Arte Magazine n°2016-38 17 sep 2016
Arte Magazine n°2016-38 17 sep 2016
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2016-38 de 17 sep 2016

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,6 Mo

  • Dans ce numéro : au-delà des murs.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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JEAN-MARIE PÉRIER DOCUMENTAIRE FRANÇOISE HARDY REPLI SUR SOIE Son aura mélancolique a résisté au temps sans jamais entamer son mystère. Dans un portrait documentaire, émules et proches évoquent la plus secrète des icônes de la pop française. Hommages. 6 N°38 – Semaine du 17 au 23 septembre 2016 – ARTE Magazine Vendredi 23 septembre à 22.25 FRANÇOISE HARDY – LA DISCRÈTE Lire page 25 Au sein de la bande de Salut les copains, le photographe Jean-Marie Périer fut l’un des premiers à rencontrer Françoise Hardy, en 1962. Chargé par le magazine de réaliser le premier d’une longue série de portraits, il raconte  : « Elle m’a emmené dans sa chambre pour faire des photos  : au-dessus de son lit, il y avait une petite étagère, avec quelques livres, et j’ai vu que son univers, c’était ça. » Une guitare, quelques livres, un lit, et « Tous les garçons et les filles de mon âge ». En une chanson, Françoise Hardy est propulsée icône d’une génération, charmant tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans la bonne humeur tapageuse d’autres idoles yéyés. La jeune étudiante en allemand, elle, soigne sa mélancolie et son mystère. Sa voix éthérée plane déjà très haut au-dessus des refrains de l’époque. La chanteuse La Grande Sophie résume  : « Avec Françoise Hardy, on est tout de suite dans l’intimité. Elle va toucher au plus profond quelque chose qui est en nous, et on a l’impression qu’elle ne parle qu’à nous. » Sa jeune renommée traverse les frontières et conquiert l’Allemagne, l’Angleterre, puis les États-Unis. Et s’y enracine. En fan moins attendu de la Française, le rocker Anton Newcombe, leader de The Brian Jonestown Massacre, compare son timbre vaporeux à « de la soie », évoquant aussi pour la définir la « sensualité » de la bossa-nova. GABIN, DYLAN, GAINSBOURG Qu’ils soient proches d’elle ou simplement l’admirent, les interlocuteurs rencontrés par Matthieu Jaubert et Émilie Valentin s’étonnent aussi de la manière dont elle a su rester elle-même au fil du temps. Celle qui a côtoyé les Stones est restée sourde aux déclarations d’amour de Bob Dylan comme aux injonctions de ses producteurs successifs, dont Serge Gainsbourg (pour « Comment te dire adieu »). Celui-ci « savait s’emparer de chanteuses et modifier totalement leur registre », souligne le musicien anglais Andy Votel. « Françoise Hardy est la seule qu’il n’a pas pu changer. » Et tant mieux, s’enthousiasme l’écrivain Pierre Mikaïloff  : « Elle est inimitable. Elle ne sait pas toujours quoi faire de son corps sur scène, mais elle a tellement de magnétisme que c’est suffisant pour qu’une salle la regarde, fascinée. » « Au théâtre, renchérit Anton Newcombe, quand on ne pense plus aux acteurs, mais à l’histoire, on appelle ça la suspension d’incrédulité. La personnalité de Françoise Hardy prend le pas sur tout le reste. » Derrière ses lunettes noires, son éternel cigare à la bouche, son mari Jacques Dutronc se cache, lui, derrière une citation  : « Jean Gabin – c’était génial je trouve – l’avait surnommée ‘la discrète’. » François Pieretti
DOCUMENTAIRE TCHERNOBYL D’AMOUR ET DE DOULEUR Le cinéaste luxembourgeois Pol Cruchten signe une adaptation fidèle de La supplication, le livre bouleversant, inspiré de témoignages, que l’écrivaine russophone Svetlana Alexievitch, prix Nobel de littérature 2015, a consacré à Tchernobyl. Entretien. Quand avez-vous découvert le livre de Svetlana Alexievitch ? Pol Cruchten  : Il y a presque vingt ans, à sa parution. Je l’ai lu d’une traite et il m’a fasciné. J’ai tout de suite eu envie d’en faire un film, mais je ne savais pas comment. C’est mon précédent documentaire, Never die young, qui m’a permis d’imaginer comment l’adapter, avec une narration entièrement en voix off. Je voulais aussi que ce soit un film lumineux. Il ne fallait pas réduire ce récit à la catastrophe et à la souffrance. Ensuite, j’ai retranscrit tout le livre à la main, sans en omettre une virgule, pour comprendre les secrets de son écriture. Cela m’a permis d’écrire très vite, en quatre semaines, le scénario, avec l’histoire d’amour comme fil rouge. Quels sont les « secrets » du livre, selon vous ? La première fois qu’on lit La supplication, on est totalement submergé par l’émotion. Puis, à chaque lecture, on découvre une nouvelle dimension. Comme toutes les véritables œuvres d’art, le livre pose des questions très profondes. Par exemple  : est-ce que l’amour est plus fort que la vie ? L’amour vrai existe-t-il ? Quelle est la place de l’homme dans le monde ? Pour moi, Svetlana Alexievitch est un grand écrivain classique, dans la lignée de ses maîtres, Dostoïevski et Tolstoï, même si elle a commencé comme journaliste. Ses livres se basent sur des entretiens, mais elle retourne voir quelqu’un dix fois, douze fois, travaillant comme une sculptrice pour évacuer la banalité des mots et en faire surgir l’essentiel. Elle restitue le caractère véridique de ce que disent les gens, ses contemporains, de tous âges et de tous milieux, pour raconter ce que fut l’Union soviétique et ce qu’est le monde russe aujourd’hui. S’agissait-il quand même, pour vous, de faire entendre ces victimes de Tchernobyl oubliées aujourd’hui ? Oui, et la douleur est au cœur du livre, comme du film. Mais le plus important, c’est que ces personnes ne sont pas seulement des victimes. Elles continuent à vivre, et à s’interroger sur le sens de ce qu’elles vivent. « Pourquoi les souffrances nous sont-elles LA HUIT PRODUCTION/JERZY PALACZ données ? », demande la femme incarnée par Dinara Droukarova (photo, NDLR). Sa « supplication », audelà des responsables soviétiques d’alors, et plus généralement de ceux qui détiennent un pouvoir sur les autres, s’adresse à toute l’humanité. C’est cela qui la rend universelle. Propos recueillis par Irène Berelowitch Le film de Pol Cruchten sortira en salles le 23 novembre. Le livre La supplication – Tchernobyl, chroniques du monde après l’apocalypse, est paru en 1998 chez JC Lattès. N°38 – Semaine du 17 au 23 septembre 2016 – ARTE Magazine Mardi 20 septembre à 23.40 LA SUPPLICATION Lire page 19 7



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