillant entre affection, paternalisme et racisme, confusion des sentiments, amours interdites, personnages abusés par les mobiles qui les animent  : Indian summers puise habilement dans les ressorts de la fiction pour évoquer cet étrange ballet funeste. Avec, en prime, la classieuse Julie Walters (l’inoubliable Molly de la saga Harry Potter) dans le rôle de Cynthia, tenancière de club et éminence grise aimante du jeune Ralph Whelan, résumant à elle seule l’esprit de cet été indien qui ne durera plus. Sylvie Dauvillier * Raj  : régime colonial britannique en Inde couvrant la période de 1858 à 1947. 5



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